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Débordement sur l'aile et tir dans la lucarne.
Pierre TANGUY.

Note : 5 / 5.
Tous les joueurs en ont rêvé *
Comment qualifier ce livre ? Essai sur le football ? Je ne pense pas. Je pencherai plutôt pour : recueil de courts textes ayant ce sport pour inspiration.
En fin d'ouvrage nous trouvons une table qui récapitule les différents chapitres de ce livre.
Coup d'envoi : l'état d'enfance ; la vie avec un ballon ; le football d'avant ; carton rouge : adieu au foot ? ; prolongation : poétique des matchs de districts et des noms de clubs ; postface (temps additionnel) par Yvon Lechevestier. Et pour clore le tout un glossaire des auteurs cités.
Et avant de commencer ce livre cette phrase :
Et en hommage à Yves Landrein** qui aimait aussi le football.
L'écrivain Georges Haldas dit "L'engouement de la plupart des hommes pour le football est inconcevable sans le retour à l'enfance". Ne suis-je pas capable de retourner dans mon enfance ? Souvent si, et le football que je vois n'a plus rien à voir avec celui de maintenant.
Jean Rouaud ne dit pas le contraire, le jeu est devenu plus rude. Georges Perros évoque un de ses amis, homme charmant, faucheur patenté sur un terrain de football.
Et comme le dit si bien Hervé Carn dans "Rodano & autres récits" :
- Le foot ne s'est-il pas réduit depuis à un simple combat ?
"Au commencement" 
un pré à peu près plane, tout et n'importe quoi pour faire des poteaux. Un square à la porte de Vincennes, une cour de patronage à Montreuil.
Cela était suffisant. Football des villes et football des champs, le plaisir était le même. Un carré de sable avant l'arrivée des touristes, football des plages. Une rue goudronnée sans beaucoup de passage, football urbain.
Tout est ballon, l'imagination n'a pas de limites. Les parties non plus, le jeu cesse le soir faute de joueurs. Un poste maudit, gardien de but! Le déshonneur, être désigné à ce poste. Et pourtant!
La consécration, faire partie d'un club. Les vestiaires en métal, l'eau froide pour se laver, les transports en commun, métro et bus. Plus tard les vestiaires....et des douches, de l'eau chaude. Les ballons perdus de-ci de-là, les voisins sympas qui les rendent, et les autres?
Jouer seul sans se lasser, encore et encore.
"Le football d'avant". Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles, les anciens vont vous rabâcher que c'était mieux avant! Les Rouges et Noirs", schéma tactique antédiluvien : un goal (on ne disait pas encore gardien de but), deux arrières, trois demis, cinq avants. Déluge de buts.
Parfois le football peut être cruel, pour les arbitres ou pour les juges de touche. Ou alors se faire traiter de" bouffeurs d'hosties" car on joue pour un club catholique!
Plongeons-nous dans le vocabulaire footballistique : un retourné acrobatique, une aile de pigeon, un petit et un grand pont, un coup du sombrero, des envolées de gardien, des tirs dans le petit filet. La "Papinade" n'avait pas encore droit de cité, la personnalisation à outrance n'était pas encore de mise.
"Un ballon pour la vie" le football tous terrains et toutes saisons, qu'il vente, qu'il pleuve ou même parfois qu'il neige. Puis l'ambiance et l'odeur des vestiaires. Le week-end est fini enfin presque. Mais la troisième mi-temps commence. J'ai hélas constaté il y a peu que cette pratique est réellement tombée en désuétude. La réunion du dimanche soir, des juniors jusqu'aux vétérans est passée de mode détrônée par la télé et "Stade 2."
"Carton rouge. Adieu au foot?" Je ne vais pas en repasser une couche, Mais ce sport m'intéresse de loin en loin et de moins en moins. On brûle ce que l'on a adoré.
Les personnages ici, c'est vous, c'est moi, tous les footballeurs du dimanche (ou des autres jours d'ailleurs), bref les gens qui pensent encore que l'on peut s'amuser en courant après un ballon rond!
Allons faire un tour rapide parmi les auteurs cités, on trouve entre autres, Georges Perec et oh surprise le poète irlandais, prix Nobel de littérature Seamus Heaney :
D'abord, marquer le terrain :
Quatre blousons pour les buts,
Voilà tout. Angles et surface de jeu
étaient longitude et latitude.

Un peu de poésie dans ce qui est devenu un monde de brutes, le nom de certains clubs finistériens : Les Rougets de l'Île (Tudy) (Chapeau, rond bien sûr), les Paotred Dispount d'Ergué-Gabéric, les Arzellis de Ploudalmézeau, mais plus surprenant, Les Diables de Junch!
Je vais terminer cette chronique par les dernières lignes de ce livre, pleines d'une nostalgie que je partage et qui sont signées Yves Lechevestrier :
- Ils fleuraient bon leur prime jeunesse dans les années 50 du siècle d'avant. Quand le football était encore un jeu et une fête. Quand la terre était belle. Comme un ballon d'enfant.
Extraits :
- On rentre à la maison tout crottés. Les mères nous grondent et décrassent nos genoux. Une limonade nous attend sur le bord de la table et une tranche de gros pain recouvert de beurre jaune.
- Ils feraient mieux, dit-on, d'aller chez les scouts ou de jouer au ping-pong avec leur grand frère.
- Le choc des couleurs avive les contacts et on en veut à la superbe de nos voisins. L'ambiance du derby est garantie.
- Je connais les noms des joueurs rennais avant de connaître les noms des rois de France ou les chefs-lieux de département.
Éditions : La Part Commune (2013).
* Sauf moi, qui a fait l'essentiel de ma "carrière" comme gardien de but!
** Fondateur des éditions "La Part Commune".
Preuve que le temps n'a pas suspendu son vol !

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