Pike

Pike.
Benjamin WHITMER.

Note : 5 / 5.
Au nom du père et de la fille défunte !
Premier roman de cet auteur américain traduit en français mais que je lis après « Cry Father ».
Un prologue, soixante-seize courts chapitres, et un épilogue pour ce livre de plus de 260 pages.

Nous sommes à Cincinnati, en hiver, au cours du prologue Derrick Krieger, flic au lourd passé, tue de sang-froid un jeune homme. Ce meurtre déclenchera plusieurs jours d’émeute dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.
Plus tard Douglas Pike est avec Rory, son jeune associé, pour des petits boulots pas toujours très légaux. Une femme lui annonce que sa fille qu’il n’a pas vue depuis plusieurs années est décédée d’une overdose, elle lui laisse Wendy sa petite fille, qui n’a plus que lui comme famille ! 
Contraint et forcé Pike accepte ! Mais il veut savoir les circonstances exactes du décès de
Sarah. Et les premiers éléments recueillis ne sont pas des plus réjouissants. Droguée et prostituée, elle vivait à l’extrême limite de la société et de la misère. Wendy lit beaucoup et Rory jeune boxeur succombe à son charme enfantin, Pike aussi. La violence est partout, les émeutes se succèdent. 
Pike remonte la filière qui a conduit à la mort de sa fille, même si pour cela il doit casser (doux euphémisme) quelques bras, et plus si manque de coopération.
Plongé dans les bas-fonds de l’Amérique des drogués profanant les cadavres, des joueurs de football violeurs de petites filles de onze ans, des vétérans du Vietnam vivant dans les bois, ivrognes et drogués. American Way of Life.
Douglas Pike, héros de ce roman, est un dur à l’ancienne mode, sorte de défenseur de la veuve et l’orphelin aux méthodes musclées. Après beaucoup de  boisson
et autant de déboires, il veut se ranger… mais il n’est pas vraiment nécessaire de l’asticoter beaucoup pour qu’il reprenne ses anciennes et mauvaises habitudes de bagarreur. Et ici on peut très facilement le comprendre. Sarah sa fille morte d’une manière horrible. Wendy sa petite-fille le place dans une situation qu’il a toujours voulu fuir. Rory, jeune boxeur au passé trouble, parents alcooliques, sœur décédée. Derrick Krieger, flic violent, raciste et corrompu, pourquoi s’intéresse-t-il autant à Wendy ? Il dit la reconnaitre mais est-ce vrai ? Des personnages ambigus à la violence à fleur de peau.
C’est dur, noir, très noir. Lorsque les auteurs américains parlent de la lie de leur pays, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère ! 
Des titres de chapitres très explicites qui reprennent toujours une phrase qui va suivre :

~ Ils se rencontrent dans le centre, comme le marteau et l’enclume, écrasant tout ce qui se trouve entre eux ~
~ Six cents livres de graisse sinistre aux visages d’un lisse enfantin et aux yeux de fillette bleu pâle ~

~ Pike avait déjà son 357 en main, et il lui tabassait la tête à coups de crosse jusqu’à ce que la peau lui tombe du visage comme des lambeaux de drap sanglants ~
Extraits :
-
 Quoi qu’en pensent les gros bourges du charbon dans les villas McMansion qu’ils nous ont mises dans le cul à force de sucer les filons des Appalaches. Ici, on ne possède rien sans y mettre du sang.
- Il disait qu’il y avait vraiment de tout, là-bas. L’odeur sale et riche des herbes que les Indiens et les Africains font brûler pour rester propres, le grincement crispant des violons des Irlando-Écossais, la mélopée funèbre des musulmans accroupis vers La Mecque, tou
t.
- J’en dis que même en tournant l’affaire dans tous les sens, j’arrive pas à imaginer de bonne raison pour ligoter une fille de onze ans à une chaise et la violer. Mais je suis un vieux. Suis peut-être bien dépassé.
- Chatte rose encore ouverte, comme une petite bouche difforme.
- Je veux que tu penses à tous les dealers que je connais, poursuit Derrick. Je veux qu’en attendant l’ambulance tu réfléchisses à la quantité d’héroïne que je peux contrôler dans la région. Puis, sur le chemin de l’hôpital, quand tu essaieras de cracher mon nom avec ta gueule cassée, je veux que tu calcules combien cette ville compte de junkies prêts à violer ta femme, moche comme elle est, pour un fix à 5 dollars.
- Elle sirote une gorgée de gin, prend la carte sans la regarder, en oscillant légèrement, comme une onde de chaleur sur le bitume d’une autoroute.
Éditions : Gallmeister / Noire. (2012).
Titre original : Pike (2010).
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos.
Autre chronique de cet auteur sur ce blog 
:
Cry Father.