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Du sang sur Abbey Road.
William SHAW.

Note : 4 /5.
She's Leaving Home....
Premier roman de ce qui est annoncé comme une trilogie se déroulant à Londres à la fin des "Sixties". La capitale anglaise à l'époque c'est l'Eldorado, les Beatles, la drogue qui commence à s'installer et Carnaby Street dicte la mode! Mais tout n'est pas rose dans le Royaume de sa Gracieuse Majesté. Même dans ces années-là !
Un petit garçon des quartiers huppés de Londres a une envie pressante d'uriner dans une rue discrète, mais il ne veut pas le faire sur la dame couchée par terre...elle a beau être morte, ce ne sont pas des manières. Cathal Breen, le "Paddy "de service, malgré un raté lors d'une précédente arrestation est chargé de l'enquête. Vieux garçon il vient de perdre son père avec qui il vivait et cela le perturbe dans sa vie personnelle. Voulant aider une petite fille à récupérer son chat, il tombe d'un arbre et se blesse....le ridicule est à son comble et on lui adjoint une débutante !
Sa vie se complique à loisir surtout qu'avec les studios d'enregistrements d'EMI, beaucoup de jeunes, des filles en particulier, qui tous rêvent de voir les Beatles, campent quasiment dans les environs ! La "Beatlesmania" bat son plein, la musique est partout, des nouveaux groupes se créent chaque jour avec leurs lots de groupies hystériques. Le racisme ordinaire après les irlandais, les gens de couleurs. Des africains viennent de s'installer, ils arrivent du Biafra en guerre et leurs prises de position ne leur amènent pas que de la sympathie. La drogue qui commence hélas à se démocratiser. Et on ne connaît toujours pas l’identité de la jeune morte !
Un suspect est arrêté, un voisin qui semble le coupable idéal mais il n'y est pour rien. Helene Tozer découvre l'identité de la morte.
Mais une autre affaire occupe Cathal, un corps calciné découvert dans un autre quartier, donc à première vue, aucun rapport entre les deux crimes !
Breen et Tozer rencontrent les parents de la jeune décédée...elle fuguait et, pensent-ils, on peut la comprendre. Un père ancien militaire et une mère autoritaire portée sur la bouteille dans une grande demeure dans le trou du cul de l'Angleterre profonde, de quoi déprimer !
Là on cherche à les tuer et ils découvrent le cadavre du père abattu d'un coup de fusil dans la tête, et la mère s'est évaporée. Ils la retrouvent pendue. Fin de l'enquête.
Mais le mystère s’épaissit dans la brume anglaise....et également sur les bords de la Tamise dans le "Swinging London".
Cathal Breen (dit Paddy) est pour le moins sur la sellette vis à vis de sa hiérarchie ! Sa conduite ne fut pas irréprochable et son équipier a été blessé. Il avait déjà du mal à intégrer le groupe, alors maintenant c'est pire ; sa chute d'un arbre en cherchant à faire descendre un chat ne rehausse pas son prestige. Un homme ordinaire, ce qui nous change des "héros" drogués et alcooliques. Il faut de tout pour faire un monde (et des romans !) Bref, une sorte de "loser" associable!
Helen Tozer, femme de caractère, n'en faisant qu'à sa tête, mais obtenant des résultats concrets. Elle cache une tragédie dans sa vie et semble toujours sur la défensive, faut dire que dans le milieu de la police les rares femmes ne sont pas accueillies les bras ouverts ! Et en plus Maryline, la seconde femme de l'équipe, ne la porte pas non plus dans son coeur....jalousie autour deCathal ! Bonjour l'ambiance et les noms d'oiseaux ! Surtout de la part de Maryline. Sinon dans un commissariat anglais on retrouve les mêmes composants que dans ceux des autres pays, des flics corrects, d'autres moins, des mesquineries dignes de mômes de dix ans, des blagues au niveau du bas-ventre etc....
Un bon roman à la britannique, une intrigue inattendue, mais bien ficelée, avec, et pour moi, une grosse surprise, les implications en Angleterre résultant de la guerre au Biafra. L'envers du décor d'une période que nous avons idéalisée, nous étions jeunes !
A signaler : l'auteur parle d'un poème de William B. Yeats " The Countless Cathlenn", chose rare dans un roman policier. Figure également en fin de livre une note succincte sur la guerre du Biafra rédigée par l'auteur.
Extraits :
- Je ne peux pas faire pipi sur la dame, dit-il.
- Ces temps-ci, je reconnais à peine la police dans laquelle je m'étais engagé.
- Pour des agents qui passent l'essentiel de leur temps à battre le pavé, un meurtre est un cadeau.
- Attendez un peu. Imaginez qu'il y ait autant de nègres dans ce pays que de satanés Irlandais ?
- Ces flics étaient un mélange de jeunes sans expérience et de plus anciens qui n'aimaient guère qu'un supérieur en civil leur explique leur boulot.
- Preuve, contrairement à ce que démontrait son ascendance irlandaise, que les catholiques pouvaient avoir de la classe.
- Une des caisses de guitare était peinte comme l'Union Jack. S'il fallait y voir de l'ironie, elle échappait à Breen. Être jeune et anglais, c'était être supérieur. L'empire et ses lois mouvantes.
- Les Anglais ont dessiné une carte qui ne veut rien dire dans l'Afrique moderne. Nous sommes en train de le payer de nos vies.
- Mais vous avez choisi l'autre solution ; vous avez préféré soutenir le génocide. Parce que vous êtes toujours des impérialistes qui ne s'intéressent qu'à notre pétrole.
- Personne n'a jamais appelé Cathal. Sauf mon père. Il disait que c'était une idée de ma mère ; lui craignait que ça me singularise un peu trop.
- Un signe, un clin d’œil. Le tu-me-couvres- je-te-couvre auquel Breen n'avait jamais vraiment eu envie d'obéir.
- Ce n'était pas la première fois, mais Londres était en train d'être reconstruite par les Irlandais.
Éditions : Les Escales (2014).
Titre original : A Song From Dead Lips (2013).