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Corps à l'écart.
Elisabetta BUCCIARELLI.

Note : 4 / 5.
Tour de Babel*
Livre d'une romancière confirmée parlant d'une manière romancée d'un sujet grave, le traitement des ordures ménagères et autres en Italie et le rôle de la Maffia dans ce problème ménager. Il y a d'ailleurs en fin de livre un épisode nommé "Les Faits" qui est en lui-même édifiant! Mais revenons au roman.
La vie de marginaux à l'intérieur d'une immense décharge publique quelque part en Italie. D'âges et de nationalités différents, ayant chacun son parcours personnel, ils cohabitent et s'entraident tant bien que mal! La vie suit son cours entre "La Putride" et "La Chose", chacun cherche de quoi subsister ou parfois de quoi échanger ou encore mieux vendre!
Mais cette relative quiétude va être mise à mal par une série de faits pour le moins étranges et déplacés! Nero, le chien d'Iac, est battu et enlevé sans raisons apparentes si ce n'est la présence inopportune d'Iac et de Tommi dans un lieu où ils ne sont pas les bienvenus! Ils arriveront à sauver le chien gravement brûlé, grâce à Lorenzo, un pompier! Car entre-temps un grave incendie s'est déclaré et a permis de se rendre compte que des matières hautement toxiques étaient entreposées là d'une manière tout à fait illégale!
Pourquoi ces matières sont-elle entreposées ici, sans aucune protection, et exposées à la moindre péripétie comme cet incendie?
On se doute que tout cela a fait le bonheur financier de certains!
Beaucoup de personnages très attachants parmi les habitants de cette tour de Babel de détritus!
Iac, lui, est toujours en transit entre sa famille, son jeune frère Tommi, sa mère ou mademoiselle Iole. Pour quelle raison sera-t-il passé à tabac sauvagement ?
Lira Funesta, la bavarde, Silvia, fille un peu paumée d'un chirurgien esthétique renommé, mais de la très haute bourgeoisie dont les soirées sont très courues mais également très enrichissantes, surtout pour lui. Il y a aussi Sadam le Turc dont la cabane sert souvent de lieu de rencontres, de restauration et d'où résonne l’appel à la prière! Religion oblige! Et Argos, le gigantesque zimbabwéen ou encore le pompier Lorenzo qui par charité chrétienne aide tout le monde. On côtoie également l'univers des punks et des gitans, chaque groupe gardant malgré tout ses distances.
Les passages, concernant le professeur Mito et sa famille dont Silvia, sont des moments de pure frivolité, entre membres désœuvrés de la bourgeoisie et la recherche futile de la perfection qui d'une poitrine, qui d'une minuscule ride....et tout cela près de ce gigantesque dépotoir ménager sûrement visible de certaines fenêtres.
Un ouvrage qui fait froid dans le dos. Surtout dans ces pages annexes! Quand le vert d'un billet de banque est à l'opposé du vert de l'écologie et de la nature! Quel monde laisserons-nous à nos enfants? Il est grand temps d'y penser. Si ce n'est pas déjà, trop tard!
Un roman qui donne à réfléchir mais qui ne fait hélas que confirmer ce que l'on sait déjà et ce depuis longtemps, ce proverbe est devenu obsolète :
-L'argent n'a pas d'odeur !
Quelle bonne blague, parfois il en a une et elle est pestilentielle! Merci de nous le rappeler!
Extraits :
- Liquide blanc et dense. Morceaux de quelque chose. Analogie animale. Rebuts, entrailles, graisse.
- La décharge s'étendait sur plusieurs kilomètres carrés, peut-être sept.
- Il s'était fait une idée très personnelle de la provenance de ces sacs poubelles, alimentée et confirmée par ses recherches quotidiennes.
- Il n'avait jamais vu un lieu pareil. Une espèce de micro-communauté adossée à un tas d'ordures d'une taille exceptionnelle.
- La plus grande variété de mesquinerie et d'avarice urbaine, mêlées à l'impossibilité et à la pauvreté naturelle que l'excès de biens pouvait créer.
- Il s'est dit que la sincérité était un concept surévalué et que, à l'avenir, il avait très probablement faire sans. De toute façon, il le savait, on pouvait se passer de tout.
- La Ville allait pêcher ici ce qui lui manquait dans sa propre fange, elle prenait conscience de ses besoins en regardant dans ses déchets et, surtout, cherchait dans ses propres rebuts une nouvelle façon de survivre.
- Entre l'avant et l'après, un geste banal, et encore un autre, dans une réaction en chaîne où dominent le manque, l'oubli, les absences. Banal comme le mal.
Éditions : Asphalte (2013)
Titre original : Corpo di scarto (2011).
*Mais une tour d'immondices.