Les nouvelles de l'été.

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Les Facéties de l'Ankou.
Joseph JOLY.

Note : 3,5 / 5.
La faux et le chariot!
Et si contrairement à la croyance populaire, l'Ankou n'était en définitif qu'un bon vivant! Je sais pour les Bretons dont je fais partie, c'est dur à avaler, enfin plus dur que par exemple une douzaine d'huîtres ou une généreuse portion de Kig ar farz!
Et pourtant ce recueil de dix nouvelles de Joseph Joly va vous prouver le contraire!
En préambule cette phrase de Sénèque :
-Personne n'a jamais su qu'il était mort!
Pierre Dac, lui, résumait ainsi la situation :
-La mort est une absence de savoir vivre!
"La nuit blanche et noire"
. La nuit peut être de la couleur ou plutôt comme l'absence de couleur du drapeau breton blanc et noir. Un texte qui ravive des souvenirs , le plastiquage de l’émetteur de télévision situé en altitude (toute relative) à la Roc'h Trédudon ! Par qui, pourquoi et comment ? Les commentaires de l'époque allaient bon train, et les bretons privés de télévision redécouvrirent émerveillés une autre manière, bien plus saine de passer leurs soirées!

Dans une série de nouvelles, " La résurrection de l'ébéniste", " L’Allemand" et "Traou mad", nous suivons les péripéties de personnages récurrents : la famille Le Roux vivant dans le Lorient de l'après-guerre et les baraques. Pas la vie rêvée, c'est l'époque des rations, de certaines privations, la ville est dévastée, les combats furent très durs dans ce que les historiens appelle "La poche de Lorient". Et pourtant la vie reprend ses droits avec ses petits drames de tous les jours, bien anodins comparés à ceux de l'histoire avec un grand H. La solidarité et une certaine joie de vivre annoncent enfin des jours meilleurs.
"La tragédie de Séville" nouvelle qui ravira les amateurs de football et avivera leurs regrets est présenté, et là je copie bêtement, comme un :
-(Conte métaphysique, polyforme, polyglotte, multidirectionnel et ultra digressif, sur le rôle du sexe et de la mort dans le football).
Retour sur le 8 juillet 1982 à Séville. Le ballon ne tournait pas rond ce jour là! L'Ankou avait le visage d'un gardien de but allemand et la mort subite fut le dernier acte de cette tragédie, sorte de résurgence des jeux du cirque et du fric!
"Le musher", c'est l'histoire d'un breton, ancien chasseur dans le grand nord canadien qui se dit qu'il manque de peaux depuis son retour! Donc il agit en conséquence.
Des braves gens bien de chez nous, mais qui pourraient être d'ailleurs, sauf que l'Ankou lui, sur son vieux chariot s'exporte très mal et reste confiné dans la nuit bretonne.
Des personnages parfois pas bien finis, comme Yannig Gallouédec dans "L'idiot du village", qualificatif souvent péjoratif que l'on retrouve dans toutes les campagnes de France. Deux voleurs de poules pas bien malins non plus....Suivre les enterrements pour certains, c'est une distraction comme une autre....cancers ou suicides...l'Ankou ne fait pas de différence, le résultat est le même. Jean-Louis Goasmat est un des personnages les plus fascinants de ce recueil, une gueule comme on dit, un être entier qui n'est pas à un paradoxe près! Une espèce hélas en voie de disparition!
Beaucoup de dérision, de nostalgie et d'humour dans ces nouvelles qui mêlent avec bonheur, rire et émotions plus tristes.
J'aime les écrits qui m'amènent dans des endroits que je fréquente journellement, Lorient, Lanester, les rives du Blavet ou du Scorff, Keryado ou l'étang du Ter. S'il est agréable d'être dépaysé par la lecture, il est aussi agréable de reconnaître les lieux.
À noter que l'auteur parle de la scierie-menuiserie Périgault située à Lanester qui n'est plus qu'une friche industrielle, que j'ai photographié de nombreuses fois*.
Extraits :
- Il était tombé trop tard du cul de la charrette ; un innocent comme on dit. Ce sont des choses qui arrivent.....
- C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui une victime collatérale. Il n'est pas sûr que l'expression soit très heureuse.
- Un jaune merdique et merdeux, le genre : « vieux cacas de bébés restés séchés sur le montant du lit ».
- Décidément, l'Ankou n'oublie personne. Et c'est probablement pour ça que personne ne l'oublie, lui non plus.
- Trois mois pile avant Hiroshima, le chef-d’œuvre absolu de l'Ankou- seul le Diable sait de quel petit nom il l'affuble, au Japon....
- Pour les cabinets, il fallait aller au bout de la rue en terre battue. On n'y avait creusé une fosse septique, parce que plus loin il y avait le lavoir.
- Enfin bref, si on n'a pas beaucoup de sous, on s'amuse bien quand même.
- C'est toi qui n'as rien compris, gringo. Faire une chaise, ça me plaît. Et ça coûte huit dollars. En faire douze pareilles, ça m'emmerde, et ça coûte cinq cents dollars.
- " Schumacher commited the crime of the century in soccer". (The Guardian)
- Et donc, les gens partent ! Au loin, tant qu'à faire, comme tous les Bretons dignes de ce nom. Il y a sûrement plus de gens originaires du pays de Gourin en Amérique que dans toute la Bretagne.
Éditions : Chemin Faisant (2013).
* Album photos : Lanester & Friches industrielles.