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Du côté de Canaan.

Sebastian BARRY.

Note : 4 / 5 .
American dream!
Auteur et dramaturge irlandais dont j'avais beaucoup aimé "Un long long chemin". Ici, dans le sillage de bons nombres de ses compatriotes, nous prenons le chemin de l’exil.
"Bill n'est plus" est la phrase qui commence ce livre.
Chaque chapitre énumérera les jours sans lui et donnera l'occasion à Lilly Bere, quatre vingt neuf ans de se remémorer sa vie. De son Irlande natale aux États-Unis où elle attend la mort! Celle-ci a d'abord pris Billy son petit fils qui s'est suicidé, mais qui a poussé la correction jusqu'à se donner la mort un samedi, pour que son corps ne soit pas découvert par les enfants de l'école.
Elle se souvient de son enfance, qu'elle met en page laborieusement ligne après ligne. La mère qu'elle na pas connue, ses sœurs, Maude morte depuis très longtemps, Annie, son frère Willie, bref l'Irlande ancienne sous la domination britannique dont son propre père était d'ailleurs un des instruments.
Elle est âgée et partage sa vie avec sa voisine madame Wohlan qui est aussi un peu sa bienfaitrice. Il y a aussi monsieur Dillinger, jeune homme de soixante-dix ans, excellent écrivain qui va en pèlerinage dans une tribu sioux!
Les jours défilent, la confusion s'installe dans la tête de Lilly, l'Amérique maintenant ou l'Irlande dans le passé. Les guerres irlandaises, l'indépendance espérée pour certains, mais pas pour d'autres, l’apparition de Tadg Bere dans sa vie, leurs fiançailles, l’ambiguïté résultant de la position de son père, et aussi de Tadg, la fuite. Car l'histoire est en train de tourner, l'Irlande ancienne se meurt et la nouvelle n'a que faire des anciens partisans de la Grande-Bretagne.
La découverte de l'inconnu, l'Amérique et son immensité, Tadg cet homme qu'elle croyait connaître, le cousin qui a déménagé dont on ne retrouve pas l'adresse, et enfin l'installation à Chicago....mais l'Irlande n'oublie pas, Tadg tombe sous les balles d'un tueur.
Mais malgré le chagrin la vie continue, à Cleveland, destination due au hasard, entre deux trains en choisir un.....
Lilly Bere, née Dunne est devenue un vieille dame charmante, pourtant la vie ne l'a pas épargnée. Les hommes, ses hommes, Joe, son mari mystérieusement volatilisé alors qu'elle était enceinte, pourquoi ? Ed son fils qui lui disparait à son retour de la guerre du Vietnam. Et Bill le petit fils au destin lui aussi tragique.
Durant toute une vie, quiconque rencontre beaucoup de personnages, cela se vérifie dans ce livre. Dans le melting-pot américain, ils viennent de différents horizons.Des Irlandais, bien sûr mais aussi Cassie, l'ami de couleur victime du racisme ordinaire de l'époque, un épicier grec, un descendant d'Européens de l'Est, Nolan jardinier du Tennessee dont le grand père est venu d'Inishmore , mais l'harmonie semble presque parfaite.
L'auteur, pour qui tous les romans ont un lien, même si la chronologie n'est pas tout à fait respectée, nous parle du père de la narratrice, James Patrick Dunne, nous renvoyant par là à ses œuvres ,"Le régisseur de la chrétienté" "Annie Dunne" et "Un long, long chemin". Ancien chef de la police de Dublin, il combattit activement les ouvriers menés par Larkin. Willie Dunne lui est mort au combat, Annie eut une vie sans réelle joie.
Des luttes ouvrières à Dublin au début du siècle dernier, à la guerre du Koweït, la vie et la mort, l'épopée somme toute banale d'une femme ordinaire. Une double narration, avant et maintenant. La saga de cette famille en plusieurs romans à travers la vie de plusieurs membres de la fratrie.
Un exemple de très belles phrases trouvées dans ce livre :
-J'ai froid parce que je ne trouve pas mon cœur.
Extraits :
- Vieilles histoires. Et qui n'ont pas grand-chose à voir avec le chagrin présent sinon qu'elle me donne mes repères. Je vais respirer à fond et commencer vraiment.
- Rien d'autre au monde ne m'aurait poussé à écrire.
- De nouveaux assassinats se produisaient partout dans Dublin, des douzaines d'hommes de la Police royale irlandaise avaient été liquidés dans des embuscades, au pub, dans leur lit.
- Voilà ce qu'il advient quand on remue les cendres. Quand on déterre le passé.
- Il avait l'impression de prendre un nouveau départ. Il ne croyait pas à une nouvelle Irlande, il aimait profondément l'ancienne.
- La Grèce, l'Amérique, l'Arabie, l'Irlande. Des terres natales. Aucun endroit sur terre qui ne soit une terre natale.
- J'étais déjà prisonnière de l'asile à ciel ouvert du monde. Ma solitude était pratiquement absolue.
- Il ne connaissait peut-être rien de l'Irlande et de sa politique.
- Katherine Mansfield dans une de ses nouvelles décrit une femme qui mange de la
crème avec « un air de ravissement intérieur ». C'est tellement bon. C'est exactement cela.
- Les gens aiment l'Irlande parce qu'ils ne la connaîtront jamais, comme le partenaire d'un mariage heureux. Je suis moi-même un peu comme ça.
- Les Italiens partirent, Mike Scopello parmi les premiers, bien que leur pays fut de l'autre côté. Les Irlandais y partirent, bien que l'Angleterre fut du même côté.
- Mais comme on disait en Irlande, le diable n'aime que les bonnes choses.
- Nous pensions agir pour le bien de l'Irlande.
Éditions : Joëlle Losfeld (2012).
Titre original : On Canaan's Side (2011).
Autres chroniques de cet auteur :
Annie Dunne. (Annie)
Un long long chemin. (Willie)
Le testament caché.