Les (dernières ) nouvelles de l'été.
img337

Nous n'en parlerons pas.
Sylvette HEURTEL.

Note : 4,5 / 5.
Le silence est d'or.
Troisième recueil de nouvelles de Sylvette Heurtel, qui a navigué entre Ouessant et Groix aux bons soins de deux charmantes messagères qui se reconnaîtront sans peine!
Merci à Sylvette et à elles.
Des histoires de silence, de non-dits, de petits mensonges par omission, de cachotteries. Rien de grave qui pourrait par exemple briser d'anciennes amitiés ou l'admiration qu'une petite fille porte à son grand père.
Une île, cinq amies de longue date se retrouvent tous les ans. Sans hommes attitrés depuis plusieurs années, ces quelques jours sont la parenthèse où tout se dit. Mais Louise n'est pas là , elle aide son fils à déménager...cinquante kilos toute mouillée, un grand garçon de plus de vingt ans, pas de copains pour l'aider ? Bizarre, vous avez dit bizarre ? Vous aviez raison !
"Allez en peur" est un très beau texte qui commence d'une manière très imagée. La peur s'installe chez qui ou chez quoi ! Une souris ou une musaraigne entre les griffes d'un chat cruel. Les pas se rapprochent, plus d'échappatoire possible, le piège s'est refermé !
"L"Angélus" c'est beau les souvenirs : une femme qui fut une enfant, une grand-mère veuve, un pépé qui amène cette petite fille à la pêche et qui devient gardienne de quelques secrets qu'elle taira jalousement. Un super texte, une belle histoire d'amour et une grand- mère comme certains d'entre nous ont connu, comme moi à Kerity près de Paimpol.
"Harriet et Job"une femme, un homme, elle plus âgée, lui jeune homme manquant de confiance, l'amour en bateau, à quai, puis la séparation. Et les retrouvailles, mais le temps a passé, beaucoup de temps. Harriet est une rebelle, lui doit arrondir les angles....la vie l'amour, l'estime, les souvenirs, et l'inéluctable dénouement ! Très beau texte. Un frère et une sœur qui font un long périple pour oublier leur enfance et retrouver leur mère. Nous les avions déjà croisés dans "Chocolatine" ; nous les retrouvons ici dans "Bouches cousues".
Monmari etJean-Pierre, un ermite silencieux, sont les protagonistes masculins de la nouvelle "D'une rive à l'autre".
Marie a passé toute son existence "Rue des Jonquilles", ses moments de joie avec Pierre, son mari, ses déceptions politiques, ses peines, la mort de Pierre et de Roselyne sa voisine. Le monde change et le voisinage aussi, Marie découvre un autre monde et d'autres manières de vivre et un nouveau voisinage. Une vie contée en quelques pages.
Des hommes, des femmes et des enfants parfois apeurés ou battus, pas de super héros, des gens ordinaires que l'on pourrait croiser partout dans la vie de tous les jours. Des femmes d'âge mûr un peu esseulées, un enfant à l'école qui deviendra grand et aura lui aussi à son tour des enfants. Durant ses courses, il fera une rencontre qui lui prouvera que le temps est cruel. Germaine, Charlotte, Léon, Jean-Pascal et d'autres passent à table pour un repas de Noël, pas de cadeaux. François, fils aîné, enfant trop tôt responsable de la fratrie parti dès son plus jeune âge, loin, très loin de cette maison qui n'était pas que de poupées.
Jeanne est mal mariée, a-t-elle eu le choix avant comme l’héroïne du roman qui est sur sa table de nuit ? Elle...Elle est partie....Elle revient....Elle approche...ce serait mieux si Elle ne revenait pas...Inexorablement à la montre, l'heure tourne ! Une jeune fille dans un monde de brutes, seule solution, partir, mais hélas en laissant sa jeune sœur. Une prostituée au grand cœur, un ancien de la Télé, brute en rut alcoolisée, la sœur et le frère de nouveau, aller-retour, la Garonne Toulouse, fin du voyage ?
Des récits pleins d'iode et d’embruns, le ressac de la mer toujours très proche couvre le silence des humains. Les marins et les gens de la côte ne sont pas des bavards et puis certaines choses sont bien mieux oubliées, enfouies dans les tréfonds de la mémoire. Il ne faut pas réveiller l'eau qui dort.
Un inventaire de silences assourdissants.
À noter que plusieurs nouvelles de ce recueil ont été primées : Mécanique de l’effroi, Prix des Escales de Binic en 2013 et Passé minuit Prix de Saint Jean de Braye en 2013. Et aussi une présentation très originale.
Extraits :
- Je vais vous dire les filles, les mecs de notre âge sont ou bien mariés ou bien disponibles pour des jeunettes.
- Tu as raison : fils, amants, maris, le même venin pour tous, à notre santé les filles !
- Les autres n'aiment pas ça, mais respirent de ne pas être la cible. Il a réussi à les briser tous.
- Chaque fois qu'elle revient ici un peu de sa vie s'en est allée.
- Monmari travaille beaucoup. Le samedi il est au bureau, le dimanche il fait du sport, le lundi il est de repos et moi au travail.
- Il habite le bord de mes nuits.
- Le matin du 1er mai il ne restait plus que les petits-enfants gardés par les mémés pendant la manifestation.
- Passé du collège à l'armée sans se retourner, François n'est jamais revenu.
- Jour après jour, du bout des doigts et du regard, elles revivront un temps connu d'elle seule ; le temps où le silence éloignait la colère.
- Entre ces murs, ce qui est beau et clair est banni, ce qui n'est pas la crasse familiale doit être fui.
Éditions : Henry des Abbayes (2013).
Autres chroniques de l'auteure :
Contes malpolis.
Contes déraisonnables.