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Manuel de survie à l'usage des incapables.
Thomas GUNZIG.

Note : 5 / 5.
Entre chiens et loups.....
En premier lieu je ne connais pas du tout cet auteur, mais le titre de son ouvrage m'inspire et m'interpelle sur le nombre de choses que je suis incapable de faire...! Mais cela reste à démontrer si ma survie en dépendait. Ne jamais dire fontaine je ne boirais pas de ton eau !
Trois parties dans ce livre, la première fait 9 pages, la seconde en fait 369 en 37 chapitres (pas trouvé mieux !) et la troisième 9 pages en 2 chapitres (toujours pas trouvé mieux) !
Le monde de la grande distribution passé à la moulinette avec une verve jubilatoire et une certaine cruauté pour ne pas dire une cruauté certaine !
Imaginez un supermarché et par extension le monde du travail en pire que maintenant ! Car dans l'imagination de l'auteur, c'est possible et malheureusement plausible pour ne pas dire en bonne voie pour un futur très proche. Un monde où les méfaits du communisme, du capitalisme et de la science se conjuguent allègrement pour le pire, le meilleur ayant disparu dans les abîmes de l’Histoire. Certaines pratiques sportives des pays de l'Est ont laissé des séquelles ; les riches sont devenus super riches et la science permet des manipulations génétiques qui font froid dans le dos ! L'antithèse du meilleur des mondes au quotidien. Bienvenue dans les temps modernes où l'homme est, et cela n'est pas nouveau, un loup pour l'homme et cela va même en s’aggravant !
Partons dans les aventures rocambolesques de ce triste futur tout en plaignant les pauvres êtres humains de condition modeste qui le peupleront.
Des personnages à la pelle, tous aussi délires les uns que les autres, de la pauvre caissière qui laissera sa vie pour une histoire d'amour aux jeunes loups couleur sombre, sauf exception qui confirme la règle. Mais récapitulons un peu !
Blanc, Brun, Gris et Noir, sorte de frères Dalton colorisés avec Noir dans le rôle de Joe en plus méchant et plus fou et Blanc dans celui d'Averell en plus gentil et moins bête ! Il est préférable de ne pas traîner dans leurs pattes, sinon vous êtes quitte au mieux pour une peur bleue.
Marianne et Jean-Jean, une famille de français moyens harassés par le travail qui comme le constate le mari sous la plume de l'auteur :
-Je crois que la plupart des gens se mettent ensemble par accident. Sur des malentendus. Et puis on reste ensemble parce que c'est moins compliqué que de ne pas rester ensemble.
Bref entre Jean-Jean et Marianne, ce n'est plus le grand amour et comme en plus Jean-Jean l'a lâchement abandonné entre les griffes du quatuor mentionné plus haut, qui, cerise sur le gâteau, veut la peau du dit Jean-Jean! Lequel Jean-Jean fantasme dur sur une belle blonde du service Synergie et Proaction, son fantasme devenant réalité, mourra-t-il heureux ? Un assistant chef de rayon primeur nommé Jacques Chirac Ousoumo, colosse au cœur tendre, tout ce beau monde fait marcher le supermarché et la société de consommation.
Ne pas oublier le premier texte et l'histoire très triste de cette pauvre baleine harponnée pour rien car elle possède un numéro de série, donc normalement invendable ! Mais qu'il est émouvant le regard d'une baleine au bout d'un harpon ! La troisième partie se situe aussi dans un grand magasin ailleurs.....
C'est corrosif et burlesque, beaucoup d'humour noir, de dérision, mais aussi de justesse d'observation et honnêtement, cela fait du bien! J'adore! Une grande claque !
Mais que l'avenir est sombre !
Extraits :
- Dès les premières heures de leur vie ils l'avaient su. Peut-être même l'avaient-ils su in utero : à quatre, ils étaient forts.
- La lumière est celle d'un verre de lait sale.
- Et, de toute façon, aujourd'hui, il y aurait d'autres morts.
Beaucoup d'autres.
- Une caissière avait un jour expliqué que le « pling » que produisait les caisses à chaque article scanné représentait un vrai danger pour la santé. Avec le temps, ce putain de petit bruit se frayait un chemin jusqu'au fond du cerveau et s'y installait pour toujours.
- L'année suivante, les frères Eichmann parvinrent à déduire le montant de la rançon de leur déclaration fiscale en argumentant qu'il s'agissait de « frais professionnels ».
- Finalement, les autres lois, les lois nationales, ne servaient pas à grand-chose. C'était une sorte de papiers peints sur des murs un peu pourris. Les autres lois, c'étaient tout au plus des cache-misère.
- Mourir avant d'avoir eu sa promotion de Seniors Sales Manager.... quelle connerie ! Toutes ces années de sacrifices pour rien !
- La dernière saison des Experts. J'aime bien cette série. Au moins il y a des flics.
- Il s'était souvenu que le bonheur avait un terrible défaut : à un moment ou un autre, il disparaît.
- Des vieux comme il y en avait des millions, à la seule différence près que ceux-là régnaient sur l'univers.
Éditions : Au diable Vauvert (2013)