Un bon garçon
Un bon garçon.
Paul McVEIGH.
Note : 5 / 5 .
Une époque trouble.
Premier roman de cet auteur né à Belfast. Dramaturge et nouvelliste, il est directeur du « London Short Story Festival ».
Neuf semaines dans la vie d’un enfant avant sa rentrée à Saint Gabriel’s alors qu’il espérait aller à Saint Malachy’s. Donc autant de chapitres.
La vie de Mickey avec tous ses problèmes existentiels ou familiaux et il en a beaucoup ! En particulier avec son père, qui est un adepte de la dive bouteille, et qui un jour quittera la maison.
Il préfère jouer avec les filles, alors pour les autres garçons c’est au choix, une tapette ou un pédé ! 
Hélas les filles souvent aussi le rejettent, alors il vit un peu dans les jupons de sa mère ; sa petite sœur « P’tite Maggie » semble la plus proche de lui. Son grand bonheur « Tueur » son chien, qui hélas sera une victime collatérale d’une bombe !
Il est aux prises avec les tourments de son âge, les filles en particulier la belle et blonde Martine qui un jour lui demande de lui « rouler une pelle »…, chose qu’il ne fera pas ! 
Sauf qu’ici l’action se passe à Belfast à l’époque des « Troubles » et la ville ressemble plus à un champ de bataille qu’à un jardin d’enfants ! De plus le quartier où vit la famille, Ardoyne, est un quartier populaire, catholique et républicain. C’est aussi un bastion de l’I.R.A. Mais au loin on entend les protestants préparer leurs marches annuelles, et leurs musiques rythmées par de lourds tambours.
Alors les mises à sac des habitations sont monnaie courante, les émeutes font partie des événements ordinaires, les bombes et les fusillades ne sont pas rares. Les jeunes filles catholiques sont liées à un poteau électrique et badigeonnées de plumes et de goudron pour avoir été vues avec des soldats britanniques. Les rares voleurs doivent rendre des comptes à l’I.R.A. Bref un excellent environnement pour une éducation apaisée. 
Michael (Mickey) Donnelly surnage avec une grande dose de naïveté dans un monde dur et violent. Sa famille, sa mère qui fait tourner la maison, son père alcoolique est parti et Mickey ne le regrette pas.
Ses sœurs, Mary dite « Rougeole », la petite Maggie, sa préférée, Paddy son grand frère qu’il n’aime pas du tout. Après avoir été emprisonné et passé à tabac, il semble s’être rapproché des Républicains. Une famille ordinaire pour le quartier. 
Un mystérieux oncle Tommy fait soudainement son apparition dans le paysage… et il reste dormir une nuit dans la demeure familiale !
Les garçons ont des surnoms plein d’estime, mais aussi de dérision, « Ma-mère-La-Pute », « Les Gros Durs », « La Tache », « Tête de Casque » et celui dont il est le plus proche « Péteur ».
Les filles ne sont guère mieux loties, Martine son fantasme absolu, la seule qui trouve grâce à ses yeux. La pire pour Mickey est Briege McAnally qui se vante que son père, un chef de l’I.R.A, est en prison ! Pratiquement toutes les familles dans le quartier ont des membres de leur famille en prison !
Il est à noter que d’une manière péjorative les Anglais sont toujours nommés « Les Angliches » !
Un roman qui m’a fait penser à ce très bon livre de Jennifer Johnston « Des ombres sur la peau », la vie de tous les jours d’un enfant dans un Belfast en guerre ! Même trame, mère admirable, père alcoolique et grand frère pas très net ! Mais ici une grande dose d’humour adoucit le propos.
Un très bon livre qui par les yeux de Mickey dédramatise cette période d’un conflit que les Britanniques refusent de nommer « guerre ».
Un auteur à suivre.
Extraits : 
- Quelques-unes chantent "Awalla Jim" en jouant à la balle contre le mur sur les immenses lettres blanches Tiocfaidh ár lá. Notre jour viendra en Irlandais. Le jour où l'on gagnera contre les Angliches.
- Des tambours. Loin. Les protestants se préparent pour leur défilé du 12 juillet. C'est leur jour, comme la Saint-Patrick est le nôtre.
- Le bord du trottoir est peint en vert, blanc et orange le long de la rue. Notre drapeau. J'ai l'impression qu'il flotte à côté de moi pendant que je cours.
- Je vois mon reflet dans la vitre. Un autre moi. Un fantôme de moi. Je viens peut-être de mourir.
- On traverse la frontière avec un quartier protestant. Ça se voit à cause de tous les Unions Jack et les trottoirs peints en rouge, blanc, bleu. On ne vient jamais, jamais, jamais ici.
- Donc les riches ne connaissent pas les Troubles. Pas plus que le reste. Ce n'est pas juste.
- ... je vais lui couper la jambe au laser. Le tir dans les rotules du futur. L'IRA va adorer. Pas besoin de flingues. Pas d'empreintes digitales.
Éditions : Philippe Rey (2016)
Titre original: The Good Son (Salt) (2015)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paolini.