Débordements

Débordements.
Sombres histoires de football, 1938-2016.
Collectif *
Note : 4 / 5.
Carton noir !
Toute personne qui s’intéresse ou comme moi s’est intéressé au football connait peu ou prou les tragédies de ce sport-roi, pratiqué dans le monde entier malgré ses dérives actuelles ! Un livre pour oublier le gavage de ballon rond qui nous attend !
Les drames collectifs, nombreux avec leurs lots de décès : Furiani (18 morts), Hillsborough (96 victimes), Heysel (39 décès) en 1971. A Ibrox Park un match entre le Celtic et les Rangers tourne lui aussi au drame (66 morts). Mais il semble que la pire catastrophe ait eu lieu au Pérou le 24 mai 1964 (318 victimes).
Ici, il s’agit de drames personnels, treize, une équipe et deux remplaçants. Treize footballeurs ou personnalités gravitant dans le monde du football qui n’ont pas eu de chance ou un comportement que l’on espère d’un sportif.
Voyage dans la face sombre de ce qui est devenu un grand show médiatique brassant des millions d’argent pas toujours bien blanc. Jeux du cirque universel nous passerons d’un continent à un autre.
Parlons des joueurs, Matthias Sindelar (Autriche, 1938), surnommé le Mozart du football. Oublié aujourd’hui il reste une figure de l’Autriche pour avoir refusé le marché de dupes proposé par le régime nazi, un match nul zéro-zéro !
Par contre certains se sont très bien accommodé de l’Occupation en France. Par exemple Alexandre Villaplane (France, 1944), qui fut capitaine de la première équipe de France participant à la coupe du monde (créée par le français Jules Rimet) ; la suite fut beaucoup moins glorieuse. Il était aussi préférable de ne pas trop se distinguer dans les pays de l’Est comme
 Edouard Streltsov (URSS, 1957). Tout excellent joueur qu’il était connut une période de disgrâce, il avait entre autre refusé d’épouser la fille d’un membre du Politburo. Un mal récurrent de certains joueurs britanniques, entre autre, est l’alcoolisme. L’exemple ici est Tony Adams, ancien défenseur d’Arsenal et de l’équipe d’Angleterre, mais le génial Georges Best n’aurait pas dépareillé dans cette catégorie. Mais Tony Adams lui s’en est sorti et a repris une carrière fructueuse.
On rencontre aussi de jeunes hommes déracinés de trop bonne heure de la chaleur et l’exubérance du Brésil à la froideur et la rigueur d’un club comme le Bayern de Munich ! 
Un long chapitre est consacré à la coupe du monde de 1978 en Argentine. D’abord je tiens à rendre hommage à un joueur qui s’est distingué en ne participant pas à cette mascarade : Jorge Carrascosa qui a pris la décision de refuser sa sélection dans l’équipe d’Argentine ! Ensuite une kyrielle de cartons rouges, à Ramón Quiroga, gardien argentin naturalisé de l’équipe du Pérou qui par un heureux hasard passe complètement à côté de son match, permettant à l’Argentine de se qualifier pour la finale ! Carton rouge aussi pour toutes les irrégularités qui sont apparues depuis sur cette victoire programmée, carton rouge de honte aussi pour la FIFA !
On croise également des personnages peu reluisants, Željko Ražnatović, dit 
Arkan  » (ex-Yougoslavie, 1990), se servant du football pour faire fortune, Godwin Opkara (Nigéria-Belgique-France, 2005), condamné pour esclavagisme moderne, et viol sur mineure, etc…
Quand les affaires touchent le football, ce n’est pas bien fair-play non plus, la France et l’Italie sont au palmarès de ce livre, être entraîneur de football n’est pas une sinécure… surtout en Corée du Nord.
Un personnage sympathique, un excellent footballeur et un homme de grande valeur pour terminer mon billet, Rachid Mekloufi, chapeau Monsieur.
Une lecture passionnante, dommage que ce sport soit devenu ce monstre sans aucune valeur morale, ni sportive.
Extraits :
- Les extraits d'urine servant au contrôle antidopage ont été amenés au contrôleur bien après le match par un intendant de l'équipe. Une des fioles
révéla qu'un joueur était enceinte...
- Mais qui garde en mémoire Jorges Carrascosa ? L'homme qui ne serra la main de personnes et laissa les joueurs argentins à leur funeste destin et son ancien partenaire Ramòn Quiroga à ses souvenirs fumeux.
- Mais la morale sportive est un concept, voire une philosophie, dont le football professionnel semble souvent ignorer les contours et, pour tout dire, dont il se serait bien passé.
- Mais Moggi échappe à la prison, les faits excédant d'un an le délai de prescription prévue par la loi italienne.
- Il se justifie souvent devant eux du fait que son statut de célébrité ne lui convient pas. Mais comment y échapper ? Au Brésil, les footballeurs ont les pieds agiles et la tête qui tourne.
- Quelques joueurs dans le même cas confirment la froideur avec laquelle le Bayern de Munich a l'habitude de se désintéresser des états d'âme des joueurs, particulièrement ceux importés d'Afrique du Sud.
Éditions : Anamosa (2016)
* Olivier Villepreux, Samy Mouhoubi & Frédéric Bernard.
Préface de William Gasparini.

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