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Maillot Noir.
Collectif (Calibre 35).

Note : 4 / 5.
À chacun son tour.
L’équipe mixte de « Calibre 35 », au départ de cette étape Rennes/ Mûr de Bretagne dont ils sont les régionaux, est composée de (par ordre alphabétique) :
Dossard N°1 : Isabelle Amonou ; N°2 : Claude Bathany ; N°3 : Nathalie Burel ; N°4 : Hervé Commère ; N°5 : Stéphane Grangier ; N°6 : Valérie Lys ; N° 7 Frédéric Paulin et N°8 Leonard Taokao. Directeur Technique : Jean-Marie Goater.
Celui-ci nous a confirmé que tous ses coureurs attaqueront durant le parcours, mais il s’est refusé à nous dire dans quel ordre.
Le départ a été donné par Jean-Bernard Pouy.
« Go Slow », ce n’est pas réellement recommandé pour un coureur cycliste professionnel ! Mais quand un dealer décide d’aller livrer la dope à vélo ! C’est surprenant ! Et Paris-Rennes, ce n’est pas la porte à côté ! La route est semée d’embûches !
« Tandem » à Mur de Bretagne : des frères jumeaux sont sur la route, l’un, Tom, sur son vélo, il participe au Tour ! L’autre, Matt, est comme spectateur, dans son fauteuil rouleau, accident dans une descente… accident, pas sûr en réalité !
« Perdre les pédales », c’est le comble pour un fou furieux du vélo. Greg Diamant était semble-t-il promis à un bel avenir, sauf que sur les conseils d’un ancien, il cherche de la coke pour améliorer ses performances. Mais il se fait prendre. Alors pour lui commence la longue descente, pas celle du Tourmalet ou du Galibier, non, juste celle de la vie. Dans un sursaut, il décide, malgré tout, de participer à cette étape bretonne…
« Le baiser au vainqueur ». J’ai beaucoup aimé cette longue et triste nouvelle. Pauvre Gigi !
Jeannie pour l’état civil. Jeannie Pingeon, en plus c’est lourd, surtout que le père est fou d’Amstrong, il voulait un fils qu’il aurait prénommé Lance. Son épouse lui a donné cette pauvre fille qu’il considère (et il n’est pas le seul) comme idiote. Mais la nature dans sa grande mansuétude a fait qu'elle soit belle. Elle est élue « Miss Mûr de Bretagne », donc suprême vengeance, c’est elle qui fera la bise protocolaire au vainqueur de l’étape. La politique et les passe-droits l’éjectent du podium… Pour une fois elle va se rebeller ! Malheur à ceux qui se trouvent sur sa route. Un beau texte et une « héroïne » très attachante. 
« À la petite reine de Vesoul ». Naître à Vesoul, il n'y a rien de déshonorant, nommer ainsi son bistrot non plus. Mais être depuis des années un affabulateur et faire croire que, ce jour précis, l’étape du tour arriverait dans cette charmante ville et que, lui mythomane limonadier, était venu au monde 5 minutes avant le vainqueur de l'étape. Sauf qu’un soir un pitoyable client qui ne respecte rien annonce que, ce jour-là, l’étape se termine à Rennes ! Enfer et damnation ! Quel cuistre, comment oser…
« Le mystère de la petite reine ». Tuer un coureur au départ d’une étape du tour, c’est mal venu. Dénaturer la petite reine à Rennes, c’est incongru. Décaler le départ d’une journée, cela ne s’est jamais vu. Et pourtant, c’est ce qui arrive. Quelle mauvaise publicité ! Mais le commissaire Crovel veille au grain ! Un mystérieux correspondant lui envoie des indices…
« Livarot libre » c’est la délirante et pathétique histoire de pieds nickelés brisés par la décision des organisateurs de choisir Rennes plutôt que Livarot comme ville étape de cette grande kermesse ambulante qu’est cette course. Alors à Livarot la décision a du mal à passer, la municipalité s’est endettée, la crise frappe, alors la grogne monte, il faut réagir. Le Tour est une caisse de résonance nationale. Agissons camarades ! Beaucoup d’humour. On retrouve des personnages connus : Christophe Prodhomme, Jean-Paul Louvier qui est dorénavant retraité à Concarneau et Gérard Hultz qui lui sévit toujours à la télévision nationale !
« Dites treize fois amen… ». Amène ta dope avec la mienne, mon passeur s’est fait gauler à la frontière. C’est la prière de Miroslav. En effet le docteur Mangalé a eu quelques soucis à la frontière belge. Une histoire sanglante qui prouve que dans le cycliste comme dans d’autres domaines la mondialisation n’a pas que du bon.
Quelques fous furieux, des nostalgiques du temps passé, être et avoir été, des amoureux de la « petite reine », fans des « forçats de la route », même si certains furent des tricheurs notoires.
Un recueil où, et c’est assez rare pour le souligner, toutes les nouvelles sont d’un très bon niveau. 
Il est à noter que ce « Maillot noir » a vraiment existé, il était porté par le dernier du classement dans le tour d’Italie dans les années cinquante. En France c’est toujours « La lanterne rouge » même si elle n’est plus portée.
Il n’est pas possible dans un recueil de nouvelles noires consacré au Tour de France de ne pas parler du fléau du dopage avec tout ce que cela comporte d’apprentis sorciers, de pharmaciens véreux ou de soigneurs ( parfois des vétérinaires !) de tricheurs devant l’éternel.
Mais malgré cela la ferveur du public reste intacte ! 
Nathalie Burel était la seule que je n’avais pas encore lue, je vais réparer cette lacune très vite ! 
Extraits :
- Elle nous a servi une espèce de gâteau très gras délicieux, en nous disant que ça nourrissait les marins mieux que n'importe quoi. On a tout mangé.
- L’infirme aussi, il aurait pu en faire des études. Il travaillait bien à l'école, il aimait bien les maths et la biologie. Ils ne naissent pas idiots dans la famille. Mais ils finissent par le devenir.
- Plus tard, la mort de son père, le divorce avec sa femme, l'hostilité cyclique de ses deux fils à son égard ne l'avaient pas vraiment abattu. Le fatalisme, donc.
- C'est certain qu'il en crève de tout ça, de ne rien pouvoir dire, être enfin réduit au silence, d’être celui dont on dit du mal.
- En tout cas, voilà, il nous l'avait craché son titre de gloire, il nous l'avait servi sa misérable histoire à deux balles. Quarante ans que je l'entendais fatiguer tout le monde avec ça, quarante ans. J'espérais que, ce soir il allait s'arrêter là sans développer davantage.
- Cela faisait des années que j'espérais voir la ville de Rennes être une étape du tour. Le vélo et les Bretons, c'était une véritable histoire d'amour. Jean Robic, Louison Bobet, Bernard Hinault...
- À Livarot comme dans toute la région, le salarié commença à se faire rare, remplacé progressivement par le chômeur.

- Il se prenait dorénavant pour un sauveur de l'humanité. Sans lui et ses semblables, sans l'argent du trafic de drogue utilisée pour renflouer des banques comme la HSBC, le capitalisme se serait effondré.
Éditions : Goater Noir (2015)
Autre chronique de ce joyeux collectif que je salue :
Rennes, ici Rennes.