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Marions-les.
Frédéric PRILLEUX.
Note : 4 / 5.
Oubliez le meilleur, on vous offre le pire !
Quinzième opus en noir majeur publié ! Petit coup de publicité personnelle, tous ces recueils sont visibles sur ce blog! Qu'on se le dise, et que l'on les lise !
Orchestre restreint, trois solistes amateurs Coline Berry, Jean-Yves Broudic et Florence Médina. Jean-Hugues Oppel tient la baguette et le rôle de chef d’orchestre.
Après un peu de pub, un soupçon de chauvinisme, Jean-Yves Broudic un des quatre auteurs habite Paimpol !
J'oubliais, pour corser la difficulté, les auteurs ont pour obligation d'employer dix noms et dix adjectifs dans leurs textes ! Et pas des mots passe-partout ! Les écrivains ont écrit aux lecteurs de s’atteler à la tâche !
Les nouvelles :
"L'Haltérophile optimiste et quelques autres", prenez un bistrot et ses habitués, les mêmes que dans les autres endroits de la sorte, sauf que là entre deux coups à boire, on échafaude des plans les plus mirobolants les uns que les autres...et qui bien sûr échouent. Mais l'espoir fait vivre et les projets à venir sont encore meilleurs que ceux d'avant ! Enfin faut faire et voir et pourquoi ne pas réussir ?...mais là c'est une autre histoire !
"L'étrange amoureux". Un petit jardin d'enfant, dans une petite ville de province qui devrait être un havre de paix. Cela, c'est l'image d’Épinal, mais la réalité est tout autre. Et cette femme et son fils, aimable famille, verront la violence s'installer peu à peu jusqu'au drame final ! Une nouvelle très dure et aussi réaliste car nous avons tous été dans un parc public pour faire prendre l'air à des enfants !
"La nonne nue (pleine de grâce)". Une histoire terrifiante qui ne manque pas de piquant ! La sœur Sainte Ignace de la Miséricorde est retrouvée dans la boue, affreusement torturée, et violée. Son assassin revendique haut et fort son crime, et la police elle, de son côté, patauge. Qui peut avoir fait une telle abomination ? Car enfin cette religieuse était la bonté et la charité incarnée aux yeux de ses coreligionnaires du couvent ! Mais la vérité est différente, cette femme sous ses airs débonnaires était un monstre ! Le mariage avec Dieu ne donne pas que des bons résultats !
"Le fossoyeur optimiste". Pas évident pour des parents d'avoir un fils, Daniel, dont la finalité professionnelle est de devenir fossoyeur. Et en plus ce garçon est féru et même plus de Shakespeare et d'Hamlet au point d'en posséder deux cent quatorze exemplaires !
La croyance populaire dit "On est tous égaux devant la mort" mais Daniel le sait très bien car il le constate tous les jours que cela est faux ! Alors dans la mesure de ses faibles moyens, il va tenter de remédier à cet état de fait !
Des personnages bien sûr improbables, mais oh combien familiers. Une bande de joyeux branquignoles adeptes des coups foireux...mais qui parfois réussissent bien malgré eux, des gens comme les autres dans un jardin public qui n'est pas comme les autres, un assassin qui a mûrement préparé sa vengeance, un fossoyeur par vocation qui dans sa bonté a crée le DAC (Droit au Caveau) ; quelle grandeur d'âme !
Chose relativement incongrue, deux des auteurs ont mis dans leurs titres le mot "optimiste", ce qui pour un recueil de nouvelles noires est pour le moins surprenant ! Ce genre littéraire que j'adore n’étant pas de nature à rendre joyeux.
Un bon cru qui me confirme dans le jugement que j'avais déjà porté sur ces recueils de la nouvelle mouture, les écrivains professionnels invités restent très classiques. Alors que les lauréats du concours laissent aller leurs imaginations et trempent vraiment leurs plumes dans l'encre noire.
Extraits :
- Et les Templiers, ils vont pas surveiller ton traîneau d'Ali Baba comme les lingots de fort Knox, des fois ?
- Son optimisme naturel avait repris le dessus...
- Des sacs. Des valises. Des couffins. Des malles. Des filets à provisions. Des cantines. Des cabas. Des musettes. Des chariots à roulettes en toile écossaise.
- Quelle chance d'avoir accouché d'un garçon, ai-je réalisé en m'attardant sur sa tenue, il ne sera jamais attifé comme ça.
- Malgré les mécaniques qu’il roulait, le pauvre garçon avait l'air en très mauvais termes avec l'existence.
- L'air se chargeait violemment de moisissures, de danger, de puanteur. L'atmosphère puait, littéralement.
- Selon l'officier de police chargé de l'enquête, on ne tue pas sans raison, c'est trop stressant, trop fatigant. Que cachait donc la nonne, qu'on l'ait tuée, jetée telle une ordure ?
- Le légiste a rédigé son rapport. La femme - on peut considérer, précise-t-il, qu'une nonne est une femme - a été attachée et maltraitée (sillons laissés par un cordage fin sur les poignets et les chevilles ; abondance de meurtrissures).
- Alors on devient vite un expert en cruauté sournoise, en vacherie gratuite, en dénonciations mensongères, en dégradations concoctées par ennui, en brimades retorses et en larcins oiseux. C'est une révolte masquée.
- Puis je demande en secret une bourse de l'enseignement public. Quand je l'obtiens, je quitte sans préavis la fabrique à curetons....
- Hamlet clamait qu'il y avait « quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». Daniel répondait illico : « je m'en charge ! ». Fossoyeur, voilà un beau métier.
- Et puis il y avait les autres, tout aussi impalpables, invisibles au commun des mortels : les défunts.
- Daniel conservait une certaine forme de reconnaissance pour l'homme qui lui avait permis de rencontrer les deux grandes figures féminines de sa vie : Antigone et Ophélie. Deux âmes sœurs pour le prix d'une.
Éditions : Terre de Brume/ La Noireaude (2014)