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Nouvelles de Nouvelle-Calédonie.

Collectif (Avant-propos de Pierre Astier).

Note : 3,5 / 5.
Nouvelles des antipodes ! 
Découverte de cette collection de nouvelles en provenance du monde entier. 
Les auteurs présents ici sont : Anne Bihan, Olivia Duchesne, Waej Genin-Juni, Claudine Jacques, Nicolas Kurltovitch et Paul Wamo. La seule que je connais est Anne Bihan croisée au salon du livre maritime de Concarneau dont j’ai un recueil dans ma bibliothèque.
« Jajinyi », ce n’est pas toujours bon signe d’être réveillé de bon matin par sa mère. Celle-ci vient lui parler du décès de sa propre mère, Okela, mais son sujet de conversation, c’est Jajinyi, sa chienne que le chef du village veut tuer. Alors dans ce petit matin, elle explique à sa fille le rôle de cette chienne dans la vie de sa grand-mère… et dans certains accidents attribués par les voisins aux cochons sauvages des environs !
Une histoire aussi surprenante qu’originale. 
« Rentrée de nuit » Y. est surveillante de nuit dans un dortoir de filles, on la devine pas vraiment plus âgée que celles qu’elle surveille. Elle déambule entre les lits, se remémore certains souvenirs, son histoire en particulier, qu’elle estime être des plus simples. La pension à des kilomètres de chez elle… Demain, souriante, elle accueillera les nouvelles arrivées, comme elle aussi l'a été.
« Répétition ». Toute la famille, en particulier sa mère, espérait qu’Audrey partirait faire ses études et choisirait un métier valorisant. Avocate, enseignante ou secrétaire de mairie ! Mais non, elle décide de conduire des engins dans les mines de la région. Mais telle était sa volonté que sa mère au fond d’elle-même comprenait très bien.
« Le torchon ». Ce bout de tissu, vieux de plus de seize ans, retrouvé par hasard sera le symbole d’un jour maudit pour Malèna. Son fils, Otis, sans raison, perd les pédales, pète les plombs comme on dit maintenant ! Il ne reste que le chagrin, la colère et surtout l’incompréhension.
« Éden », c’est un petit immeuble, certes, ce n’est pas l’enfer, mais pas non plus le paradis. Les familles s’y côtoient, chacun avec leurs problèmes, graves ou bénins, une bonne entente règne en surface. Clarisse veut devenir grande, alors elle suit les conseils de sa voisine, embrasse un garçon, mais sans beaucoup de résultat. Un évènement inattendu va provoquer le déclic, elle pense enfin avoir grandi !
Le texte le plus long de ce recueil, une réussite dans l’observation de ce microcosme urbain.
« 12.11.12 ». Que dire de ce texte, c’est peut-être beau, mais j’avoue humblement ne pas l'avoir apprécié à sa juste valeur ! Je dois être un peu réfractaire à certains textes d’avant-garde ! 
Des personnages de tous les jours, de ceux que l’on pourrait croiser à chaque coin de rue, sauf qu’ils font partie de la population de la Nouvelle-Calédonie, avec les soucis spécifiques, leurs vocabulaires et leur météo qui n’est pas la nôtre :
- Et l’année passe. Début décembre voilà l’été.
Une courte présentation des auteurs complète cet ouvrage, dont on peut regretter la brièveté et, mais c’est la loi du genre, une certaine inégalité de qualité des textes. 
Extraits :
- Cette bête n'appartient à aucune race canine répertoriée. Apparentée aux bassets par la forme et le pelage, hélas la gueule large et puissante du boxer avec, en plus, la hargne et la fidélité du bouvier australien.
- Les vacances s'achevèrent, les fils reprirent l'avion pour la grande ville, et Okela le chemin des champs. Elle s'exerçait à suivre fidèlement ses habitudes. Surtout ne rien changer, ne rien laisser paraître et... attendre.
- La deuxième ronde. Finalement c'est agréable cette déambulation, je suis entourée de silence, je suis toute seule et pourtant je suis entourée de présence. Le silence, pas vraiment.
- Si elle reste sans bouger jusqu'à la fin de ma montée des marches, je suis perdue. Ce sera le signe qu'elles me feront payer mon arrogance.
- Est-ce que c'est un avenir ça, mettre ses pas dans les pas de sa mère ?
- Il faisait chaud. Trop chaud pour la saison, un mois de novembre exténuant, aux ciels de lassitude grise et d'embarras.
- Votre père est mort avait-elle dit. Un accident sur le pylône. Vous n'avez plus que moi. Il faudra m'aider.
- C'est janvier, les grandes vacances. Comme tous les samedis après-midi, le centre-ville est quasi désert.
- Elle voulait bluffer le destin. Elle ne voulait pas de ces traditions respectées bêtement, de ces histoires qu'on se transmet de mère en fille.

- Pour la première fois, elle se voit. Elle est pareille à une feuille blanche sur laquelle il y a de la place pour tout le monde.
- Je suis du Caillou.
C'est drôle de porter le nom d'un élément naturel. Un caillou c'est comme de l'air solide. Il y a aussi « Le Territoire », « Kanaky–Nouvelle–Calédonie », « l'île la plus proche du paradis », « le plus beau lagon du monde », « Pays de l'Or vert », « Terre de parole, Terre de partage », « le Caillou ». C'est dur de choisir un nom. Un nom c'est comme un poème qui te définit, ce n'est pas n'importe quoi.

Éditions : Miniatures. Magellan & Cie (2015).

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