Mauvaise journée demain

Mauvaise journée, demain.
Dorothy PARKER.
Note : 4  / 5.
Oh , dirty days…
Célèbre auteur de nouvelles américaines, femme de caractère à la langue acérée, buveuse, féministe avant l’heure. Elle collaborera au célèbre « New Yorker », un moment considérée comme communiste, elle a eu maille à partir avec la justice américaine. Elle mourra seule dans une chambre d’hôtel en compagnie d’une bouteille de whisky. Dernier pied de nez à la bonne société américaine, elle léguera ses biens au mouvement des droits civiques de Martin Luther King. 
Un livre relativement court, ce que je trouve bien pour un recueil, seize nouvelles sur cent soixante-seize pages.
Textes d’une longueur très inégale « Conversation à trois heures du matin » fait quatre pages, « Le jeu » trente !
Les titres  de ces nouvelles :
Quel joli tableau ; La jarretière ; La chape de compliments ; Mauvaise journée, demain ; Récit de voyage ; Retour à la maison ; Oh ! Il est charmant ; Miss Carrigton et Miss Crane ; Une femme particulière ; Une jeune femme en dentelle verte ; Conversation à trois heures du matin ; Le berceau de la civilisation ; Mais celui à ma droite ; Conseil à la petite Peyton ; Le dîner de corbeau ; Le jeu.
« La jarretière » nous raconte la triste soirée d’une jeune fille qui perd sa jarretière au cours d’une soirée dansante. C’est l’occasion pour Dorothy Parker de se moquer d’elle-même :
- Vous savez, il paraît qu'elle n'écrit pas un mot de ces trucs. Il paraît qu'elle paye un pauvre type qui vit dans un de ces logements du Lower East Side, dix dollars par semaine pour les écrire et ensuite elle les signe.
« Mauvaise journée, demain », un couple parle dans un tripot clandestin durant la prohibition. L’homme se plaint que la journée du lendemain sera dure… mais les tournées se succèdent ! 
« Retour à la maison » est un des meilleurs textes de ce recueil. Un couple revient d’une soirée… les reproches et les incompréhensions les accompagnent durant le voyage. Mais l’amour triomphe ! 
« Oh, il est charmant » : l’admiration comme l’amour rend aveugle. Une lectrice en pâmoison devant un écrivain imbu de lui-même ! 
« Miss Carrigton et Miss Crane ». Voilà deux bourgeoises qui critiquent toutes leurs connaissances en faisant bien pire ! Heureuses les simples d’esprit !
« Le diner de corbeau* ». Une femme dont le mari est parti ; grand seigneur il lui alloue une pension et règle son loyer. La littérature va lui faire comprendre ce qui est arrivé !
Son mari enfin lui téléphone, à elle de jouer !
« Le jeu » termine ce livre. Un couple tout juste marié pend la crémaillère dans son nouvel appartement. Le jeu qui termine la soirée vire au cauchemar et réveille des drames passés.
Un couple d’américains moyens, les Wheelock et leur fille Sœur, sont, d’entrée de jeu, étrillés par l’auteur. Un homme revient d’Arabie, une amie lui reproche sa disparition durant ces deux années. Sous le regard soupçonneux d’un dénommé Freddy ! Deux femmes new-yorkaises fortunées illustrent parfaitement le proverbe « On voit la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le sien ! ». Des New-Yorkaises en vacances en Europe, deux personnes mal placées durant un diner qui rêvent de filer à l’anglaise ensemble, une personne âgée donnant des conseils à une jeune fille et faisant l’inverse.
Ces nouvelles sont surtout des dialogues souvent de sourds (Retour à la maison) ou méprisant de la part d’un écrivain pour une de ses admiratrices (Oh, il est charmant).
C’est cynique et souvent cruel ! Une plume trempée dans le vitriol (ou dans le whisky)! Description sans concessions d’un monde snob inculte ( Miss Carrigton et Miss Crane, par exemple) .
Extraits :
- Sur ses lèvres, son sourire était comme un rayon de soleil, mais dans ses yeux percer le regard de celle qui vit en cage, le regard de l'âme tourmentée qui se demande où donc est passée cette foutue fournée de toasts.
- Elles sont toutes sottes et vides. Elles ne pensent qu'à leurs toilettes et aux soirées, et n'ont pas l'ombre d'un sujet de conversation qui vaille la peine.
- De la relation entre les sexes, que c'est terrible ce que les femmes peuvent endurer dans ce monde.
- Les gens ont l'air si pressé – jamais le temps de rien, sauf pour l'argent, l'argent, l'argent. 
- Tout était absolument impeccable : impossible de ne pas penser au prix que cela devait coûter pour qu'il en soit, et reste, ainsi.
Éditions : Christian Bourgois (1999).
Titre original : Thirteen Shorts Stories. (1995)
Traduit de l’américain par Hélène Fillières.
* Expression américaine qui correspondrait à « Manger son chapeau ».