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Delhi Noir.
Collectif (Présenté par Hirsh Sawhney).

Note : 4 / 5.
Delhirium Trèsnoir.
Encore une ville en noir.....Delhi dans le sous-continent indien, cité trois fois millénaire, racontée en quatorze nouvelles, séparées en trois parties dont les noms sont expliqués dans une préface d'Hirsh Sawhney. « Avec vous, pour vous, toujours » qui est la devise de la police. « Jeunistan » tiré du titre d'une publicité de Pepsi. « Ville emmurée, ville du monde » est le nom d'une campagne du journal « Times of India », pour encourager les habitants de la ville à oublier leur passé souvent dramatique. Nos guides pour cette exploration de la ville : Omair Ahmad, Nalinksha Bhattacharya, Siddharth Chowdhury, Radika Jha, Ruchir Joshi,Tabish Khair, Palash Krisna Mehrotra, Meera Nair, Manjula Padmanabhan, Uday Prakash, Hirh Sawhney, Irwin Allan Sealy, Mohan Sikka et Hartosh Singh Bal.
Montons dans un « rickshaw » et à nous l'aventure !
« Comment j'ai perdu mes habits » est un texte complètement loufoque...enfin au premier abord. Car en y regardant de plus près, c'est un réquisitoire humoristique, mais efficace contre la société. Le narrateur après une absorption de drogue se retrouve nu comme un ver : pas évident de rentrer chez soi. Mais la fortune vient à qui sait la saisir.....transformer l'amour en argent.... et installer un hôtel de passe dans un mausolée, idée de génie !!!!Un conducteur de rickshaw nous entrainera sur son engin à trois roues dans le sillage de gens peu honnêtes. Les cobras sifflants sont des choses, mesdames, qu'il est préférable que l'inspecteur Raghav Bashi ne connait pas sur vous....sinon votre statut d'épouse vertueuse risque de tomber de son piédestal...les inspecteurs tombent aussi...parfois....plus dure sera la chute ! Dans « L'aunty des chemins de fer » c'est grandeur et décadence d'un jeune homme bien sous tous rapports, amateur d'échec. Mais à force de jouer au fou du roi, de prendre tours et reines...l'échec arrive et lui sera mat. Un récit plein de vices et de violences sexuelles.
Plusieurs nouvelles se passent dans le monde de la presse et de ses turpitudes ! Un journaliste qui apprend, mais ce n'est pas réellement une surprise, que selon que l'on soit pauvre ou puissant, la justice n'est pas la même !
Delhi a une histoire, mais si son avenir est celui décrit dans la dernière nouvelle au titre prémonitoire « Abattage sélectif »....quelle ordure la vie ! Un texte futuriste qui fait froid dans le dos.
Des personnages pour le moins surprenants, une détective vêtue d'un chemisier et d'un short ! Un homme qui après avoir abusé de la frangine (et non pas de sa) se fait piquer ses vêtements par un frangin de drogue....et qui de ce fait se promène nu ! Un policier lubrique, une tante un peu maquerelle, une femme qui se consume d'amour....mais avec du kérosène ! D'autres flics bien ripoux, les pourris sont-ils consommables au curry ? Les femmes adultères sont, elles, très consommables en sari, les maris sont absents..alors certains en profitent ! Un vieux Sikh et un jeune garçon étrange duo et pourtant associés pour le meilleur et pour le pire ! Le sordide côtoie le terrorisme ethnique et religieux, le sang et la misère. La corruption semble être un sport national et le meurtre une manière politiquement correcte de faire taire ses ennemis ! Dépaysement assuré...même si parfois il faut s'accrocher car les mots ou expressions locales sont nombreuses, pour la vie courante, habillement ou nourriture entre autres ! Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le sexe est très présent ! Gigolos, Tante- Maquerelle, cela copule pas souvent gaiement, à l’université ou ailleurs, pas toujours très moral et parfois avec violence !
Un pays qui oscille entre traditions et modernité, mais qui semble garder le plus mauvais de ses coutumes et prendre le pire du libéralisme à la mode occidentale !
La désormais habituelle playlist musicale, avec les Beatles et « Happiness is a Warm Gun » titre qui ne dénature pas dans le paysage. A noter également une référence à la romancière Arundhaty Roy en manifestante écologique !
Extraits :
- Elle pouvait entendre de l'argent, beaucoup d'argent, dans cette voix. Une vieille fortune. C'était une voix produite par l'argent et par des générations de relations.
- Ce qui prouve ce que j'avais toujours pensé, que l'Inde était un pays d'idées et pas d'action.
- Le mur que toutes les femmes blanches ont en elles s'est dressé. Il était encore plus dur que la pierre.
- J'avais appris tout seul à jauger les gens, à repérer les pigeons et les désespérés. Dans mon métier, c'est une capacité essentielle pour survivre .
- Le jour où l'ennui s'est finalement dissipé, j'étais en train de penser à une nouvelle nana du bureau, un changement bienvenu par rapport aux magasines en lambeaux éparpillés sous mon lit.
- Mais rien ne nous oblige à apprécier nos bienfaiteurs.
- Elle était complètement imbue d'elle-même : elle voulait juste exploiter l'Inde, comme tous les étrangers.
- Le bonheur cache ses racines dans l'argent. À partir de là, un arbre de plaisir peut pousser, fleurir et porter les fruits de la joie.
Éditions : Asphalte (2012).
Titre Original : Delhi Noir (2009).