BarDesSables

Bar des sables.
Jacques THOMASSAINT.
Note : 4 / 5.
Telle mer, telle vie !
Un des nombreux recueils de nouvelles de l'ami Jacques que je n'avais malheureusement pas lus de son vivant. Là on est souvent en Bretagne, à Port-Louis où nous nous rencontrions parfois, moi, le lorientais à pied, lui, le gars du coin sur son vélo, souvent accompagné de Madame.
Partons bourlinguer avec lui et ses personnages le long des côtes bretonnes.
Phonétiquement le terme "Bar" a plusieurs sens, le noble poisson, la barre pour ramener le bateau à bon port et le bar....après l'arrivée au port!
Mer d'huile, disent-t-ils parfois (chez Total c'est "Distille "parfois), mais dans certaines circonstances "Y'a pas de quoi s'énerver "! même si le repas est cauchemardesque en grande partie à cause d'une mer déchaînée.
"La fille près du bar". on prend les mêmes et on reprend la même chose. Les verres se suivent, sauf que ce soir c'est cette fille qui fume et boit des whiskys. Des tristes souvenirs refont surface.... l'infortune de mer....
"Cool Papy". C'est beau la campagne, on y boit, on y copule gaiement, on y fait des enfants un peu débiles et on y tue aussi.....tout cela pour la terre...mettre en terre est une affaire de famille...Il faut creuser profond pour puiser la vérité!
Un accident au Canada et ses répercutions dans le monde, la mer est vaste mais livre sa cargaison, même si elle n'est pas attendue.
Un marin qui se lance dans le trafic de produits illicites....cela rapporte plus que la pêche c'est sûr! Mais la mort est aussi au rendez-vous !
L'Hervé, dit RV, est célibataire ; il a ses copains de bistrot, mais bon ce n'est pas tout dans la vie. Un jour, il se pomponne et annonce qu'il a un rendez-vous! Ses amis sont médusés (désolé je ne pouvais pas la laisser passer!) tentent de le questionner mais il ne leur dira rien ! Le silence est d'or. 
Un russe nommé Boris, qui croit que Yéti est un prénom, rend des bretons saouls comme des polonais dans le port de Lorient. Tout cela pour une dénommée Katia, une jeune femme canon de Keroman....désolé Navarone c'est déjà pris!
Pas loin du Yéti, il y a "Le Maltringue", vrai personnage ou pure invention des rentrées de marées les cales vides, allez savoir ? Un inconnu qui le restera, un canote nommé "La P'tite Anik" en souvenir d'une querelle entre marins autour d'une même femme, beaucoup de retour de personnages dans ces nouvelles autour de ce "Bar des sables".
A noter que la nouvelle "Sous le sable" faisait partie du recueil édité par le Centre Régional des Lettres de Bretagne 2007.
Une pensée et le triste constat sur ce qu'est devenue la marine de commerce :
- Il battait pavillon chypriote, était commandé par un capitaine grec, un second turc, manœuvré par un équipage érythréen, malgache et indien, dépanné par un mécanicien roumain, et transportait ce soja américain, avec probablement quelques produits colombiens que la douane n'allait même pas rechercher.
Extraits :
- Loïc n'a pas répondu. Il manquait d'humour pour un gars du Finistère.
- Les rituels, ça rassure, ça permet de vérifier que l'ordre des choses de la vie est bien en place, ça permet de survivre, un jour, puis un autre, et ainsi de suite. Une sorte de messe pour mécréant indigne.
- Donc, il ne parlait pas le français, ni le breton, ni un jargon s'en approchant.
- Il avait présenté le menu au voyageur, disposé assiette, verre et couverts, posé le pain tranché et le beurre salé ainsi que cela se pratiquait dans la région.....
- Yvette, c'est la patronne de la Crêperie du port. Nous on dit" Chez Yvette" comme du temps des anciens on disait" Chez Germaine" quand sa mère était la patronne. "La Crêperie du port", c'est pour les touristes.
- Bref, la nuit s'annonçait comme une nuit de printemps quand la Bretagne a le parfum du genêt et le goût poivré des iris. L'intersaison disent les Parisiens. Nous, ici, on dit le printemps, on se comprend.
- Il avait jeté le téléviseur par la fenêtre le soir où "Elephant man" avait été programmé.
- Je n'avais rien dit quand le fils était né, de toute façon, que je sois le géniteur ou pas, ça ferait des bras de plus pour tenir la ferme. Père, cocu, les deux à la fois, qu'importe.
- Il faut dire que penchée comme elle était, le cul bien rond moulé sous sa robe qui remontait, c'était tentant.
- Je vais vous faire bouffer votre rogue ! Ploucs ! Bretons ! Poivrots !
- Coulé avec sa maison, en plein village, pour un marin, c'est pas ordinaire, non, ça, c'est pas ordinaire......
- Un type bizarre, il y a tellement de types bizarres. Surtout dans les bistrots du monde entier.
Éditions : CheminFaisant (2009).