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Téléviré.
Kenneth COOK.
Note :4,5 / 5.
Télé mon bon (dé) plaisir.
Voilà un livre rescapé des aléas de ma vie, récupéré chez mon frère à son décès parmi des centaines d'autres. J'ignorais son existence dans le tas et également le fait qu'il fût un jour édité, en 1964 il est vrai. Kenneth Cook n'a été redécouvert que relativement récemment. Ce livre est son second après "5 matins de trop".
M. Johnson commence mal ce roman, ce n'était pas prévu, mais à la troisième ligne il a déjà tué un policier. Il pense ne pas avoir eu de chance, il sortait d'une bijouterie qu'il venait de dévaliser, le démonte-pneus qu'il avait à la main est parti à l'insu de son plein gré fracasser le crâne de ce pauvre policier. Être au mauvais endroit au mauvais moment ! Évidemment la chasse à l'homme commence, Johnson va se réfugier chez une prostituée de ses connaissances, pour être tranquille il paie pour toute la nuit ! Au journal télévisé sa photo fait la une ! Ben Davidson travaille dans une télévision privée, entre jalousie et incompréhension il brigue un poste supérieur. Pour cela il lui faudrait le scoop de l'année. Johnson, lui, continue de fuir la police lancée à ses trousses. Dans le quartier des prostituées, les forces de l’ordre ne sont pas spécialement bien vues et pas mal de gens ont aussi des choses à se reprocher. À la télévision, la couverture de l’événement s'organise, il faut des résultats car P.J.B. (Peter James Bromfield), consortium pharmaceutique et bailleur de fonds des informations télévisées, veut du sensationnel, "Time is money". Entre chasse à l'homme et course après l'audimat commence un parcours semé d’embûches où il n'est pas sûr que tous les protagonistes sortent indemnes. Dans le panier à crabes de la salle de rédaction tous les coups sont permis, surtout détruire les autres, ruiner leur réputation au cours des réunions professionnelles. Se mettre en avant, quitte à tout piétiner. La police a repéré Johnson sur l'autoroute du nord, Davidson se lance avec une équipe de télévision à sa suite. Direction le bush .....pour une poursuite infernale. Un homme armé jusqu'aux dents, des policiers revanchards, une équipe de télévision cherchant l'exclusivité, d'autres chaînes de télé, la presse écrite.. Un autre cadavre dans une voiture, le constable du coin abattu d'un coup de fusil. Davidson et Reuter ont une longueur d'avance, ils assistent à la lutte entre un homme et la police lancée à sa poursuite. L'avantage pour le fuyard est que le bush est grand. Il y a plusieurs fermes où il peut voler de la nourriture et le gibier est abondant, et pour lui s'il est pris vivant c'est au mieux une balle dans le corps, au pire la pendaison. Le bush est sauvage.....et il n'est pas le seul ! Dans les studios c'est le sauve qui peut....être dans les délais pour le journal avec les meilleures images possibles...course contre la montre...Le monde de la télévision aussi est sauvage...vouloir dominer les autres autorise toutes les bassesses!
Walter James Johnson, le délinquant, cambrioleur devenu double assassin de policiers, n'a pas grand chose à attendre en cas de capture. Alors à part vendre chèrement sa peau et tenter le tout pour le tout, aucune autre alternative ne s'offre à lui.
Ben Davidson, reporter à la télévision, c'est un des rares hommes de terrain de la télévision commerciale où il travaille. Pas sûr que les studios soient plus pacifiques que le bush.
Reuter, jeune allemand qui travaille en chansons et preneur de son, il se retrouve cameraman avec beaucoup de succès. Son patronyme est je pense un clin d’œil de l'auteur même si l'orthographe n'est pas exacte. On croise aussi une bande de chasseurs de primes pour le moins primaires !
Un narrateur par chapitre, M. Johnson et M. Davidson, le même scénario vu par les deux protagonistes principaux de ce roman.
Un livre pour lequel on devrait nous lecteurs faire une pétition pour sa réédition. Et dont nous enverrons un exemplaire aux dirigeants des chaînes nationales pour leur conseiller d'appliquer le titre du livre à la lettre. Nous pourrions pousser le vice jusqu’à retirer de notre redevance le prix de l'ouvrage et les frais d’envois....Le mot "virée" peut avoir aussi le sens de voyage et non pas de licenciement, mais j'étais trop content de placer mon ressentiments envers la télévision qui ici est déjà une machine à faire du sensationnalisme et du fric. Et dans ce livre, il y a les deux !
Presque du même niveau que "5 matins de trop" ou que "À coups redoublés". Je persiste à dire que je préfère les romans de Kenneth Cook à ses recueils de nouvelles tout en reconnaissant le caractère complètement déjanté de ceux-ci.
Extraits :
- « Ça a décidément ses avantages ne pas faire partie de ces gens dont l'importance leur créée automatiquement des ennemis », se disait Davidson en rentrant chez lui en voiture ; malheureusement ces avantages étaient maigres.
- Ils n'allaient pas avoir l'exclusivité du reportage filmé. Or, pour des raison pas très précises, les journaux télévisés, comme tous les services d'information du monde, tenaient beaucoup à l'exclusivité.
- Il avait lu, un jour, dans une de ces curieuses enquêtes américaines, que certaines personnes faisaient même l'amour en regardant la télévision.
- En fin de compte, en quoi le métier de journaliste avait-il quelque chose de si passionnant ? Était-ce, sinon un phénomène social, un peu en marge, touchant superficiellement à toutes les activités ?
- C'est peut-être ce salaud qui s'est fait sauter la cervelle, observa un agent, et tous les autres souhaitaient à qu'il en fut ainsi.
- Il a monté un cambriolage important ; il a la moitié de la police à ses trousses et il court toujours, il a tué deux policiers armés. Ned Kelly n'a guère fait mieux.
- Pile, il perd ; face, il perd ! dit un agent. Il sort de là on le pend, il reste là on le descend.
Éditions : Série Noire Gallimard (1964).
Titre original : Chain of Darkness (1962).
Autres chroniques de Kenneth Cook :

5 matins de trop.
À coups redoublés
Par dessus bord
Le koala tueur & autres nouvelles du bush.
La vengeance du wombat & autres nouvelles du bush.