Mon confident Michel
Mon confident Michel affirmant que…*

Serge KANDRASHOV.
Note : 4 / 5.
Le Gay Paris !
J'ai connu Serge il y a quelques années quand il m'avait proposé de lire son roman autobiographique « Mes vacances de printemps». 
Il avait à l’époque apprécié ma chronique d’un recueil de nouvelles d’Éric Jourdan, « Portrait d’un jeune seigneur en dieu des moissons », que j’avais lu sans savoir que ce monsieur était une icône de la littérature homosexuelle. J’ai appris plus tard que Serge et lui se connaissaient. Il raconte dans un livre qu’il espère faire paraître leurs différentes rencontres. 
Nous avons été en contact pendant quelques temps. À cette époque il m'a demandé de lui rédiger ou corriger quelques textes pour différents usages, magazines ou autres.
Dans ce récit, Serge parle de son adolescence en Sibérie, jeunesse assez difficile car je pense qu'être homosexuel dans ce pays (comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs) n'est pas forcément signe de vie « normale ». J'avais bien aimé cet ouvrage et je le lui avais dit. Je n’ai pas eu de nouvelles pendant plusieurs années, mais il y a quelques mois il m'a contacté me demandant si je voulais l'aider à revoir le manuscrit d'un livre qui s'appelerait « Mon ami Michel. » Ce fut pour moi l'occasion de découvrir autre chose dans le domaine littéraire, c'est-à-dire lire et revoir un manuscrit, apporter des modifications ou des améliorations si cela était possible ou nécessaire. L’exercice fut difficile car Serge a une méthode très particulière de travail : il écrit en russe et se traduit lui-même. Le français n'étant pas sa langue maternelle, beaucoup de choses étaient quand même assez surprenantes dans ce texte. Il était, je pense, nécessaire de garder en particulier la tonalité générale de cette autobiographie d’un monde que je ne connais pas, celui des gays !
Cet ouvrage commence par son arrivée en France ; il a obtenu le statut de réfugié. Il habite Levallois et travaille dans le nord de Paris dans une supérette. Il n'y a franchement pas d’hostilité vis-à-vis de son homosexualité chez ses collègues de travail, même si certains se montrent plutôt distants en évitant les contacts trop rapprochés et pas seulement physiques.
Pour rompre sa solitude qui, je pense, est celle de tous les déracinés, il fréquente les clubs homosexuels de Paris, fait des connaissances et a des relations sexuelles profitant de la soi-disant liberté du monde occidental.
Slave, il est surtout attiré par les hommes de couleur. Il se rend aussi au Bois de Boulogne à la belle saison et lorsque son travail lui laisse quelques forces pour sortir l'après-midi dans cet endroit, haut lieu de la prostitution ou des rencontres homosexuelles. Il a donc plusieurs aventures, certaines plus ou moins sérieuses. 
Parmi celles-ci, et il nous parle de plusieurs, qui, comme par hasard ou malchance, ne se terminent pas très bien. On croise bien sûr le dénommé Michel qui a lui aussi une vie assez aventureuse. Français, il adore l'U.R.S.S. Il y a vécu plusieurs années. Pour l’instant il occupe un poste de gardien de nuit dans un hôtel parisien, où de temps en temps Serge le rejoint. Il n'y a entre eux aucune tentation sexuelle, c’est plus une solide amitié. Chez Michel, il y a un sens aigu de la vie qui lui dit : «  méfies-toi, les soi-disant hommes de ta vie n'ont pas l'air très fiables ». Et effectivement Serge l'apprendra à ses dépens. Le premier que nous rencontrons est Charles ; pour Serge le coup de foudre est immédiat, ils font connaissance dans un club gay, au sauna plus précisément. Mais celui-ci ne veut pas d’une relation durable. Le second, Patrice, s’avère effectivement enclin à faire un minimum d’effort pour gagner sa vie. Échec encore une fois.
Récit autobiographique qui, par certains côtés, ressemble à un essai sur le monde cosmopolite de la communauté gay de Paris vu par un regard étranger, venant en plus d’un pays de l’Est.
Les personnages principaux de ce livre sont, bien entendu, Serge le narrateur et Michel son confident. Michel permet à Serge de retrouver un peu son pays natal. Il a en plus eu la chance d’avoir connu Noureïev dont il parle abondamment. 
Une lecture enrichissante sur un milieu que j’ignorais complètement.
Extraits :
- C'était le temps de mon devenir, à l'étranger, en France, en tant qu'homme adulte et personne indépendante.
- Espérant une exception à cette règle : moi-même. Me berçant de l'illusion que j'étais un être exceptionnel.
- De ma prétendue fatigue, il ne restait plus aucune trace. Voilà la démonstration de la colossale énergie que procure le désir sexuel.
- Pendant ce court instant de répit nous avons commencé une conversation et avons fait plus ample connaissance.
- Comme chez beaucoup de gays, il avait déjà eu des périodes de vie en couple. Ces périodes pouvaient parfois durer pendant plusieurs années, mais récemment il s'était séparé de son dernier compagnon.
- Il m'est venu à l'esprit que je ne lui étais pas indifférent, mais que tout simplement il était plus réservé que moi, cachant ses sentiments.
Éditions : Kandrashov Editions (2015).
* l’amour entre les gays n’existe pas.
Éric Jourdan « Portrait d’un jeune seigneur en dieu des moissons ».
Serge Kandrashov. «  Mes vacances de printemps ».