FOURIER Claire / C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes.

C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes.
Claire FOURIER.
Note : 4 / 5.
Le fil d'Ariane.
Quatre jours c'est le temps que dure ce récit, c'est aussi la quatrième œuvre de Claire Fourier sur ce blog. Ici le ton est différent, plus intimiste (mais peut-on être intimiste quand on écrit un livre destiné à être publié donc lu ?) et sûrement plus personnel aussi. Du vendredi au lundi, de l'annonce de la mort à la fin de la cérémonie, et la description de ces jours que l'on n'oublie jamais, même plusieurs mois après.
Claudie arrive dans le Finistère où est située la maison familiale, sa mère est décédée brutalement. Nous la suivrons du vendredi au lundi, grâce à ce texte écrit quelques temps après.
Ariane était veuve depuis de nombreuses années, seule également, n'ayant pas tenté de refaire sa vie. Elle vivait dans un grand sentiment de peur incontrôlée, cette mère qui ne fut pas exempte de reproches, omniprésente, profonde sans en avoir l'air, insaisissable et changeante. Elle est morte d'après sa fille de solitude et aussi usée par les grossesses successives, quatre enfants en peu de temps, Claudie se rappelle la pension à partir de dix ans, le logement trop petit et les enfants turbulents comme tous les autres. Les deux femmes se ressemblaient physiquement beaucoup, mais la mère tente de garder une emprise sur sa fille par des lettres et des coups de téléphone qui est, dit-elle, son seul luxe ! Elle était très critique pour juger des écrits de sa fille ; en citant« Métro ciel » elle parle d'explosions hormonales, et se demande aussi pourquoi avoir écrit « Vague conjugale ». Les jours passent, l'émotion est toujours présente, mais la vie pour le reste du monde continue tant bien que mal, il faut préparer les funérailles, prévenir la famille, s'occuper des papiers, choisir le cercueil et recevoir le prêtre qui officiera le lundi, préparer éloge funèbre et malgré toute la peine, manger, dormir et accomplir toutes les contraintes corporelles des vivants. Un grand moment d'émotion pour l'auteure (moment que je partage) est l'écoute dans l'église, au cours de la cérémonie funèbre du « Kantik ar Baradoz » (Cantique du Paradis) et la malice d'avoir imposé ce chant à sa mère (Castillane) peu portée sur les traditions bretonnes.
Ariane, la mère, être encore plus présent, bien que disparue mais dont le corps est là pour prouver encore pour quelques jours son ancienne existence terrestre. Personnage riche en couleurs et en contradictions, à la fois énervante et attachante.
Claudie, (Caudie comme l’appelle sa mère) subit ce deuil inattendu de plein fouet, tente d'assumer mais le corps présent et le fantôme passé d'Ariane envahissent sa pensée et ravive son chagrin.
Roland le fils, Odile son épouse font partie de la famille et sont les proches voisins d'Ariane et une aide précieuse pour Claudie.
A noter la présence d'un personnage que je qualifierai d'historique, un dénommé Alphonse Arzel député maire de Ploudalmézeau célèbre pour son combat contre le groupe pétrolier Amoco suite à la catastrophe de l'Amoco-Cadiz. Un clin d’œil bien mérité.
Un huit-clos dans une maison entre une femme et le corps de sa mère décédée, avec tout ce que cela comporte d'émotions, de souvenirs, de regrets ou de remords et de tentatives pour nier la situation. Mais Ariane est morte, ce fût brutal, inattendu, mais hélas bien réel !
C'est comme d'habitude chez cette auteure bien écrit sur un sujet pas très évident, une femme confrontée à la mort de sa mère et devant gérer son émotion, mais aussi les tracas administratifs, ainsi que les souvenirs dus au fait de revenir dans une demeure où elle a vécu jadis.
Un livre que j'ai beaucoup aimé mais dont j'ai du mal à parler tant il me semble décrire des sentiments très (trop ?) personnels.
