Flageul
Mal Mené.

Denis FLAGEUL.
Note : 4 / 5.
Noir passé ! 
Dix-neuvième aventure de Léo Tanguy, la quatrième aux Editions de la Gidouille ; cette fois-ci, c’est Denis Flageul qui s’y colle ! 
Nous sommes dans le centre Bretagne, le pays du Mené, aux environs de Loudéac et de Collinée et ses industries agroalimentaires.
Léo Tanguy est appelé au secours par Hélène, une vieille amie. Ses parents sont morts dans l’incendie de leur maison et son oncle a disparu. Elle pense que la mort de son père et de sa mère n’est pas un accident, mais un crime. Elle admet que son oncle Jean avait un comportement un peu étrange, qu’il lui arrivait de partir sans laisser d’adresse quelques jours, mais jamais si longtemps ! Léo tente de la rassurer, de la convaincre qu’elle fait fausse route, mais elle ne veut rien savoir. Elle lui énumère toute une liste de faits troublants qui se sont déroulés durant les derniers mois, des menaces et autres intimidations de tous genres.
Elle lui raconte que la maison de son grand-père a été visitée de fond en comble à la mort de celui-ci, comme si les visiteurs cherchaient quelque chose des plus importants… suivent des lettres anonymes, des pneus crevés, puis l’incendie mortel ! 
Ses parents étaient également très impliqués dans les comités de soutien aux ouvriers étrangers, en particulier des Maliens très présents dans la région. Mais la crise aidant, ces populations qui avaient été rejointes par d’autres ouvriers étrangers, sont de plus en plus mal perçues par une partie grandissante de la population. Qui depuis peu ne se cache plus ! Là aussi les incidents sont de plus en plus fréquents.
Léo peut s’en rendre compte en assistant à une réunion fortement perturbée par un commando armé et cagoulé ! L’agriculture aussi se transforme, certains gros exploitants veulent imposer des méthodes qui ne sont pas au goût de tous !
Mais peut-être faut-il également chercher dans l’histoire ancienne, durant la période de la seconde guerre mondiale avec son lot d’exactions, de basses vengeances, de morts violentes.
Mais l’histoire actuelle n’est pas non plus des plus apaisées, une fange extrémiste de catholiques-fascistes s’en prend maintenant ouvertement aux travailleurs africains, allant jusqu’au crime…
Léo a du pain sur la planche, car Hélène de son côté cache quelques secrets personnels et de famille.
La violence gagne la campagne et des innocents en subiront les conséquences.
Beaucoup de personnages dans ce roman, Léo bien-sûr, égal à lui-même en redresseur de torts sans peur. Hélène qui cherche la vérité, quelques catholiques intégristes dont une famille style « fin de race », un ancien militaire gros muscles mais sans aucune morale, un beau ramassis de crétins arrogants et dangereux.
Contrairement aux volumes précédents, ici aucun humour ! C’est du noir, du très noir.
La France nouvelle sous la plume de Denis Flageul, la campagne profonde avec ses cadavres dans les armoires et avec ses peurs actuelles. 
Un bon cru, plus « sérieux » que les volumes passés !
Extraits :
- La tête dans les nuages, jamais sortie de Kerouac et de son rêve de route. Éternel vagabond, à plus de soixante ans.
- On n’allume pas un incendie simplement pour le plaisir. Du moins c'est rare.
- Léo se tait. Avec l'impression de s'être fait piéger.
- Bien sûr, rétorque Le Saout dont le sourire a soudain disparu, tout ça vient des paysans, les saigneurs de la terre, hein ?
- On pense que ça ne peut plus exister et quand l'ambiance est favorable, ils sortent du bois.
- Le temps nous ronge.
- Collinée, c'est bien... mais c'est toujours ceux d'en haut et ceux d'en bas. Les noirs et les pas noirs... Quand même... Et puis...
- Flânerie dans le centre. Un gros bourg qui se voudrait ville, vite traversé. Des vitrines plus ou moins anonymes, d'autres sans âme. Pas de bar attirant.
- Mais c'est pas facile tous les jours. Pour les Maliens je suis Française, pour les Français je suis Malienne...
- On a l'impression qu'il y a une rage dans le coin. Comme un cancer qui attaque tout et prolifère.
- Le village et toute la campagne environnante reste figés dans le soir qui tombe. Une paix paroissiale.
Éditions : La Gidouille (2015)
Les autre Léo Tanguy sur ce blog:
Dernier train pour Ouessant / Yvon Coquil.
Et un, et deux, et Groix...zéro / Michel Dréan.
Larguez les anars ! / Hervé Sard.
Autre titre de Danis Flaguel / Les tempestaires.