Assayas

Un autre monde.
Michka ASSAYAS.
Note : 4 / 5.
Souvenirs, souvenirs…*
Le nom de cet auteur est bien connu des amateurs de musiques. Il est en effet un célèbre et très écouté chroniqueur musical. Il a en effet collaboré à « Rock & Folk » et aux « Inrockuptibles » entre autres. Il a aussi activement participé à l’écriture du « Dictionnaire du Rock ». Il a aussi écrit quelques fictions.

Ici il s’agit d’un texte fortement autobiographique divisé, à mon humble avis, en deux parties : la première nous raconte la jeunesse musicale de l’auteur, dans un vaste inventaire de groupes et de chanteurs. Certains toujours en activité, peu il est vrai. D’autres me sont absolument inconnus et ont disparu corps et âmes en laissant quelques enregistrements derrière eux !
Du rock au mouvement punk, de la New-Age au métal en passant par le folk américain, l’auteur n’est pas sectaire, il écoute et chronique avec une certaine jubilation souvent ou avec une ironie caustique parfois.
Il nous parle aussi de ses débuts dans le métier, de ses premiers articles et du bonheur d’avoir atteint le Grall… Avec ce paradoxe de ne pas être musicien, mais il va se soigner. 
Dans la seconde partie du livre, Michka Assayas, ayant des problèmes avec Antoine, son fils, suit le conseil de son ami Bono de U2 « Fais quelque chose avec ton fils ». Oui mais quoi ? Antoine se passionne pour la batterie, alors pourquoi ne pas faire de la musique ensemble ? Le père à la basse, le fils à la batterie. Alors commence un long et douloureux apprentissage, plein de déceptions avec peu de succès. 
La route est longue, très longue !
Une jeune punk, Louise, fille d’un éclusier, les rejoint au chant, le trio un peu trop amateur sur des textes en anglais composés par Assayas. Louise suivra
son boy-friend de l’époque.
Avec la création d’un autre groupe, « Suis Bamba » comprenant toujours le père et le fils, les galères s’enchaînent, mais la fougue reste intacte et les progrès sont là… et les relations père-fils s’améliorent également.
En fin d’ouvrage, l’auteur nous parle d’un concert dans le temple de la musique de Lorient « Le Galion » (où je retrouve parfois mon ami Stéphane Le Carre) en première partie de « Republik »,  le nouveau groupe de Frank Darcel.
Beaucoup de personnes, des musiciens célèbres et des anonymes.
Le père et son fils, des amis qui les aideront dans leur projet musical, la joie de concerts réussis et la tristesse de la mort d’un ami.

Un excellent ouvrage où un homme se raconte avec humilité, nous fait partager ses joies et ses peines, et nous plonge dans un univers musical loin du « star-system ».
Une belle écriture pleine de pudeur.
Extraits :
 
- Le destin mit alors sur ma route une étrange fée.
- J'avais eu une adolescence et une jeunesse somme toute très sage, passées à contempler et raconter la folie des autres, c'était à présent à mon tour d'être dingue, il était temps.
- À ses yeux j'étais un homme installé vivant dans l’aisance et même une superstar dans mon micro-domaine. 
- Il ne faut pas oublier qu'à part lui, je ne me serais permis d'entraîner aucun musicien compétent dans mes lubies. 
- Je comprends mieux aujourd'hui le dédain moqueur dans lequel les musiciens ont toujours tenu les critiques de rock. 
- Cette fois, j'y étais enfin, j'allais vivre ce que je n'avais fait qu'effleurer. 
Cela avait entraîné chez moi une gêne durable, et même un sentiment de honte. Il me fallait expier.
- Je choisis de diffuser des chansons qui avaient un sens pour lui ou lorsqu'on pensait à lui comme «  I Am a Child » de Neil Young avec Buffalo Springfield, où flottait cette légèreté enfantine un peu désespérée, proche de la brisure, où je reconnaissais tellement sa voix.
Éditions : Rivages (2016)
* Un des premiers succès de Johnny Hallyday en juin… 1960 !