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La rupture d'Anne et Brice.
Michel DRÉAN.
Note : 4 / 5.
Hyères, aujourd'hui, demain.
Changement de style pour l'auteur, après les recueils de nouvelles, les romans noirs et un thriller un peu futuriste, un road-movie. En route, qui sera, bien entendu, semée d’embûches et pleines de rencontres.
Brice arrive à un âge où les questions sont nombreuses et de plus en plus pressantes. La principale étant "Suis-je heureux" et son corollaire "Ai-je réussi ma vie" ? Pas sa carrière non, sa vie à lui, ancien musicien un peu bohème.
Employé de banque, c'est pas spécialement un rêve de gosse, on est là et un peu las. Les rêves d'hier sont restés lettres mortes enfouies dans la monotonie quotidienne. Dans le train-train des jours, des mois et des semaines. La vie de couple n'est plus qu'habitude, vague tendresse et encore. Les enfants sont des espèces d'Objets Connectés incompréhensibles. Bref un jour l'overdose, alors le souvenir d'Anne revient de plus en plus envahissant, Anne le grand amour, celui dont Brice ne s'est jamais vraiment remis, celui hante ses pensées, Anne et les jeunes années.
Alors après mures réflexions la décision est prise, tout plaquer, Brest et la banque, cette famille dont il ne paraît plus faire partie, au bout de la route, la fuite, l'aventure, Hyères, les palmiers et Anne...
Un peu d'argent de poche, et en voiture, quittons Brest direction le sud, fini le crachin breton, au bout du chemin la femme aimée et le soleil.
Sauf que le voyage ne se déroulera pas comme prévu. De bons moments, la visite à Tonton Eugène, peintre d'un certain âge, qui troque les paysages pour revisiter le fameux tableau "L'origine du monde"... Son modèle est bien vivante et trouve Brice tout à fait à son goût !
Mais il faut reprendre son sac et manger son pain noir. Une auto-stoppeuse qui lui fait regretter sa bonté, alors pour s'en débarrasser...le coup de la panne ! Mais hélas cela marche trop bien, le moteur est mort, la galère peut commencer.
Et les coups durs ne manqueront pas. La vie n'est pas un long trajet tranquille.
Beaucoup de personnages dans les tribulations de Brice. Le narrateur lui-même, Brice, qui un beau jour a le courage de faire ce que beaucoup rêvent de tenter ! Tout plaquer ! Le souvenir d'Anne comme but l’inaccessible étoile. Bizarrement Jacques Brel n'est pas cité dans ce livre pourtant très musical.
Les nombreuses rencontres souvent agréables, le veilleur de nuit philosophe, Pedro le routier sympa et Madeleine. La gentille grand-mère qui prendra Brice en stop alors qu'il se désespère seul sous une pluie battante, qui l'invitera à se sécher et à manger, mais qui sera aussi involontairement source d'une grand partie des problèmes à venir.
Il y a aussi l'abruti de service, le beauf, taille XXXL, raciste, radin, truandant le fisc, bref le mec déplorable. Brice aura sa revanche en passant une nuit de toute beauté avec son ex-épouse !
Chaque chapitre commence par quelques paroles de chansons d'artistes différents et d'horizons variés. De Ronan Luce à Jean Patrick Capdevielle en passant par Gérard Blanchard.
On trouve aussi des compositions originales de Michel au fil des pages.
Une lecture agréable pleine de verve et de jeux de mots, sans mort violente, sur le temps qui passe et nos illusions perdues.
Car pour nous tous, tant bien que mal, le temps passe et nous pousse cahin-caha.
A signaler la préface pleine d'humour de l'ami Claude Bathany.
Extraits :
- Alors non, au lieu de cela, je me mets à réfléchir sur le sens de la vie, enfin, sur le sens de ma vie.
- Alors je me mets en mode déconnecté. Une sorte de pilote automatique.
- Et au pays de la mère Veil, on avait forniqué comme des lapins qui avaient perdu tout sens de la mesure et de l’heure. Enfin, ça c’est dans mon souvenir, la réalité est peut-être un peu moins prétentieuse et beaucoup plus prosaïque.
- Même la rue de Siam semble avoir subi un lifting, elle paraît avoir abandonné ses vieilles frusques frileuses dans les prémices du printemps. Un vent plus doux se charge de mer, traîne avec lui des odeurs d’algues et de sel. Les filles découvrent une insouciance retrouvée dans l’offrande des peaux blanches et étonnées de leurs jambes et de leurs bras.
- J'ai aussi embarqué ma guitare, dans son étui. Par superstition ou parce que je pense que cet instrument est le seul capable de faire la jonction avec mon passé. Une connerie de plus sans doute.
- Trop sentimental certainement.
- Quand le jour pointe le bout de sa tronche mal léchée, j'ai le sentiment d'avoir merdé.
- Comme un vrai routard. Kerouac et toute sa clique de beatniks peuvent bien aller se rhabiller. Alors,je pars, le spectre de Sal Paradise à mes côtés, prêt pour l'aventure, prêt pour la poussière et le bitume.
- S'occuper l'esprit, les mains. Faire semblant. Écrire, écrire pour s'empêcher de pleurer.
- Et que je fuis pour aller chercher je ne sais quoi, un parfum éventé, une image flétrie, un morceau tordu de ma jeunesse morte et enterrée.
- Anne, chère Anne, ne me vois-tu pas venir ?
Éditions : Chemins faisant (2014). Les chemins de traverse.