img323

À bord. Petites chroniques du train.
Collectif *

Note : 4 /5.
Au train où vont les choses.
Dans sa préface (ou avant-propos) Jean-Claude Kaufmann nous rappelle fort justement que le train n'est pas uniquement un moyen de transport, mais le reflet de notre société. Avec des joies, des peines et aussi des drames, des rencontres agréables, mais aussi des promiscuités très déplaisantes, (et c'est peu dire). Je vais encore, diront ceux qui me connaissent bien, faire mon vieux grincheux passéiste, mais du temps des compartiments, on pouvait choisir son voisinage.
Ce livre est composé de courtes anecdotes racontées par des contrôleurs et glanées dans toute la France. On se rend compte que la mauvaise foi et le mépris pour des gens qui font leur travail (et qui souvent le font bien) sont malheureusement trop fréquents. Il y a des événements qui amènent beaucoup de voyageurs non habitués dans les gares et les trains. Parmi celles-là les manifestations sportives ou mouvements de revendications. Certains sont agréables, d'autres beaucoup plus tendus. Dans mes souvenirs personnels, il m'arrivait de voyager avec un travesti dans le train de 6 heures du matin au départ de Lorient, qui souvent n'avait pas de billet. Mais le pire ce fut le matin où je l'ai réveillé après une dure nuit de labeur...ce jour-là le quai était noir de monde, des catholiques se rendant à Saint Anne d'Auray pour voir le Pape. Je pense avoir gagné mon Paradis tout en passant pour un suppôt de Satan! J'ai appris que malade du Sida, il s'était suicidé !
Une foule (ne pas confondre avec le nombre de gens dans une voiture un jour de gréve !) de scénettes allant de l'hilarante à la tragi-comique !
Des personnages de tous poils et de tous genres, du voyageur à qui tout est dû à la contrôleuse, victime d'une agression en banlieue parisienne et qui est toute surprise que des voyageurs en Bretagne lui offre le café venant du thermos matinal ! Une fraudeuse quasi professionnelle, mais sympathique malgré tout, un couffin, une réduction et une jeune femme voyageant avec un baigneur ! Deux sœurs jumelles sans titres de transports déclarant être nées, l'une à Créteil, l'autre au Sénégal..c'est le Transmaternité Express, un jeune homme jurant sans sourciller être né un 31 février, un charmeur de vipères bien sympathique au demeurant, mais sans titre de transport, une voyageuse qui oublie son bébé..etc...la liste des étourdis et des fraudeurs souvent insultants est très longue! Pas trop malins, ces hommes allant faire un braquage qui étaient avec armes, mais sans bagages, ni billets ! Passage par la case prison.
Ayant pendant des années pris le train pour aller travailler et pour en revenir tous les jours entre Lorient et Rennes, je voudrais saluer et rendre hommage aux contrôleurs ; de mon temps on ne disait pas encore "Chefs de bord". Titre pompeux pour des femmes ou hommes en première ligne qui subissent de plein fouet tous les problèmes et bien sûr toutes les critiques engendrées par le moindre incident de parcours ou les pires les "incidents de personnes".
Un peu de chauvinisme (je sais, je suis coutumier du fait) : un clin d’œil à ce contrôleur, en retraite maintenant, qui a eu des ennuis avec sa hiérarchie suite à des plaintes de voyageurs car horreur, il a fait son annonce en français, puis la même, mais en Breton !
Ce livre se termine par un post-face de Guillaume Pepy, président de la SNCF.
Contes et mécomptes de "Chefs de bord":
Marie-Eve. Établissement Paris-Nord.
- Les voyageurs pensent souvent que notre seule mission est de « jouer au poinçonneur des lilas », une chanson que j'entends régulièrement sur mon passage.....
Marie-Ange. Établissement de Bordeaux.
- « Bah, c'est que je suis parti voir ma copine qui n'était pas là. Puisque mon billet m'a servi à rien, je m'en ressers pour revenir ! »
Dominique L.G. Établissement de Bretagne.
- J'aimerais organiser de nombreuses opérations et je me prends à rêver qu'un jour nous offrirons un petit déjeuner et des journaux à bord de nos lignes régionales...je nous vois comme des créateurs d'ambiance. Nous en sommes encore loin, mais j'y crois.
Yves. T. Établissement de Nantes.
- Évidemment cela me joue des tours, de la ministre qui prend la mouche devant mon insistance à la contrôler, au staff d'un joueur de football qui constate sidéré que je n'ai pas identifié la star de l'équipe de France.
Orléans-Vierzon.
- En sanglotant, une jeune fille m'avoue qu'elle n'a pas de titre de transport. Puis, pleine d'aplomb, elle me regarde droit dans les yeux et me demande : « Vous me trouvez jolie ? ». Je ne peux qu'acquiescer, elle rétorque alors « Eh bien, je peux voyager sans billet ! » Un argument qui n'a pas suffi à me convaincre.
Caen-Paris.
- Un homme fait un malaise cardiaque. Je passe une annonce pour demander l'aide de passagers du corps médical. La moitié des voyageurs se précipita alors dans la voiture. J'apprends que 200 médecins de retour d'un congrès sont à bord !
Noyon-Thourotte.
- Je verbalise un monsieur pour absence de titre de transport, quand il explique qu'il allait travailler pour rembourser à la SNCF les 4000 euros qu'il devait... pour absence de titre de transport.
Paris-Strasbourg.
- C'est fou le nombre de choses que les gens oublient dans un train ! Un soir, dans les toilettes d'un train de nuit, je trouve une sacoche pleine. En l'ouvrant, je tombe sur la carte d'identité de Gaston, le maire de mon village.
Éditions : Textuel (2013).
Un très beau livre en reliure japonaise. Achetez-le il ne coûte que 14,90 Euros.
* Préface de Jean-Claude Kaufmann. Photos de Patrick Messina.
Autres chroniques concernant "La vie duraille":

  CIAM Gabrielle / Le train de 5 H 50. 
  Le GORREC Didier / La drôle d'histoire du train et.....
PESSAN Eric / Incident de personne.
VINCLAIR Pierre / Ce monde en train.