1000ème chronique !
C'est un pur hasard que ce livre soit la millième chronique littéraire de ce blog. Avec un peu de recul, c'est en fait une très bonne chose, ce récit a été un des éléments qui ont contribué à faire de moi ce lecteur que je suis devenu bien longtemps après cette première lecture.

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Sur la route.
Jack KEROUAC.

Note : 5 / 5.
Au bout du chemin....
Je pense qu'il n'est pas réellement nécessaire de présenter ce livre. Objet culte pour certains, œuvre plutôt mineure pour d'autres. La récente sortie d'un film, après cinquante ans d'atermoiements, et sa présentation à Cannes remettent ce récit en pleine lumière.
Je l'ai relu plusieurs fois, l'ayant sous diverses éditions, toutes très anciennes comprises entre 1960 et 1972. L a couverture est d'époque ! En format livre de poche, il a été de tous mes voyages et déménagements.
J'ai envie de relire cette version, avant de m'attaquer à la nouvelle. Je ne vais pas ici reprendre la litanie des voyages, des kilomètres de routes, des nuits à la belle étoile, je parlerai de cela plus tard pour la lecture du rouleau original.
Il est primordial de se souvenir que ce livre commence durant l'hiver 1947. La première édition américaine date de 1957 (la première française de 1960). L’Amérique d'après-guerre n'est déjà plus, peut-on déjà parler de nostalgie ou de refus de la norme de l'American Way Of Life? Certainement un peu des deux. Une grande partie de la jeunesse va contribuer au succès de ce récit.
La découverte d'un Eldorado perdu, traverser les U.S.A par tous les moyens, stop, voitures volées, bus aussi et souvent, et enfin voir la baie de San-Francisco la Mystique! Tels sont les buts de Dean et de Sal, l'un est le leader naturel, le second le narrateur......
La vie en marge des sentiers battus de la société américaine, celle des routards (volontaires ou par obligation), des travailleurs saisonniers, ombres magnifiques ou déchues de la nuit américaine.
Les personnages principaux sont bien sûr Dean Moriarty (Nel Cassady) et Sal Paradise (Kerouac lui-même) dans une saga motorisée et vagabonde, de ville en ville de la côte Est à la côte Ouest des États-Unis et vice et versa.
On croise entre autres des figures de l'époque, en particulier Old Bull Lee ( William Burroughs) qui d'ailleurs n'éprouve aucune sympathie pour Dean. Marylou, jeune épouse de Dean, qui demande à Sal de coucher avec elle....ce qu'ils feront plus tard, Camille autre épouse de Dean....etc....
Ma vision du monde ayant bien évidement changé mon ressenti pour ce livre également. Connaissant mieux la vie et l’œuvre de Kerouac, mon œil est plus critique et le vent de liberté qui semblait émaner de ce livre s'est bien atténué.
L'époque de mes différentes lectures n'est plus la même, à 20 ans on rêve d'améliorer le monde, maintenant il me fait peur!
C'est toujours un très grand livre, peut-être plus pour ce qu'il représente que pour ses qualités intrinsèques. Ses qualités sont qu'il na pas vraiment vieilli et n'est pas démodé, ni ringard, ce qui explique qu'il soit encore lu. Nombreux sont les écrivains bretons qui rendent régulièrement hommage à Jack, Patricia Dagier et Hervé Quémeneur pour leur ouvrage "Kerouac, Breton d'Amérique", Hervé Bellec, Alain Jégou ou aussi Jacques Josse sont des fans de longue date.
A noter qu'il est question de sexe souvent, d'alcool pas mal, mais nettement moins de drogues dures! Est-ce venu après ou la censure a t'elle fait son travail?
Je vais terminer cette chronique par une phrase, au tout début de ce livre, d'apparence anodine, mais, me semble t-il, prémonitoire de ce que sera la vie de Jack :
-....et je trainais derrière eux comme je l'ai fait toute ma vie derrière les gens qui m'intéressent, parce que les seuls gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvé.....
A sauver les autres ne s'est-il pas perdu lui-même !
Extraits :
- Quelque part sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout quoi., quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.
- Je regardais le camion s'enfoncer dans la nuit.
- Les dix journées qui suivirent furent, comme le dit W.C. Fields, « lourd d'un périple éminent » - et démentielles.
- L'air était doux, les étoiles si belles, si grandes les promesses de chaque ruelle caillouteuse que je croyais rêver.
- Il y a, dans l'Est, quelque chose de brun et de sacré ; mais la Californie est blanche comme la lessive sur la corde, et frivole - c'est du moins ce que je pensais alors.
- Elle comprenait Dean ; elle passait la main dans les cheveux ; elle savait qu'il était fou.
- C'était les premiers temps de son mysticisme, qui devait l'amener plus tard jusqu'à une étrange sainteté déguenillée, à la W.C. Fields.
- Où aller ? Que faire ? Dans quel but ? .... Dormir. Mais cette équipe de déments était bandée vers l'avenir.
- Ajoutez le brouillard, le brouillard âpre qui affame, et les pulsations du néant dans la nuit douce, les talons hauts des femmes sur le trottoir, les colombes blanches dans la vitrine d'une épicerie chinoise....
- Voilà ce que Dean était, le GLANDEUR MYSTIQUE.
Éditions : Gallimard /NRF. Du monde entier (1960)
Titre original : On the road. (1957)