Condor

affiche

Condor.
Caryl FÉREY.

Note : 5 / 5.
Et le condor passa…
Retour en Amérique du Sud, au Chili plus précisément, avec le dernier roman de Caryl Férey. Le Chili après l’Argentine, deux pays voisins, proches par leurs histoires contemporaines, dictatures militaires et répressions féroces sous le regard complice des U.S.A. et laxiste de l’opinion internationale. 
Trois parties dans ce thriller trépidant passant des bas-fonds de Santiago au vaste désert d’Atacama situé au nord du pays :
« Guet-apens », « La femme magnétique » et « L’infini cassé ».
Une jeune femme, Gabriela, indienne Mapuche, passionnée de cinéma demande l’aide d’Esteban, avocat des causes perdues pour l’aider à comprendre puis à résoudre la mort mystérieuse de plusieurs jeunes du quartier de la Victoria.
Zone déshéritée, morts sans importance dont tout le monde s’en fout, et la police a bien d’autres délits à s’occuper. Mais le dernier mort Enrique est le fils de Stéfano, ami et mentor de Gabriela, qui gère le Ciné Brazil et qui l’héberge. Après analyses la cause de la mort est surprenante pour ne pas dire stupéfiante, absorption de cocaïne pure !
Une drogue beaucoup trop chère pour le niveau de vie du quartier ! L’affaire semble avoir des ramifications plus importantes que prévues.
Edward, autre avocat ami et associé d’Esteban s’est suicidé, enfin c’est la version officielle. Il avait des problèmes de couple mais de là à se donner la mort, encore une anomalie pour Gabriela et Esteban.
Et ils ne vont pas être au bout de leurs mauvaises surprises dans un pays et une démocratie qui se cherche, traumatisée par des années de dictature qui ne s’effacent pas à coups de lois ou de décrets.
Surtout que certains cadres de l’ancien régime sont encore en place, sous de fausses identités, à des postes clefs, toujours avides de pouvoirs et d’argents et peu regardant sur la manière de les obtenir.
La quête de la vérité sera longue, semée de cadavres, petits truands voulant devenir grands, hommes d’affaires et policiers corrompus, parfois des gens honnêtes qui malheureusement seront aux mauvais endroits aux mauvais moments ! 
Il y a malgré tout plusieurs personnages attachants dans ce roman :
Esteban, fils indigne d’une richissime famille, mouton noir familial, sa révolte, son travail d’avocat au service des déshérités. Contre l’establishment qu’il hait et qui le lui rend bien.
Gabriela, jeune indienne Mapuche, elle aussi en lutte, son arme sa caméra, et aussi parfois les rites et les incantations tribales dans lesquels elle a été élevée.
Stéfano et le père Patrico hommes bons, courageux et rescapés d’une autre époque ainsi que quelques autres.
Grâce à ce roman j’ai approfondi mes connaissances sur le Chili et le rôle néfaste de Pinochet, des militaires, des U.S.A. et de la C.IA., belle brochette d’assassins !
Il n’était pas possible dans un roman sur le Chili de ne pas citer le grand poète et martyr, Victor Jara !
Extraits :
- « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes », cita-t-il de mémoire.
- Aucun oiseau ne viendrait se poser sur ses branches : Jorge se croyait chêne, il n'était qu'épouvantail.
- L'immeuble, la rue, les feuilles des arbres, le visage des gens : le monde était devenu hostile.
- Seuls les États-Unis n'avaient pas ouvert d'enquête concernant les crimes du plan Condor, et Kissinger, la tête pensante de l'époque, avait toujours refusé de témoigner.
- Esteban était tombé amoureux d'une fleur, une rose rouge du nom de Catalina, par aversion pour les siens : un choc dont il ne s'était pas relevé.
 - Victor Jara aux mains cassées, Catalina, les héros de ses livres étaient des morts.
- Il s'était trompé... La politique, ses amours : il s'était trompé toute sa vie.
 Éditions : Gallimard. Série noire. (2016)