Buenos aires

Buenos Aires noir. 
Collectif (présenté par Ernesto Mallo).
Note : 4,5 / 5.
Tango funèbre. 

Ce livre est le 14ème de cette excellente série de recueils de nouvelles noires. 
Treize nouvelles inédites (par ordre alphabétique) de
 Verónica Abdala, Leandro Ávalos Blacha, Gabriela Cabezón Cámara, Pablo De Santis, Inés Garland, María Inés Krimer, Ariel Magnus, Ernesto Mallo, Enzo Maqueira, Inés Fernández Moreno, Elsa Osorio, Alejandro Parisi, Claudia Piñeiro et Alejandro Soifer. Il est à noter qu’il y a plus de textes de femmes que d’hommes. Le seul à figurer sur ce blog est Leandro Ávalos Blacha pour deux titres.
Trois parties pour cette balade dans la capitale argentine : « Amour », « Infidélités » et « Crimes imparfaits », avec l’habituelle playlist musicale pour clore le livre. 
Dans « La mort et le canoë », un écrivain célèbre et adulé se retrouve confronté à un problème, être responsable de la mort d’un homme…
« Un visage dans la foule », un homme, photographe spécialisé dans des portraits pris sur le vif dans des lieux publics, reçoit une à une des photos sans personnages, l’inverse des siennes, pourquoi et quel est cet endroit ? Il apprend par hasard qu’il s’agit de la piscine d’un parc et que tous ces clichés sont pris du sommet d’un plongeoir. Il s’y rend mais une fois au sommet du tremplin un homme lui barre le passage lui interdisant de redescendre. Une excellente nouvelle.
« Un amour éternel » doit-il obligatoirement être coulé dans le bronze ? Maese, sculpteur en vogue, vient d’obtenir une commande de l’Etat. Un bronze d’Éva Péron. Il trouve le modèle idéal dans les bas-fonds de la ville. Coup de foudre, fusion des corps et des âmes. Mais il n’est pas le seul à bénéficier des faveurs de la belle !
Parfois le fait d’acheter une maison réserve des surprises pas très agréables, c’est ce qui est arrivé à un couple dans « L’Homme qui se tait ». Le rangement ici dérange des secrets de voisinage ! L’imagination peut être mauvaise conseillère. Un texte écrit de main de maître !
« La vengeance du Lombric », un acte horrible dans une jungle urbaine. « La part du lion », c’est cet animal dans un zoo mangeant une jambe humaine.
« Bienvenue Lieutenant ».
 Une femme dont le frère homosexuel a été tué se retrouve avec l’urne contenant ses cendres, et rencontre ses voisins et autres connaissances et anciens amants. Que faire des cendres ? Un humour noir plein de violence.
Énormément de personnages, des gens très souvent ordinaires qui, malgré eux, vivent des événements parfois traumatisants. Norma visite un patio, elle y découvre un lit qui lui rappelle ses amours avec Silvio qui a mystérieusement disparu. Chose courante dans l’Argentine de la Junte Militaire. Une jeune libraire folle amoureuse, son amant, un veuf autoritaire et une cliente qui n’achète rien dans cette librairie, un trio infernal ? Un texte étrange. Marina et Guillermo sont un vieux couple, lui est malade, elle lui est dévouée, mais il faut se méfier, les émotions parfois c’est tuant. Un commissaire dont le début de carrière remonte à l’époque de la dictature, une jeune femme droguée et en manque, que ne ferait-elle pas pour un kilo de cocaïne ? Un policier asiatique surnommé Litchi enquête sur les bruits de son immeuble un dimanche après-midi.

Un bon recueil, des écritures différentes, mais de très bon niveau. Les dessous pas très affriolants de cette métropole capitale de l’Argentine entre les violences de l’État et les gangs, les ravages de la drogue, l’indécence de certaines richesses qui côtoient la plus extrême misère. Le monde moderne. Un bon cru  avec un texte déroutant. 
 « Onzième étage ».
Ne pas oublier sur Buenos Aires, l’excellent recueil : Eaux-fortes de Buenos Aires de Roberto Arlt.
Extraits :
- Un exilé de plus, lui a dit Natalia, nombre de ses amis avait quitté le pays ces deux dernières années, depuis 1975, et d'autres, pire encore... ils ont été arrêtés et on est sans nouvelles d'eux.
- « Vous n'avez pas compris qu'il n'y avait que du vide parce que j'attendais une femme qui ne viendrait jamais ? ».
- J'aimais beaucoup Pablo, je devais même dire qu'il me fascinait, comme la lumière des phares fascine les lapins dans la nuit.
- Ils plongent et replongent l'un dans l'autre. 
- La pensée devient soupçon, le soupçon devient certitude.
- « Surtout, bien se protéger de la jalousie des morts, elle a dit, parce que c'est le pire des poisons. »
- Seize heures trente. Ce n'était pas une mauvaise heure pour mourir : dans tout le pays, les enfants devaient être en train de jouer au soleil.
- Le sexe menait les gens à leur perte. Ils étaient obsédés par la sécurité de leurs biens et de leurs foyers, mais ils mettaient n'importe qui dans leur lit.
- C'est ainsi qu'avait dû se produire le crime, dont la scène n'était autre que la cour intérieure de son esprit. Il était à la fois le coupable et l'enquêteur, et même, tout bien considéré, la victime.Éditions : Asphalte (2016).
Titre original : Buenos Aires Noir (2016).
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Hélène Serrano et Olivier Hamilton.
Autres titres de cette série sur ce blog :
Paris noir, Los Angeles noir, Londres noir, Brooklyn noir, Rome noir, Mexico noir, Delhi noir, Barcelone noir, Washington noir, La Havane noir, Marseille noir et Bruxelles noir.
Titres de Leandro Ávalos Blacha :
Berazachussetts
Côté Cour.