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La putain et le sociologue.
ALBERTINE & Daniel WELZER-LANG*.
Note : 4 / 5
Corps et âme !
Devinette : qui est la putain et qui est le sociologue? Trop facile, il n'y a rien à gagner.
Je trouve d'entrée que le mot "Putain" du titre est un peu exagéré et très racoleur, plus porteur qu'Escorte-Girl de luxe et même de très haut luxe.
Je trouve d'entrée que le mot "Putain" du titre est un peu exagéré et très racoleur, plus porteur qu'Escorte-Girl de luxe et même de très haut luxe.
Trois ans d'échanges de toutes sortes entre Albertine, qui fait commerce de son corps (qui d'après la photo de la couverture est splendide), et Daniel Welzer-Lang, sociologue qui a beaucoup travaillé et écrit sur le sexe et la sexualité. Reconnaissons-lui le mérite de laisser très souvent la parole à Albertine. Et comme celle-ci parle bien et a beaucoup de choses à dire, ce livre, qui est de lecture très aisée, nous fait découvrir un monde que, je pense, aucun d'entre nous ne fréquentera jamais (ou j'ai des lectrices ou lecteurs que j'ignore) la prostitution de haut de gamme!
La vie de cette femme qui se définit comme travailleuse indépendante du sexe est celle qu'elle a choisi en toute connaissance de cause et qu'elle assume à visage découvert avec un grand respect pour elle-même et le client : "Le client est roi" dit l'adage, Albertine lui prouve et pas uniquement sexuellement.
Elle mène sa carrière sans contrainte, ni agence de recrutement, ni "Sugar-Papy**". Elle analyse aussi les risques qui, elle le reconnaît bien volontiers, sont relativement rares.
Elle aborde aussi et sans aucun complexe le problème de l'argent, mais, et en cela elle a tout à fait raison, nous travaillons tous pour de l'argent. Il ne faut pas se voiler la face, elle comme tout un chacun, la seule différence est la qualité du service ou de la prestation fournie, son corps, ses muscles ou son intelligence ! Si comme Albertine, on a la chance d'avoir un physique de rêve et une activité qui lui plaise tout en rapportant beaucoup d'argent, alors pourquoi faire la fine bouche ?
Albertine est la seule et unique personnage de ce livre, les clients ne sont que des corps de passage. Daniel Welzer-Lang est le scientifique qui reçoit les éléments d'une enquête, et donne son avis autorisé de spécialiste et analyse les éléments dont il dispose.
La femme de terrain et le sociologue, une complicité certaine qui rend ce livre très humain et pas du tout "prise de tête moraliste".
J'éprouve une certaine sympathie pour Albertine , sa franchise et aussi le fait qu'elle ne s'autorise pratiquement aucun tabou, ni dans sa vie, ni dans ses réponses. Elle se résume ainsi :
- "Je suis en quelque sorte une faiseuse d'orgasmes, idée qui me plaît bien".
Une autre question est abordée, l'avenir, l'âge venant, et l'idée de la transmission du savoir !
Par contre, j'ai pendant des années travaillé dans le très haut luxe, mais en ces années de crise, je suis absolument scandalisé que des hommes payent 3000 euros pour une nuit avec une femme aussi belle et experte soit-elle ! Pour moi cela dépasse l'entendement, mais l'escorte-girl a bien raison d'en profiter ! Le problème est que des millions de gens n'ont pas en France le tiers de cette somme pour faire vivre leurs familles pendant un mois. 
À noter quelques pages de travaux pratiques intéressantes, éducatives et excitantes ! On peut à la limite comprendre les tarifs que Madame pratique ! En me disant avec beaucoup de regrets qu'ils sont au dessus de mes possibilités financières !
Sanglots longs !
Un livre document très intéressant grâce à deux regards croisés sur un monde inaccessible pour le commun des mortels. Avec malgré tout l'interrogation suivante, pour une Albertine heureuse, épanouie et riche, combien d'esclaves sexuelles violentées et torturées dans le monde et même en France ?
Extraits :
Les extraits en lettres normales sont de Daniel Welzer-Lang, ceux en italiques d'Albertine.
- La pute doit en permanence se justifier et se repentir d'être pute.
- Je me sens un peu dans la peau d'une Directrice des Ressources Humaines du Sexe, j'aime bien cette dénomination.
- Il faut érotiser le client, l'embellir, être prête à se faire prendre, mais aussi prête à séduire, prête à être souple, prête à présenter : prête en permanence.
- Et c'est là que je cesse de fonctionner totalement en mode de sorcière, et que je passe naturellement en mode technique.
- Pour ce qui est un client régulier, l'important c'est de ne pas s'assouplir... non pas chez lui, bien entendu, mais dans la durée !
- Se réinventer en permanence, voilà la clé de ce métier.
- La décision d'Albertine a été progressive pour trouver une forme d'artisanat qui lui convienne.
- Le commerce du sexe est une industrie.
- Il faut comprendre que le sexe n'a rien de facile. C'est un savoir très précis et précieux qui demande temps, écoute et accompagnement.
- Le corps, outil de travail, média des transactions, des désirs, ou support de soins... le corps est partout dans ce livre.
Éditions : La Musardine (2014). 
* Une prostituée libre et heureuse prend la parole.
** Homme riche et relativement âgé louant une jeune fille ou jeune femme et assumant certains frais contre un nombre de relations sexuelles au mois ou à la semaine.