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L’amour (fou) pour un criminel.

Isabelle
HORLANS.
Note : 5 / 5.
Au-delà du raisonnable.
Essai sur un thème dont on parle peu ou alors seulement à l’occasion de faits divers faisant les gros titres de la télévision ou de la presse. L’auteur est ce que l’on peut appeler une journaliste chevronnée ayant derrière elle plus de trente ans de carrière et quelques livres.
La question principale de cet essai est la suivante : 
Pourquoi certaines femmes (et plus rarement des hommes) vont remettre leur vie en question en succombant aux charmes de personnages sulfureux ayant commis des actes très graves et répétés ? 
On peut considérer certains exemples donnés dans ce livre comme consternants : comment est-il possible de convoler en justes noces maintenant avec Charles Manson (qui est l’un des prisonniers les plus populaires des États-Unis, si l’on s’en réfère au nombre de lettres reçues !) que l’auteur décrit ainsi :
- Octogénaire édenté à barbe grise dont le front n’a pas pris assez de rides pour cacher le svastika qu’il y a tatoué.
Cela ne l’a pas empêché d’épouser en prison une jeune groupie de 26 ans !
Prenons aussi le cas d’un des plus grands tueurs (et ils sont pourtant nombreux) des U.S.A., Ted Bundy ; pour beaucoup de femmes qui l’ont côtoyé, c’était un homme charmant ! Vingt-six ans après son exécution il a toujours de nombreuses admiratrices qui sont persuadées qu’il est innocent ! 
En France, un cas moins connu : Éric Lung, condamné à perpétuité pour le meurtre d’un gardien de la paix, séduit deux gardiennes de la prison des Murets où il était enfermé.
Parlons de deux cas d’école, pourrait t'on-dire. Fourniret est un de ceux-là ! Il rencontre sa compagne et complice par l’intermédiaire d’une petite annonce dans « Le Pèlerin ». Libéré pour bonne conduite, il l’épouse, et elle deviendra sa « rabatteuse » pour lui procurer de jeunes vierges qu’il viole, puis assassine.
On peut se poser la question des motifs qui font que cette femme, mère de famille, puisse participer à de telles horreurs ? Peur, sadisme, obéissance aveugle ? Les trois à la fois sûrement. 
Ces interrogations sont aussi valables dans le cas de Dutroux dont la femme Michèle Martin est pour le moins restée étrangement passive. Ils se marieront en prison.
Il y a aussi des femmes admirables dans ces circonstances très lourdes à porter et très certainement à vivre pour elles. Je pense à Sandrine Ageorges-Skinner qui a épousé le Texan, Hank Skinner, condamné à mort et qui se bat pour prouver son innocence plus que probable.
Un mot sur Béatrice Leprince qui, elle aussi, a beaucoup œuvré pour Dany Leprince et qui l’a épousé, même si son rôle n’est pas apprécié par tout le monde.
Les hommes, mais c’est plus rare, peuvent aussi se faire piéger comme c’est le cas pour Florent Gonçalves, directeur de la maison d’arrêt de Versailles. Parmi les détenues, Emma A. qui, malgré son jeune âge, a participé activement à un des faits-divers les plus horribles de l’époque, elle a en effet été « l'appât » qui a permis au Gang des barbares de kidnapper Illan Halimi. Pourtant cet homme de 40 ans, marié et père de famille, perdra la tête et tout le reste pour une liaison qui fit grand bruit à l’époque !
Des hommes et des femmes dont la plupart semblent bien sous tous rapports mais qui, malgré cela, un jour perdent la tête et tous leurs repaires souvent familiaux. Certains effectivement ont une carence affective ou autre.
Ce problème, et ce livre le démontre, concerne très souvent des femmes, mais chaque cas est un cas différent. 
Un peu d’humour, l’auteur nous apprend ainsi que Landru dans le fond de sa prison recevait des lettres… enflammées de nombreuses femmes ! 
Sinon c’est un livre qui interpelle… La somme de recherches pour l’écrire a dû être énorme mais le résultat est pour le moins très enrichissant et m’a donné envie d’aller plus loin, me documenter sur ces femmes hors-normes et sur ces hommes sérial-killers ou violeurs multi-récidivistes.  
Après avoir lu ce superbe essai, il est évident que pour des esprits soi-disant normaux, comme vous et moi, il est très difficile de comprendre ! Mais y a-t-il la nécessité de comprendre ? De même avons-nous le droit de juger ? Je rejoints l’auteur, et je pense que nous n’avons aucun droit sur ces gens qui, pour la plupart, sont majeurs et vaccinés comme on dit et pratiquement tous consentants ! 
J’ai beaucoup apprécié ce livre et j’ai durant sa lecture fait de nombreuses recherches sur cet outil merveilleux qu’est Internet !
Extraits :
- Dix-huit mois après l'audience, son avocat Monsieur Alain Behr voit toujours en elle « une victime du système : mettre de séduisantes fonctionnaires en présence d'individus en manque de relations sexuelles aboutit forcément à une tension libidinale insupportable. C'est le jardin d'Éden ».
- Ces tranches de vie ont un dénominateur commun : la fragilité des unes, la domination des autres. La plupart des détenus admettent, lors de leur procès, avoir « utilisé » leurs geôlières.
- « Effectivement, convient le psychocriminologue Philip Jaffé, il faut être un peu folle... Mais pas plus que la personne qui quitte son emploi à la banque pour élever des chèvres dans le Larzac. »
- « Ainsi naissent des sentiments que je qualifie » d'affectivo-materno-amoureux ».
- À l'occasion de ce voyage, Sandrine côtoie les fameuses groupies, « qui collectionnent les condamnés à mort comme d'autres collectionnent les porte-clés ». L'une d'entre elles se vante d'avoir vingts correspondants et admet « bien s'amuser » !
- C'est pourquoi ils ont recours au Web : trouver des amis, leur permettre de résister et avoir un plus. Et ne croyez pas qu'ils cherchent forcément des femmes ! C'est juste qu'elles sont seules, ou quasiment, à leur répondre.
- L'amour est aveugle, dit l'adage, et tant mieux pour ce que la nature a défavorisé. Cela explique en tout cas pourquoi Manson reçoit, selon la presse, quelques vingt mille lettres et e-mails par an.
- Un détenu peut mettre une femme sur un piédestal. Les condamnés à vie sont les meilleurs, les plus engagés des amis. Ils n'ont rien à faire que de se consacrer à vous et ils vont vous être totalement dévoués.
Éditions : Du Cherche-Midi (2015).
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