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Rouge ballast.
Jean-Claude Le CHEVÈRE..
Note :4 / 5.
Train de vie*
Court roman, moins de cent pages de cet écrivain briochin déjà auteur de plusieurs livres dont "La cour des petits" et "Le voyage de Mélanie"
Les deux premières phrases de ce livre valent leur pesant d'émotions, alors je vous les offre :
-"Cette fois c'est sûr. Mathilde a pris le train"
Oui mais comment de face ou de côté? Car si le résultat est le même les dégâts peuvent être différents! Ou elle est dispersée sur une distance qui peut être variable ou elle est peut être (mais c'est peu probable) collée au pare-brise de la locomotive. Et là même si Jacques Brel la suppliait Mathilde ne reviendrait pas! Elle est en effet "éparpillée" le long de la voix ferrée!
Car dans ce village où grâce aux abattoirs flotte une persistante odeur de sang, les femmes qui prennent le train sont nombreuses! Mais elles n'en parlent pas et ont de bonnes raisons, toutes mariées à des alcoolos notoires qui leur en faisaient voir de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres! Mais Mathilde elle en parlait, alors tout le village s'en foutait à la limite. Et en plus, elle était célibataire! C'est à plus rien n'y comprendre, les traditions se perdent mon bon monsieur.
Et en plus le comportement du vieux Bob devient de plus en plus bizarre. En effet, ce nabot aux bottes trop grandes, aux multiples pardessus enfilés les uns sur le autres, celui qui est connu comme l'ancien "mûrisseur de clous" rode le long des rails semblant chercher quelque chose. Mais la vie continue pour Gaby, adolescente, elle est en réalité "chargée de famille" et de quelle famille ! Bruno, dans le rôle du père, la mère n'est plus là, remplacée par la grande Louise, le couple travaille aux abattoirs, comme pratiquement tous les adultes du bourg! Elle doit donc s'occuper de ses frères, Djezon ne rêvant que de devenir un grand footballeur et Jirès, qui muré dans son silence ne dit rien, mais ses yeux n'en pensent pas moins.
Les jours s'écoulent les dimanches se suivent et se ressemblent, repas, puis sieste coquine, bistrot et retour pour Stade 2. Mais des doutes sur la mort de Mathilde commencent à se faire jour, les gendarmes enquêtent, les hommes sont interrogés, Bob cherche, frénétiquement, mais quoi!
Jusqu'au jour où Bob est retrouvé noyé, terrible mort pour lui qui n'en buvait plus et dont la propreté n'était pas le qualité première. Accident, crime ou suicide? (par ordre alphabétique).
Gaby (Gabrielle, avatar de la chanson d'Halliday) assume tant bien que mal mais plutôt bien, personnage attachant, gamine devant l'amour et ses examens scolaires qui approchent mais responsable de la bonne marche de la maison. Car sa famille, Bruno son géniteur (pas père cela fait vieux) est un adepte de boulot, bistrot et bête à deux dos!
Ses frères Djezon, crane rasé avec crête comme les footballeurs gentil mais un peu limité intellectuellement, Jirés lui observe on sent qu'il a peur et recherche la compagnie de sa sœur. La grand-mère paternelle....attention danger...mémé débarque!
La nouvelle copine de Bruno la grande Louise, reine du vernis à ongles violet parce que Madonna à la télé en porte, mais faute de violet elle met du rouge, bref people jusqu'au bout des doigts. Par contre pour le reste faut pas trop en espérer.
Bob, célibataire il avait des vues sur Mathilde, mais bon tous les hommes du village aussi, mais lui quelque chose d'autre le tracasse, Barrois, directeur des abattoirs titulaire de la légion d'honneur est lui un chaud lapin, donc lui aussi était partant pour quelques galipettes avec la défunte...et avec d'autres aussi, Louise peut-être ?
Frank enfin Djamel de son vrai nom, gros béguin de Gaby, vit avec sa mère, son père travaille au loin et revient parfois? Les jumelles Delbourg écolières à la langue acérée, au courant des derniers potins. Bref tout ce petit monde forme le microcosme de ce joli bourg bien de chez nous.
Avec Jean-Claude Le Chevère, les lecteurs ne sont pas mis en odeur de sainteté, entre l'horreur olfactive créée par l'élevage intensif des "Mochons" dans "Le voyage de Mélanie" ici c'est abattoirs qui embauchent la région.
Plus que l'histoire policière, ici ce sont les ambiances qui comptent, celle de la famille avec des adultes complètement barrés, des enfants qui suivent le mouvement. Et celle du village dont tout le tissu social dépend d'un seul employeur et donc d'un seul homme! Tout se sait et quand par hasard on ne sait pas alors on invente. C'est aussi une dénonciation de l'agriculture moderne et de l'élevage intensif qui transforme la campagne en un vaste dépotoir malodorant ravagé par les pesticides.
Moralité de ce livre :
Sang du matin n'arrête pas le train, sang du soir pousse au désespoir!
Extraits :
- J'ai pas eu de détail, mais pour le funénarium ça va pas être facile.
- Il déforme, il invente, on n'y peut rien.
- Je l'ai regardé droit dans les yeux, les yeux vitreux du gars qu n'a pas mégoté sur la Kronenbourg au Bar du Stop.
- Jaune et vert, comme Nantes. Pas celui de maintenant. Le Nantes de la grande époque. Je n'ai pas connu ça mais leur façon d'en parler, je me doute que cela devait être quelque chose. Barcelone en plus modeste, à ce qui paraît.
- Si ça continue on va se retrouver en couverture de Détective.
- Mais avec le petit pois qu'elle a dans la tête, ce qui lui est arrivé à midi ne risque pas de la perturber à six heures.
- S'il avait vécu au temps de Jésus-Christ, Bob aurait peut-être marché sur les eaux.
- "C'est ce qu'ils appellent « les contraintes économiques et sociales ".
- Celle-là a attiré des emmerdes à tous ceux qui l'ont approchée. Et depuis qu'elle s'est éparpillée sur la voie ça continue.
Éditions : Éditions des Ragosses (2013).
* ou de mort!
Autres chroniques de Jean-Claude Le Chevère :
La cour des petits.