Dinard
Dinard. Essai d'autobiographie immobilière.
Jean ROLLIN (Textes)
Kate BARRY (Photos)

Note :3 /5.
So British !
Ayant à une époque de ma vie espéré habiter Dinard, et sachant que c'est une des plus belles villes de Bretagne, en tout cas une de celles qui ont une renommée internationale, ce livre m'intéressait. Le fait qu'il soit agrémenté de plusieurs photos était une raison supplémentaire, la photo étant un de mes passe-temps préférés.
Naître ou ne pas naître, tel pourrait, pour parodier Shakespeare, être la question que se pose l'auteur. Ben non, son interrogation est la suivante : de qui, sa mère ou sa grand-mère? où Dinard ou Congo? et à quel âge? Vous comprenez aisément qu'il y a de quoi déstabiliser tout enfant en âge de comprendre surtout que le premier spectacle auquel il assiste et que sa mémoire se souvienne est le couronnement de la reine d'Angleterre Élisabeth II!
Promenade dans les souvenirs d'enfant de l'auteur qui, il le reconnaît, lui-même éprouve une sorte de fascination partagée par beaucoup de monde d'ailleurs pour diverses raisons pour Dinard.
Ville étrange, sorte de colonie britannique en Bretagne, n'y trouve-t-on pas une avenue Édouard-VII, une villa dénommée Greystones entre autres!
On suit, il faut bien justifier le titre de l'ouvrage, les pérégrinations de l'auteur à la recherche d'un bien immobilier. Avec vue sur la mer cela va sans dire. Mais hélas et pour des raisons bassement matérielles, il est nécessaire pour l'auteur de revoir ses prétentions à la baisse.
Effectivement, vu le paysage grandiose, les prix sont à la hauteur du décor. Alors rêvons devant les noms des lieux d'ici : Saint-Enogat, Saint-Briac, Saint Lunaire, Port Blanc etc..etc...
J'ai une affection particulière pour deux personnages de ce livre, pas les plus importants, mais à mon goût les plus attachants. La grand-mère de l'auteur bien sûr, qui comme tous les gens vivant à cette époque, étaient dans la crainte de la pénurie alimentaire et stockait beaucoup! L'autre est Marie la vieille bonne, qui comme sa patronne est d'un anticléricalisme virulent, capable d'apprendre à l'auteur cette ritournelle :
-L'enfer est un petit chemin de fer qui transporte des pommes de terre jusqu'en Angleterre".
Cela quelque part déculpabilise un enfant.
Quelques personnages plus célèbres, Lord Russel qui fît construire une des premières villas de la station balnéaire, ou encore Rochaïd Dahdah, pseudo comte libanais, mais homme d'affaires avisé, et promoteur immobilier.
Que dire de cet ouvrage ? Qu'il ressemble plus à une récréation littéraire qu' à un livre. Souvenirs et mélancolies, pas mal de réflexions ironiques au sujet de lui-même, de dérision même. Il semblerait que l'auteur ait vraiment voulu se faire plaisir. A-t-il fait plaisir à son lecteur ? J'ai personnellement quelques doutes.
Les photos quant à elles pâtissent de leur petite taille. Malgré cela certaines sont très belles et l'angle de prise de vue relativement original.
Extraits :
- Je ne me souviens plus, en revanche, des dimensions exactes du jardin de ma grand-mère (d'ailleurs tout le monde s'en fout, il faut bien le reconnaître).
- Tenez-le-vous pour dit : tout ce que je raconte ici pourrait aussi bien être qu'un tissu de mensonges.
- Suivi une chambre de l'ancien hôtel Gallic, à laquelle sa vacuité, et l'obscurité due à son exposition défavorable, conférerait un caractère sépulcral.
- Puis un appartement (avec vue sur la mer) dans une sorte d'HLM balnéaire prématurément déglinguée. Non, décidément, rien de tout cela ne m'intéressait.
- Ce qui fait de la neige une féerie, quelque soit l'endroit où elle tombe, est multiplié lorsque c'est au bord de la mer que ça se passe.
- Elle me plut beaucoup, même si je ne suis pas sûr, de mon côté, lui avoir fait bonne impression.
- Elle me plut au plus haut point que j'aurais pu épouser sur-le-champ, si elle en avait exprimé le désir, ou, à défaut si elle n'avait pas manifesté une opposition résolue à ce projet matrimonial.
Éditions : La Table Ronde (2012).