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Dans la dèche à Los Angeles.
Larry FONDATION.

Note : 4 / 5.
Misère in the City.
Troisième œuvre de Larry Fondation traduite en français. Avant de commencer la lecture, jetons un œil sur la couverture ! Une photo magnifique que l'on aimerait ne plus voir dans nos pays soi disant évolués et industrialisés.
Signe du destin, je viens de finir "Jours tranquilles à Clichy " d'Henry Miller qui parle aussi de temps de la dèche, autres temps et bien entendu autres mœurs.Ici nous sommes, comme l'indique le titre, à Los Angeles en 1994.
Livre en trois parties , en plus d'un prologue, "Sid Row, le quartier des clodos", "Crow Hill Avenue" et " Hollywood", quatre vingt quinze chapitres et presque trois cent pages ! Loin des formats habituels des premières éditions de Larry Fondation.
Des récits coups de poing, par exemple d'entrée de lecture le chapitre deux :
-Théorie du chaos.
Un concentré d’événements qui paraissent anodins mais qui mis bout à bout génèrent quelques catastrophes. La chute provoquée d'une bouteille de bière dans un bar...la suite est inimaginable et pourtant !
Le chapitre neuf a pour titre :
-Catholique.
Avec cette question : si t'es né avec le pêché originel, d'où est-ce qu'il vient ? Il est plus question de sexe que de religion !
Autre dilemme : que faire avec 100 dollars, privilégier une chambre d'hôtel ou des produits de beauté ? La réponse sera différente selon que ce soit les deux hommes ou la femme qui répondent.
Quelles sont les chiottes du quartier en tête du Hit-Parade ? Les meilleures et les plus accueillantes : Le Sloan et le Kholer ; la pire : le Briggs ! Éléments de classement (entre autres) : dégoûtantes et dépourvues de toutes fournitures. Tout simplement dégoûtantes. Réservées à la clientèle.
Quelques éléments de l’actualité de la ville , la poursuite et l'affaire O.J. Simpson et une rencontre avec le chanteur devenu adventiste, Little Richard.
Trois clochards, pas célestes comme ceux de Jack Kerouac, des êtres qui avaient des vies, avant que le sort ou la malchance s'en mêle. Deux hommes Fish et Bonds et une femme Soap. Fish et Soap sont mariés, son troisième pour elle. Un blanc, une blanche, un noir. Bonds était restaurateur, une bonne affaire, mais la fermeture d'une usine qui lui apportait l'essentiel de sa clientèle l'a jeté dans la rue. Fish recherche des journaux et fait une fixation sur la guerre au Rwanda. Ils se racontent tous des histoires, toujours les mêmes maintes fois ressassées.
D'autres marginaux traversent ces pages, ombres souvent avinées, miséreuses et désespérées. Laissés pour compte du rêve américain. Pour eux le rêve s'est transformé en cauchemar.
Et malgré tout il reste un peu de vie, parfois beaucoup d'amour, et un état d'esprit particulier.
Un bar pour lieu de rendez-vous, le "Back Door", des promenades pédestres, plutôt des déambulations dans un Los Angeles loin des cartes postales habituelles. Leur Hollywood n'est pas celui du cinéma du clinquant, fabrique de rêves au kilomètre. C'est celui de la misère, des promoteurs voraces qui rachètent pour détruire et pour gagner de l'argent. Leur Los Angeles n'est pas celui de James Ellroy, ce n'est pas le L.A. des putes de luxe, ici ce sont les passes sordides sur des matelas ignobles.
Des textes courts, parfois même très courts, pourquoi broder? Ne tapons pas où cela fait mal, cognons ! Et fort. La dèche des uns fait la fortune des autres ! Contrairement aux autres titres de cet auteur, ici nous suivons trois personnages récurrents.
Je trouve la présentation de cette série d'ouvrages très réussie, avec de très belles photos en noir & blanc.
Extraits :
- Ils ont bavardé un moment tous les trois. Fish disait qu'elle parlait sous forme d'énigme. Notre-Dame de la Confusion Perpétuelle.
- Sous bien des angles, la rue avait été cruelle envers Soap, mais pas particulièrement envers son visage.
- Non, mon pote, tu verras jamais un black jouer au foot.
Pelé était black.
- La partie est devenue de plus en plus sérieuse et ils ont d'abord joué pour des clopes, puis pour du fric, et enfin pour de la gnôle.
- S'il vous plaît, ne partez pas dans le tiers-monde ; attendez encore un peu et nous vous amènerons le tiers-monde chez vous.
- J'aime bien l'eau parce que tu peux la renverser. Et ça fait jamais de taches. Je suis un sans-abri, alors ça compte.
- Pas découragé. Il a encore du jus dans le système. Amoindri, mais pas foutu.
- On ne se demandait pas pourquoi papa n'allait plus au travail ; on aimait bien qu'il soit là.
Éditions :
Fayard (2014);
Titre original : Fish, Soap and Bonds (Première édition 2007).
Autres chroniques pour Larry Fondation :

Sur les nerfs.
Criminels ordinaires