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Les Agonies de l'Innocence.
Violette LIDDELL.
Note : 4,5 / 5 .
O innocence ! Suspend ton vol.
Premier roman d'une jeune auteur très prometteuse dans un genre, je pense, très difficile. Une lecture très éprouvante par son sujet, ces très jeunes filles perdant leurs innocences à un âge plus que précoce. Un mot sur la couverture qui est très en phase avec le livre. 
Quatre récits sur deux cent quatre vingt cinq pages...cela donne une idée de la longueur de ce que l'on pourrait qualifier de courts romans.
"Trois petits chats", nous connaissons tous cette comptine maintes fois entendue. Sauf qu'ici ce n'est pas la même musique, c'est plus "hard", plus violent aussi. Églantine est charmante mais vénéneuse. Sous sa bonne mine de petite fille sage, se cache un monstre précoce vite monté en graine. Pour parodier Georges Brassens :
- Une jolie vache déguisée en fleur.
Alors quand un chanteur à la mode séduit sa mère, il ne sait pas qu'il tombe entres ses griffes !
Et les griffes sont acérées ! Il n'est pas la première victime de cette belle enfant !
La musique n'adoucit pas forcément les mœurs.
Du sexe, de la violence et un brin de fantastique...cocktail gagnant que l'on retrouve tout au long de cet ouvrage !
"Le vicomte de Saint-Rien", on pourrait penser qu'effectivement la trame de cette histoire est la même que la précédente, une enfant séduisant un homme mur ! C'est en partie vrai, mais l'homme ici est le beau-père de la très jeune fille, alors il faut se cacher de la mère, et le bel Antonio n'est pas non plus très net !
À l'école une bande de fillettes joue à un jeu d’apparence anodine, se faire peur en se racontant des histoires d'épouvante. Janelle s'invente un personnage, le vicomte de Saint-Rien habitant un lac des alentours ! Une balade est organisée secrètement...vogue l'aventure. Mais l'aventure, c'est aussi à la maison pour Janelle, elle en pince pour Antonio, le jeu se transforme en passion avec les risques que cela comporte pour une enfant ! On quitte le fantastique pour le roman noir !
"Le miroir brisé", dans cette sombre histoire de famille on entre de plein fouet dans l'horreur.
Car si le miroir, qui semble avoir une très grande valeur, est brisé, la famille l'est tout autant, pour ne pas dire beaucoup plus ! Qui est qui ? Le père, la mère, l'oncle, les filles et pourquoi pas les connaissances des jumelles ! O temps suspend ton vol !
Famille... je vous hais.
"Révérend Mordibesse". De la musique à nouveau, une groupie encore, amoureuse à la folie du chanteur. Après avoir fait des kilomètres pour assister à ses concerts, enfin avec son groupe, il passe dans sa ville. Pour Cherry c'est le bonheur assuré !
Mais le bonheur a un prix, est-elle prête à le payer ? Oui, elle assume mais l'Ange parfois côtoie le Démon ! Que ne ferait-on pas par amour ! À noter que cette nouvelle se passe en Bretagne !
Des enfants, des filles en particulier, des très jeunes filles qui, contrairement à celle de la Comtesse de Ségur, sont loin d'être des modèles. Des jeunes filles en fleurs trop baignées dans les fleurs du Mal ? Toutes sont à la recherche de quelque chose sans trop savoir exactement quoi. Fragiles, très fragiles, trop fragiles, la fuite en avant leur semblent la solution pour avoir l'impression de vivre tout simplement !
Attention, livre très dérangeant ! Politiquement plus qu'incorrect ! Glauque à l’extrême, mais grand livre pour ceux qui, comme moi, ne reculent devant aucune lecture si l'écriture le mérite. Et ici cette écriture est superbe ! J'étais malgré tout loin de mes bases littéraires habituelles, une expérience éprouvante que je ne regrette pas du tout !
Par contre je dois avouer que j'ai laissé passer du temps entre la lecture de ces textes et qu'il m'est arrivé de lire des choses plus légères entre deux nouvelles pour me détendre un peu !
Je finirai par une citation du très grand Oscar Wilde :
- Il n'existe pas de livre moral ou immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, c'est tout."
Extraits :
- Elle était plutôt en manque, ça se voyait - j'entends par là en manque un peu de tout, sexe comme sentiment - mais elle n'osait pas vraiment le montrer. Contrairement à certaines autres.
- Un simple geste qui aurait pu sauver une partie de mon âme. Mais je n'étais qu'un pervers. Un faible dégueulasse, un pauvre voyeur immonde.
- Tous les deux, on irait bien mieux ensemble que maman et lui.
- Je suis Ève. Pas ma copine, bien sûr, mais la première femme des Cieux. Je suis la première
femme ! Ne me délivrez pas du Mal. Laissez-moi devenir folle.
- Elle adore tout ce qui fout les jetons, rajoute Perle. Les contes qui vous hérissent de chair de poule, comme Barbe-Bleue, par exemple. 
- Vous croyez que les fantômes, les vampires et les sorcières qui habitent les miroirs, ça existe vraiment ? Vous croyez que Wed est hanté par une sorte de... d'esprit démoniaque, maintenant ?
- Rien au monde n'aurait pu m'enchanter plus que ça. Laurel se décidait enfin à passer par ma ville ! La huitième date de son Nocturnal Nevrosia Tour. Enfin !
- Je me retournais vivement, la paume contre la vitre, mes clairs cheveux ondulés glissant de mon épaule. J'étais en plein combat, au corps à corps, avec ma foutue timidité. Je ne savais pas ce qu'elle fichait là d'ailleurs, d'un seul coup ??
- Il n'y a aucune raison, dis-je. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'ils ne nous voient pas comme des vraies femmes. Donc il ne peut pas nous voir comme des salopes Nous ne sommes pour lui que des adolescentes fleur bleue qui ne pensent pas réellement ce qu'elles disent.
Éditions : Tabou (2013)