Couv1_Aussanaire
Les cimetières de bateaux…
François AUSSANAIRE.
Note : 4 / 5.

Ci-git…
De cet auteur j’ai lu il y a plusieurs années déjà le recueil « Mortes eaux », je récidive avec cet autre titre.
Vingt courtes, mais incisives nouvelles, tout est dit avec le minimum de mots. Exercice périlleux s’il en est !
Ayant eu des membres de ma famille qui ont vécu de la mer, il y a une race gens pour qui j’ai peu d’estime, c’est le « plaisancier » dans toute sa pseudo-splendeur. Frimer sur un quai tel le loup de mer moyen, mais ne jamais sortir du port, c’est courant. Et à mon humble avis ridicule. François Aussanaire qui semble bien connaître le sujet en a fait un texte : « Nos amis les plaisanciers » Lui et moi nous ne nous sommes pas faits des amis. Lui en l’écrivant et moi en en parlant !
Ensuite, il se moque avec pas mal d’ironie d’une autre caste qui arpente nos côtes (de granit rose ou autres)  « Ces chers randonneurs » qui me gênent beaucoup moins que ceux cités plus haut ! »
« C’est pas une vie ! » n’est pas une nouvelle pour la bibliothèque rose, c’est le bouquet si un lecteur peut penser cela !
La suite est une nouvelle désopilante « Divan le terrible ». Trois personnages, un couple au bord de la rupture, et un psychiatre au milieu. Alors lorsque l’on aborde les questions sexuelles, il faudrait que chacun y mette du sien ! Et même là certains n’ont rien compris !
« Citizen conne », la vie en ville et ses charmes, dommage que parfois ces rustres de paysans viennent y manifester ! C’est tuant à la fin !
« Ante morten » dans la vie il faut être franc, appelons un chat un chat !
« Au bout du couloir », il faut s’y faire à tous les échelons de notre vie il y a un tri qui s’opère, que le meilleur gagne !
« Choc opératoire » la vengeance est un plat qui peut se manger en salle d’opération. Le pot de terre contre le pot de fer ! Le riche contre le pauvre ! Parfois la morale est sauve. J’ai beaucoup aimé ce texte.
« Le marais de l’ange » se déroule dans les marais de Yeun Elez. La « bouche de l’enfer » disent les anciens… et c’est vrai qu’il faut du courage et l’obstination d’un Breton pour faire bouger les choses. Mais l’Ankou veille sur son territoire !
« Dernière nouvelle » clôt ce livre et cette chronique. Désolé, moi aussi je prends la mer, promis je la rendrais bientôt. Une histoire originale.
Des personnages un peu hors normes, un chauffeur livreur qui détourne de la marchandise, un petit homme appuyé sur une canne qui cherche du vin de l’Irouléguy, un couple en partance pour Nouméa, et cela les rend particulièrement joyeux ! Un coureur de côtes dévalant son chemin, plus vite, plus vite ; tout corps plongé dans l’eau subit… etc., etc… pourquoi ne pas essayer ! Un français à Glasgow, comment faire (mais est-ce simplement possible) pour ne pas être pour le « Celtic» ou les « Rangers », juste être au milieu, dans le rond central par exemple ! Deux destins brisés, un jeune rugbyman et un grand bassiste, tiré de l’histoire véridique de Jaco Pastorius. De simples marins bloqués dans des ports, situation dont tout le monde se moque, hélas !
Nous passons de l’observation de la société du bord de mer ou des ports avec les deux textes qui ouvrent cet ouvrage à des choses plus futiles ou plus graves. Grande palette d’émotions en tous genres !
Un très bon recueil qui confirme que nous avons en Bretagne d’excellents auteurs de nouvelles !
Extraits :

-Les souvenirs, on ne les abandonne pas. On trie ce que l'on veut garder et on les emmène avec soi.
-Il détestait la mer et les marins, et tout autant les îles et les îliens.
-Probablement le pire coin de Bretagne et sans doute de bien plus loin encore.
Une certaine idée de l'Enfer.
-... C'est qu'il ne faut pas prendre les Bretons pour des cons est qu'il est bien naïf de trop compter sur leur naïveté.
- Juste un peu plus sinistre–les cimetières de bateaux ne font rire que les poissons–est situé le plus loin possible du cœur économique dudit port. Image et rentabilité obligent !
- Elle n'aimait pas la mer, elle n'aimait que les traversées.
- Elle n'aimait pas davantage les voyages, il n'y avait que les trajets qui l'intéressaient.
Éditions de la rue Nantaise (2014).
* Ne font rire que les poissons.