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Poudre d'Ange pour truands / Lorient.
Jean COLLOC'H.
Note : 4 / 5.
Or Blanc, Poudre d'Ange & Sels de Bains.
Second roman pour cet auteur qui, étant policier à Lorient, sait de quoi il parle, car il connaît très bien les us et coutumes du sérail et la ville.
Le 03 septembre 2002, Fanch Le Strat a un rendez-vous dans un cimetière lorientais, drôle d'endroit pour une rencontre ! Plus surprenant, se retrouver devant sa propre tombe fraîchement creusée ! L'inscription ne prête à aucune équivoque :
Ici repose François Le STRAT.
10-10-1962 - 09-09-2002.
Ad vitam aeternam.
De quoi refroidir les plus courageux, plaisanterie macabre ou vengeance plus lointaine et profonde ?Car dans cette bonne ville de Lorient, le festival interceltique a rangé ses drapeaux, le seul qui pende encore au bout d'une corde est un dealer de moindre envergure dans le quartier de Kervenanec ! Suicide? Que non, la mort fut lente ! Même la musique aussi a changé dans cette histoire, on écoute du "Gothique" bien loin des bagad traditionnels.
Et pourquoi de la part de Fanch cette fixation sur un truand, Gaétan Mattéra, mort et enterré depuis belle lurette ! Pour le vieux flic, la déchéance dans l'alcool ou la vieillesse ? N'empêche que sa présence doit poser des problèmes car il échappe à plusieurs coups de feux !
Et ensuite sa voiture est retrouvée vide dans les eaux du port Saint Catherine à Locmiquélic.
Presque au même moment, pas très loin, au centre pénitencier de Ploemeur, deux truands du milieu nantais se font la belle ! De cette ville, des policiers sont envoyés en renforts, mais on ne peut pas dire que l'esprit d'équipe soit le point fort des nouveaux arrivants !
Julien, qui fait équipe avec Le Strat en dehors des moments où il se succombe pas au charme de la nantaise Nohra, est persuadé que Fanch a disparu pour les besoins de sa propre enquête. Cette dernière va le mener dans les cités de la banlieue parisienne où l'argent généré par le trafic de drogue est le catalyseur d'une rare violence qui débouchera sur la mort de plusieurs représentants des forces de l'ordre ! Mais celui-ci n'est pas au bout de ses surprises, agréables ou pas !
La loi et l'ordre ne règnent pas partout !
Julien est le narrateur de cette histoire ; adjoint de Fanch, il a de l'estime et de l'amitié pour son aîné. Cela va l’entraîner dans des aventures dont il sortira meurtri !
François (Fanch) Le Strat, policier, vieux de la vieille, coriace et anti-conformiste, donc relégué aux archives tout au fond du placard. Alors pourquoi pas au fond de l'eau ? Que l'on se rassure, le lecteur saura vite que c'est une mise en scène pour disparaître, pendant un moment, de la circulation.
Beaucoup de personnages très ambigus surtout parmi les forces de police dans ce roman qui réserve un final très inattendu !
Un livre plein suspense et de violence, une chute souterraine dans un dédale de galeries datant en partie de la dernière guerre mondiale d'où personne, même pas les survivants ne sortiront indemnes!
La vérité est parfois à aller chercher au fond de soi et de la terre ! 
Un reproche, ce texte aurait mérité d'être une peu plus aéré, une ligne blanche parfois aurait mieux permis de se rendre compte du changement de lieux ou de péripéties et aurait rendu la lecture moins ardue.
À noter que les chapitres commencent tous par le nom d'un tableau dont celui-ci :
Cimetière de Highgate.
John Constable.
Lieu incertain.
C'était juste pour faire remarquer qu'il est rare de parler de Constable dans un roman policier et que j'adore ce peintre!
Extraits :
- Le Strat n'était pas un assassin et ne serait jamais un tueur. Au nom de ses principes. Pour l'honneur de ce bout de carton tricolore...
- Les jeunes étaient curieux. Trop curieux, impatients, trop bien préparés. Stéphane raisonnait avec ses tripes. Les nouveaux parlaient syndicats et grilles indiciaires.
- Vivre nos responsabilités pour assumer notre culpabilité. Deux mots me vinrent immédiatement : Anarchie et Destruction.
- Si je balance, je suis dead en sortant de chez moi. C'est la jungle dehors mec. Les frères vont me cramer...
- C'est nouveau... de la Poudre d'Ange. J'connais pas.
- Et c'est comme ça qu'un jour, on a entendu le nom de Poudre d'Ange.
- Ils étaient tous d'accord. Il n'y a pas d'âge pour faire un mort.
- Ce n'était pas encore son heure de rejoindre ces âmes errantes.
Éditions : Astoure. Breizh-Noir (2014)
Autre chronique de Jean Colloc'h :
Ombre noire.