Descendre la rivière

Descendre la rivière.
Peter CUNNINGHAM.
Note : 4,5 / 5.
Retour vers l’enfance.
Troisième roman de Peter Cunningham traduit en Français après « Trio à cœur » et « La mer et le silence » qui a obtenu plusieurs prix.
Roman en quatre parties « Il y a deux ans. Bayport, lac Mukoka. Ontario. Canada » ; « Il y a deux ans. Irlande » ; « 1970. Waterford, Irlande » et « Deux ans plus tard ».
Kay et Alex vivent dans un coin idyllique du Canada ; par contre leur vie de couple est loin de l’être. Lui est écrivain, son premier roman s’est correctement vendu, mais pas assez pour assurer les dépenses du ménage. Donc Kay est obligé de travailler. Tim, leur petit- fils vit avec eux, sa mère est morte et son père vit en Chine.
Larry White est un nouveau venu dans le voisinage. Il se dit ancien policier et se comporte d’une manière envahissante. Kay se sent un moment attiré par lui.
Une lettre et surtout son contenu, une mouche pour la pêche à la truite, va bouleverser Alex. Son enfance lui revient et ce sentiment diffus d’avoir tué quelqu’un. Il ne se souvient plus qui, ni comment. 
La seule solution : retourner affronter son passé en Irlande et le Docteur, son père, tenter de savoir, de remplir les trous de sa mémoire d’enfant.
Sa quête ne sera pas simple, son père refuse de le recevoir, mais finit par cracher un nom « Flannery ». Alex revoit une ferme, un couple de paysans et Terrence, un jeune garçon vivant avec eux. Celui-ci n’est pas leur fils, mais un neveu qu’ils élèvent.
Dans la région, les langues ont du mal à se délier. Son Docteur et le père Charlie McVee étaient de fins pêcheurs à la mouche. Les truites abondaient dans les rivières avoisinantes. Terrence les accompagnait très souvent.
La suite de l’enquête d’Alex lui révélera des faits dont il ne se doutait pas enfant.  
Il va petit à petit découvrir le côté sombre de son pays, se souvenir qu’il était destiné à être prêtre, et la rencontre d’une femme lui a fait abandonner ce projet, et l’a fâché définitivement avec son père.
Il tentera de retrouver la trace du Père McVee, de Sean Phelan, mais ce qu’il découvrira le consternera.
Et quel est le lien avec sa vie au Canada et les visions mystérieuses de Kay à son travail et aussi l’omniprésence de Larry White dans la vie du village ?
Une peur diffuse s’installe dans ses pensées… il lui faut rentrer au Canada.
Mais avant de retourner chez lui, une dernière étape est nécessaire.

Beaucoup de personnages au fil des lignes et du courant des rivières irlandaises. Alex Smyth, écrivain, pour lui un retour aux sources douloureux. Etait-il absolument nécessaire ? N’est-il pas mieux de laisser les cadavres anciens dans des placards bien fermés ? Kay, son épouse, est restée au Canada. Larry White, qui est-il vraiment ? Un revenant d’Irlande ? Le Docteur, père d’Alex, homme rigide, a élevé seul son fils. Pour celui-ci : deux options, l’église ou la médecine. 
Le père Charlie McVee, Terrence Dealy et le père Sean Phelan sont les symboles de la mainmise de la religion sur l’Irlande, et de ses égarements. Que de destins brisés !

Un autre personnage omniprésent dans ce roman… la truite ! En fin de livre vous saurez tout sur ce poisson plein de ressources ! Et vous comprendrez pourquoi il est si difficile de le pêcher.
Un livre en forme de puzzle, plein de flash-back racontant le gâchis de plusieurs vies d’enfants et les séquelles qui les hanteront durant toutes leurs vies. Un très bon roman sur une période peu glorieuse de l’histoire de l’église catholique d’Irlande
 avec une fin angoissante digne d’un bon thriller.
Il est à noter sur la quatrième de couverture la mention que « La mer et le silence » a obtenu « Le prix du Caillou *» de l’île de Groix en 2013. 
Extraits :
- Il a éveillé l'intérêt d'un éditeur d'une maison new-yorkaise de taille moyenne, et a maintenant un contrat en vue. Quelques jours plus tôt j'aurais savouré ses nouvelles. 
- Nous regardons sans rien dire, comme si nous venions juste d'ouvrir la porte et qu'un extraterrestre était entré dans la pièce.
- Il s'agit plus d'une sensation que d'un véritable souvenir. Des épaisseurs et des épaisseurs... je sais que je l'ai fait, et pourtant je ne sais pas pourquoi je le sais.
- La pêche à la mouche permet à l'homme de manifester la part bucolique qui sommeille enfouie en chacun de nous.
- Il était le rebut de la terre du Seigneur, mais c'est toujours la terre du Seigneur.
- Il me faudrait encore quarante-cinq ans pour comprendre ces rêves.
- Puis, dans l'odeur d'essence qui persistait, j'ai descendu la pente menant dans le reste de ma vie.
Éditions : Joëlle Losfeld (2016).
Titre original : The Trout (2016).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Christophe Mercier.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
La mer et le silence.
* Grand prix auquel j’ai participé :
http://eireann561.canalblog.com/archives/2013/09/03/27946354.html