Le Garçon aux icones
Le garçon aux icônes.
Desmond HOGAN.

Note : 4,5 / 5.
À la recherche du fils.
Auteur irlandais qui semble cultiver un grand mystère autour de lui. Ce livre a été édité, semble-t-il, pour la première fois en 1976, puis réédité en 2013. Il a fait l’admiration de plusieurs grandes plumes irlandaises : Colm Toìbin ou Colum McCann, ainsi que Joyce Carol Oates, excusez du peu !
Une excellente préface du traducteur donne le ton de ce livre tentant de percer les zones d’ombres voulues par Desmond Hogan lui-même.
Nous sommes à Ballinascloe, à l’ouest de l’Irlande dans le comté de Galway au début des années mille neuf cent soixante-dix. Susan Hallrahan, depuis le décès de son mari, attend, non plus George, qui ne reviendra pas, mais qui reste très présent dans son souvenir. Non, elle attend son seul fils, Diarmaid, qui fuyant l’Irlande s’est réfugié dans le « Swinnig-London » avec ce que pour Susan cela comporte d’interdits ! Elle revient à ses premières années de mariage, en 193o, époque où les hommes allaient travailler à Londres, Birmingham, bref vers l’Angleterre ennemie héréditaire. Puis George lui annonce son intention de départ pour les États-Unis, terre où il fera fortune ! Cruel destin en 1954 à la naissance de leur seul enfant, il était déjà décédé, lui qui avait fait la guerre, dans un accident d’ascenseur ! Il était représentant de commerce au chômage. Rêves d’opulence envolés, il faut qu’elle gagne sa vie et qu’elle élève seule ce garçon venu au monde sur le tard.

Elle se remémore également l’enfance de Diarmaid, garçon solitaire et silencieux, silence qui allait jusqu’à effrayer sa mère. Il a connu un jeune garçon de son âge, Derek, il s’en était d’après sa mère épris, mais Derek n’avait pas supporté les moqueries dont il était l’objet et s’était suicidé !
Nous passons par à-coup en 1972, maintenant après le père, c’est son fils qu’elle attend, elle trompe son monde en donnant de bonnes nouvelles alors qu’elle n’en reçoit pas !
Mais un jour la missive tant attendue arrive, il rentre à la maison… bientôt.
Les nouvelles du monde sont alarmantes, la situation en Irlande du Nord se dégrade, Belfast est, d’après la radio, à feu et à sang.

Son fils tant attendu arrive enfin, il a changé, elle s’aperçoit qu’elle ne le connait pas, qu’elle ne l’a peut-être jamais connu ou compris. Mince et cheveux longs, visage aminci, elle trouve qu’il ressemble à un Rolling-Stone, son groupe favori.
Quelques temps après le retour de son fils en Angleterre, elle partira à sa recherche, et découvrira l’ambiguïté de leurs relations, elle fera également connaissance de certaines de ses relations,  femmes ou hommes, et comprendra que plus rien n’est dorénavant comme avant.
Le monde n’est plus le même et Diarmaid non plus !
Susan Hallrahan est le principal personnage de ce roman, son défunt mari George l’a laissé jeune et peu fortunée pour élever leur fils ; elle travaille comme couturière et est appréciée de son entourage. Son fils, le taiseux Diarmaid Hallrahan, étouffe en Irlande surtout qu’ailleurs un vent de liberté souffle sur la jeunesse.
Puis plein de personnages durant le voyage anglais qui ne sera pas uniquement londonien. Bridget, tante de Susan, malade d’un cancer, des jeunes filles, Eléonore, des jeunes gens, Michael en particulier vivant dans une communauté un peu bohème.

Une construction pleine de retour en arrière, l’auteur prenant un malin plaisir à revenir dans la vie de Mrs Susan Hallrahan. Une plongée dans la vie de Londres des années soixante-dix, ville déjà à la mode !
Il était difficile de ne pas mentionner l’IRA et Bernadette Devlin dans ce livre.
Une très belle écriture très personnelle, encore une belle découverte pour cette fin d’année !
Extraits :
- La défaite était encore vive dans les mémoires, évoquée sans cesse par les balades, les récits folkloriques, les légendes agonisantes d'une race.
- Tous ces petits morceaux d'Irlande, ces fragments dispersés au gré de l'immigration, singuliers dans l'esprit de Susan à présent.
- Susan était stupéfaite. Diarmaid heureux. Oui, elle irait là-bas pour en savoir plus.
- C'était tous les deux des produits de l'environnement catholique. Ils n'avaient rien à perdre et se retrouvaient beaucoup l'un dans l'autre.
- Elle pleura comme les femmes pleuraient les morts, jadis, en Irlande.
- Il vit avec une bande d'Irlandais qui parlent à tout bout de champ de l'IRA provisoire et des attentats comme si tout ça était drôle et admirable.
- « D'abord il est devenu hippie ; et maintenant il fait partie de l'IRA. »
- Ici et maintenant, tout était fini.
- Et aussitôt Susan pensa au club pour Messieurs de Ballinasloe, sauf qu'ici il y avait au mur un

portrait de Patrick Pearce et les couleurs républicaines.
- Au sens le plus fort du terme, ils s'étaient tous deux comportés en traîtres.

- L’Irlande, depuis longtemps déjà, l'avait mutilé, déformé, dégoûté.
Éditions : Grasset (2015).
Titre original : The Iron Maker (1973/2013).
Traduit de l’anglais et préfacé par Pierre Demarty.