Extraits :
- Ma mère est morte de mort subite.
- Au moment voulu, je n'étais pas là. Depuis un an, je me répète ça.
- Puisque je reconnais les noms, puisque je lis tout : Brest, Saint-Renan, Ploudamézeau, je reconnaîtrai maman tout à l'heure.
- Je suis sidérée. On dirait que maman sourit. Pas à moi. À son sort. Au destin qui sauve. Je lui trouve un air illuminé, quoiqu'absent.
- Maman vient de mourir, une mémoire atavique sort de l'ombre.
- D'ailleurs, j'ai sommeil. Aurais-je envie de dormir si maman était morte ? Le sommeil va chasser le cauchemar et me rendra a la saine réalité.
- Je me laisse aller à un doux,- momentané- silence mortel.
- Sa mort et ma mort : entre les deux, mille lieues.
- Ta mort et ma mort : entre les deux, un trait d'union.
- Au vrai, je ne ressemble pas à ma mère. Elle, une femme d'oral avant tout ; moi d'écrit. Extravertie, et a fait de moi une introvertie.
- Je t'en supplie, je t'en supplie, réponds-moi...PARLES MOI .
- Ici je coïncide avec moi-même. Le vent, la pluie, rien de gai, rien que du profond. Ici est mon habitation nodale, île pour la nageuse perdue en mer, lieu générateur de sacré à la jonction des temps.
Éditions : Bartilla (2002).
Autres chroniques de Claire Fourier :
Métro ciel suivi de Vague conjugale.
Je vais tuer mon mari.
Les silences de la guerre.
Le CORRE Hervé / Derniers retranchements.

Derniers retranchements.
Hervé Le CORRE .
Note : 5 / 5.
La vie en noir.
J'ai lu il y a longtemps, « Les effarés » d'Hervé Le Corre, mais pas encore « L'homme aux lèvres de saphir ». Un recueil de nouvelles est, je pense, un bon moyen de redécouvrir cet auteur.
« Tenir » ou simplement survivre, c'est malheureusement par les temps qui courent souvent l'unique préoccupation d'une certaine couche de la société... et pour Jessica il n'est pas évident de faire cohabiter Tony, son fils et Christophe, son compagnon.
Famille aussi pour Sandra, enfin ce qu'il en reste, les mômes, le père est parti pour une autre, Bianca la chienne trouvée dans un buisson, une vie de chien oui, mais un jour tout dérape.
« La troisième personne ». Un homme qui parle, une femme qui se tait, la voiture qui avale les kilomètres, une rencontre inopportune et la mort au bord de la route. Un texte très fort qui présente la particularité d'avoir sur dix pages deux narrateurs.
« Il parait » est un des plus beaux textes de ce recueil, la misère humaine des uns, l’appât du gain pour d'autres...mais parfois la vengeance est en marche. Une histoire qui fait froid dans le dos !
« Le dernier jour » ce vieil homme aurait aimé que, pour son épouse, il fut paisible, mais un couple vient le gâcher....comme cela par sadisme, gratuitement, avec comme décor le calme d'un paysage de montagne.....Un récit très prenant..la vengeance au bout du chemin et la mort dans l'eau d'un lac....
« L'arrestation qui vient » traite d'un sujet peu utilisé dans la nouvelle, un conflit social dans une usine. Le narrateur est chez lui, fusil à la main et il attend les forces de l'ordre, comment ce qui démarre comme une grève des ouvriers pour sauver leurs emplois risque de se terminer par un bain de sang...perdu pour perdu....
« Se taire » clôt en beauté et en horreur ce recueil ! Un père va, sans le prévenir, chercher son fils à l'école. A sa grande surprise, il le voit monter dans un 4X4...Poussé par l'instinct et la curiosité il les suit, il retrouve d'autres jeunes. Ils rentrent tous ensemble dans un appartement, le père reste caché et découvrira après leur départ une scène d'horreur ! Il prévient anonymement la police, mais vis à vis de son épouse et de son fils, il ne dit hélas rien !
