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Le fantôme des Trépassés. Pointe du Raz.
Edith VACHER.

Note : 4 / 5.
Perdu corps et âme !
Nouvelle romancière dans le paysage du roman noir breton, Edith Vacher est une ancienne professeur de français. J'ai fait sa connaissance au salon du livre de Carhaix, haut lieu des lettres bretonnes et de rencontres bloguestes!
Nous sommes dans un port du Finistère-Nord, Yann Keraoudec rentre au pays qu'il avait quitté quelques temps plus-tôt à la mort de son père, Yvon, porté disparu en mer. Après quelques temps d’errance et des petits boulots, l’appel du large fut le plus fort. Retour à la mer et à la pêche.
Karl Séniavine est là en mission pour une compagnie d'assurance, Yvon est déclaré mort, mais bien évidement sa tombe est vide. Ce qui est souvent le cas en Bretagne ! Jouant au touriste hors saison et sous un nom d'emprunt, il prend pension chez les Kerouadec, se lie d'amitié avec Yann et sa mère. Et il découvre que le bourg, c'est "Secret de polichinelle dans panier à crabe"!
Et que le dénommé Yvon* n'est pas réellement franc du collier ! La fille de son meilleur ami est le fruit des relations extra-conjugales qu'il entretenait avec Jeanne, l'épouse de celui-ci ! Il semblerait que tout le monde soit au courant, sauf Maria Kerouadec. Jeanne est violée un soir en rentrant chez elle, sous la menace d'une dénonciation à son mari au sujet de sa fille !
Karl, après avoir massacré l'agresseur, se rend compte qu'il est en train de devenir fou de Jeanne, ce qui n'arrange rien, personnellement et professionnellement !
Car il s'en passe des choses pas bien nettes dans le bourg, la Conserverie de poissons qui embauche les marins sous certaines conditions avec quelques extras hors contrat de travail.
L'Institut, ce n'est guère plus brillant, que se passe-t-il réellement derrière ces hauts murs ?
Maria, ivre de colère, se fait ouvrir le coffre de son époux à la banque et elle découvre interdite l'ampleur des magouilles de nombreux marins des environs....un seul mot lui vient à l'esprit, vengeance !
Et puis tout se perd, même la religion, enfin laisser un cadavre complètement déchiqueté au pied d'un Calvaire, bande de mécréants !
La Bretagne n'est plus ce qu'elle était !
Beaucoup de personnages empêtrés dans leurs problèmes et leurs contradictions. Entre soucis d'argent et de cœur ! Car on se trahit gaiement dans ce livre, l'aventure est au coin de la dune !
Karl Séniavine, enquêteur pour la "Brestoise d'Assurances", veut se noyer parmi les habitants du port, il va y arriver, même trop bien ! Il va en particulier perdre pied pour les beaux yeux de Jeanne, une belle femme sûre de ses atouts...Après Yvon*, et son époux, Karl tombera dans ses filets. La famille Kerouadec est plutôt dépassée par les événements qui, il faut bien le reconnaître, s’accélèrent! Le bourg, lui, sait tout, mais ne dit rien, mais n'en pense pas moins !
J'aime beaucoup l'écriture, c'est lyrique et poétique à la fois ce qui dans le roman noir est une denrée rare. Quelques anciens professeurs de français (et même certains encore en activité ) s’essayent dans ce genre littéraire avec plus ou moins de succès.
Une histoire traitant des assurances maritimes et du cas de figure relativement fréquent de marin déclaré mort après le délai légal, mais aucun document atteste de la mort. Et dans ces cas là, la famille a beaucoup de mal à percevoir une quelconque indemnité! Et on parle donc de fraude aux assurances !
Extraits :
- Tout ne peut pas être toujours beau !
- Les visages d'Yvon, Yann et Colette se superposaient devant ses yeux douloureux.
- La Bretagne était un pays de tradition où les jeunes revenaient volontiers et assuraient la continuité de l’œuvre des parents.
- Jeanne le tenait, il le sentait, comme elle avait tenu Yvon, son mari et Pierre et peut-être
d'autres !
- Depuis quelques jours, il avait constaté que ses réactions devenaient disproportionnées par rapport aux faits auxquels il était confronté. Il fallait qu'il se surveille.
- Sa vie, faite de banalités tranquilles, avait versé soudain dans un rêve chaotique et sordide.
- Mais, dans le regard que lui renvoyait son miroir, quelque chose avait changé. Maria percevait l' image d'une femme déterminée à vivre, à renaître. Elle vivrait ! Elle se battrait.
- François haussa les épaules en ricanant. Il savait bien qu'en épousant cette beauté, il n'avait que peu de chances de la retenir.
Éditions : Breizh-Noir. Astoure (2013)
*Celui du roman, le défunt, pas l'autre, celui qui écrit cet article !