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Bois Sauvage.

Jesmyn WARD.

Note : 3, 5 / 5 .
La vie est un combat !
Jeune romancière américaine que je découvre grâce à cette rentrée littéraire. Ce roman a obtenu le National Book Award. Née dans le Mississippi elle réside dorénavant en Alabama.
Dix jours pour se préparer à survivre à l'ouragan Katarina. Mais en plus de ces préparatifs il faut vivre dans des conditions habituelles, mais précaires. Chacun dans cette famille noire a ses occupations et préoccupations. Ce n'est pas l'opulence, la prairie où fut bâtie la maison est nommée par dérision "La Fosse". Le père un peu alcoolique fait laver des bouteilles sales et tente de réparer une benne à ordure qui traîne dans le capharnaüm du jardin, en espérant gagner de l'argent après ! Esch, elle fait l'amour avec Manny son dernier amant en date. Elle se remémore aussi sa vie, celle d'avant quand sa mère vivait, elle se souvient des hommes qu'elle a subi ou accepté depuis déjà plusieurs années. Skeeter aide China, pitbull de combat, à accoucher, combat là aussi pour la vie, dès la naissance les chiots ne sont pas égaux, certains sont morts-nés ou malades et éliminés. Dure loi de la vie. Randall et Junior aussi participent à cette lutte de tous les jours, la violence familiale est latente , en particulier entre Skeeter et son père. Skeeter est aux petits soins pour China et sa progéniture, son père obnubilé par l'argent qu'est susceptible de rapporter l'ouragan qui s'approche....Ces deux conceptions de l'urgence ont du mal à cohabiter, les enfants et les adolescents jouent, comme tous le américains des quartiers défavorisés, au basket....le père maugréé pour un oui ou pour un non....Les jours passent...l'ouragan est baptisé Katrina ce qui fait dire au père, "un nom de gonzesse, ce sont les pires"...Hélas, il ne se trompait pas.
Ce monde est dur et cruel pour les humais comme pour les animaux.
Un portrait saisissant d'une fratrie noire américaine du Mississippi, pas des pauvres blancs comme c'est souvent l'habitude dans les romans du sud, ici ce sont des gens de couleur plutôt misérables. Leurs préoccupations sont les mêmes ! Survivre !
Toute la famille avec la narratrice au prénom Esch aussi étrange que certainement imprononçable ! Petit bout de femme, son innocence est loin derrière elle et en tant que fille, elle remplace la mère décédée. Mère elle le sera sûrement bientôt car elle est, malgré son jeune âge, enceinte. Elle invoque très souvent la mythologie grecque en particulier Médée et Jason enjolivant ainsi ses relations avec Manny qui lui irait volontiers voir ailleurs. Skeeter aime par dessus tout les chiens et en particulier China. Mais cet amour pour, très profond qu'il soit, n'en est pas moins très intéressé ; un chien de combat doit rapporter de l'argent et pour cela il doit être en forme et gagner !
Beaucoup de personnages secondaires, surtout des jeunes le père étant le seul adulte mentionné parmi les vivants.
Une écriture simple proche du parlé qui colle bien au récit du quotidien d'une famille rurale du sud profond même si parfois la tournure de certaines phrases surprend, avec l'absence totale de négation pas de ne ou de n'!
J'ai malgré tout un sentiment mitigé à la lecture de ce roman qui se lit relativement bien mais de là à avoir été couronné (à la surprise générale, si j'en crois la quatrième de couverture) du prestigieux "National Book Award", il y a un monde que je ne franchirais pas, malgré un final très réussi.
Extraits :
- La petite chienne ouvre la gueule et son ventre se gonfle. La fille de sa mère. Une guerrière. Elle respire.
- Un cœur de fille qui se laissait prendre par les autres avant lui, parce qu'il le voulait, pas parce que je leur donnais. Je les laissais faire car pendant un moment j'étais Psyché, ou Eurydice, où Daphné.
- La seule chose que j'ai jamais fait facilement, comme nager, c'est l'amour quand j'ai commencé. J'avais douze ans.
- Les riches portent des polos marins, des pantalons à pinces, et les autres des treillis et des vestes de camouflage.
- Je suis sûr qu'il y en aura une à qui il plaira. Il y a toujours une fille pour tout le monde. Il a pas trop l'air d'y croire, lui.
- Et China sourit tranquillement comme une dame bien habillée le jour du 4 juillet que les messieurs trouve jolie.
- Quand elles ont qu'un mec, les nanas sont comme ça. Sûres d'elle comme si l'amour les plantait dans la terre avec des racines comme un chêne.
- Il remet la radio. Le rappeur a une voix d'écureuil.
- Il rentre entre le pouce et l'index de la maison, qui se renferme sur lui. Maintenant, c'est les nuages jusqu'à la fin de la journée.
Éditions :Belfond (2012)
Titre original : Salvage the Bones (2011)

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