Vonnegut


Dieu vous bénisse, Monsieur Rosewater *.

Kurt VONNEGUT.
Note : 5 / 5.
La grosse galette ! 
Auteur américain né en 1922 et décédé en 2007. Je le connaissais comme auteur de science-fiction que j’avais sûrement lu dans ma jeunesse. Ici changement de registre, on entre dans le domaine de la satire féroce, genre de pamphlet contre l’argent roi et les arrivistes de tous poils.
Nous faisons connaissance du principal personnage de ce que l’auteur nomme « une fable », bien que nous soyons très loin de ce brave La Fontaine. 
Revenons à notre histoire, et donc à Eliot Rosewater, sa vie n’est pas rose tous les jours, mais il y a pire et il en est bien conscient ! Héritier de la dynastie des Rosewater, née à Rosewater dans le comté de Rosewater, Indiana.
La fortune de la fondation du même nom est colossale :
- Cette somme s'élevait à 87 472 033,61 dollars au 1er juin 1964, pour choisir une date. C'est ce jour-là qu'elle attira l'œil alerte d'un jeune avocat véreux nommé Norman Mushari. L'intéressante somme rapportait 3 500 000 $ par an, soit presque 10 000 $ par jour–dimanche compris.
Donc pour résumer, ce brave homme n’a pas d’ennuis d’argent même s’il en distribue beaucoup. Il est marié à une superbe et adorable française et s’ils n’ont pas d’enfants, cela ne les trouble pas outre mesure pour l’instant. 
Il a, ce brave philanthrope, une passion secrète, être pompier bénévole ! 
Ce qui vous en conviendrez est signe d’une certaine grandeur d’âme (ou si vous préférez d’une âme d’une grandeur certaine).
Par contre, et c’est parfois pour ne pas dire souvent, et même très souvent, et même tout le temps, il a un amour immodéré pour la dive bouteille ! Et immodéré est un doux euphémisme ! 
Ce qui parfois cause de graves ennuis et pose de gros problèmes, mais comme Eliot ne sert strictement à rien dans la bonne marche de la fondation, tout le monde s’en fout royalement et laisse Eliot cuver dans son coin.
Mais les bonnes choses ont une fin…
En effet (de manche), un jeune avocat marron et véreux, Norman Mushari voudrait bien mettre la main sur le magot. Pour cela plusieurs solutions, faire passer Eliot pour fou devant un tribunal, et comme il n’a pas de descendance, peut-être que… Une autre solution est la découverte d’une autre branche des Rosewater, un dénommé Fred, à Pisquontuit, dans l’état de Rhode Island, situé à l’autre bout des États-Unis. Cette famille est aussi pratiquement à l’autre bout de l’échelle sociale. Si chez Eliot on est très riche, chez Fred on serait presque très pauvre ! Alors la proposition de Norman Mushari de tenter de s’approprier la fortune des Rosewater est plus que la bienvenue.
Des personnages souvent désopilants dans un monde baroque où pour certains l’argent n’a pas encore tué tous sentiments humains. Eliot malgré ses défauts est un souffle rafraîchissant dans un monde impitoyable.
Un livre qui n’est pas uniquement amusant, il est beaucoup plus que cela, c’est un constat lucide sur la société ultra-libérale américaine.
Une découverte.
Extraits : 
- Ainsi, une poignée de citoyens rapaces en vient-elle à contrôler tout ce qui en valait la peine en Amérique. Ainsi, le système de classe américain, barbare, insensé, parfaitement inadéquat, inutile et dépourvu d'humour fut créé. Des citoyens sans histoire, honnêtes et travailleurs, furent qualifiés de sangsues s'ils venaient à réclamer un salaire décent.
- Tout le reste n'était que trous à rats, taudis, alcoolisme, ignorance, idioties et perversions, car tout ce que le comté de Rosewater comptait de sain et actif et intelligent fuyait la capitale
- Ses yeux faisaient partie de l'attirail standard de la folle américaine aisée-des yeux de bijoux fantaisie, de synthétiques saphirs étoilés derrière lesquels clignotent des loupiotes de sapin de Noël.
- Les fils de suicidé songent souvent à se tuer vers la fin de la journée, quand leur taux de glycémie est bas. Et ainsi en allait-il de Fred Rosewater lorsqu'il rentra du travail.
Éditions : Gallmeister  (2014). Collection Totem.
Titre original : Good Bless You, Mr Rosewater (1965).
Traduit de l’américain par Gwilym Tonner.
* ou des perles pour un pourceau.