Des êtres à la ramasse comme on dit si poétiquement ! Des hommes et des femmes qui portent toute la misère du monde sur leurs épaules, et cette misère est immense. Un écrivain veilleur de nuit dans un hôtel apprend à ses dépends qu'il ne faut pas attiser la flamme, ni mettre de l'huile sur le feu ! L'une veut partir, lui pas trop, mais la vie est pleine de surprise...et pas souvent agréable ! Une bande de gamins sous l'emprise d'un adulte pervers, cela donne des scènes d'horreur et de barbarie à l'état pur.
C'est très bien écrit, très actuel et presque banal, le monde moderne dans toute sa démesure. Les difficultés de tous les jours poussées à leur paroxysme. Certaines nouvelles sont terrifiantes, presque toutes d'ailleurs !
Un très bon moment de lecture, un excellent recueil, avec en prime un clin d’œil à Raymond Chandler et à quelques autres à qui la nouvelle « De l'autre côté du trottoir » est dédiée.
Extraits :
- Puis Christophe avait fait son apparition, rude, silencieux, travailleur. Vaillant comme une épée, disait-on de lui. Avec un homme à la maison, ça ira mieux, assuraient les voisines.
- Pour une fois qu'elle innovait. Ils n'ont pas aimé, encore. Elle a l'habitude. Douze ans qu'elle fait la bouffe dans ces dix mètres carrés de cuisine aménagée comme elle a pu : beaucoup d'occase, peu d'opportunités. Rien de très neuf.
- Elle ne voulait plus depuis dix jours que tu la touches. Elle était revenue auprès de ton fils, ce veau arrogant, ce cocu de films italiens.
- ….le papier pue moins quand il flambe que la chair humaine. Ne soyez pas choqués. Il ne s'agit que de moi.
- Il paraît que c'était de l'antigel. Ils mettent ça dans les voitures parce qu'il paraît que dans certains pays mêmes les voitures ont froid.
- « Pour aller où ? C'est partout pareil. La même merde. Et puis on n'est pas encore mort ! »
- Je préfère me farcir la sale gueule des clients que le cul des grabataires. Voilà comment elle tranchait. Vous n'aviez rien à rajouter à ça.
- C'est ce que j'aurais dû lui dire, je le sais maintenant.
- Mais à présent le grand froid ne vient plus. N'ose plus. C'est presque une mémoire qui se perd. Une surprise, parfois au petit matin qui vous passe sur la nuque sa main glacée à la façon de certains fantômes.
- Combien de morts suicidés ou détruits à petit feu après l'effondrement de la petite vie qu'ils s'étaient forgés ?
- Sauf qu'ils ne sont pas stupides. Ils viennent avec leur idée préconçue : les ouvriers sont des crétins qui n'ont que ce qu'ils méritent et s'accrochent à des emplois coûteux ou inutiles.
- …. on s'était mis à somnoler comme de vieux cons devant un beau film, insensible aux efforts de Jack Nicholson pour piéger un tueur de petite fille. *
- J'étais coincé. On était coincé tous les trois.
Éditions : Rivages / Noirs ( 2011).
*La promesse d'après le roman de Freidrich Durrenmatt. (note personnelle).
Autre chronique d'Hervé Le CORRE :
Les effarés.
JOSSE Jacques / Café Rousseau.
Trilogie bretonne et maritime. Part 3.
Café Rousseau.
Jacques JOSSE.
Note : 5 / 5.
Au port !
Entre le bistrot et l'église, entre la vie et la mort !
L'avantage avec les livres de Jacques Josse, c'est que j'ai l'impression d'être en pays connu!
Normal me direz-vous, ce livre se passe chez moi ! Dans « Les buveurs de bière » le bistrot se situait à Bréhec. Ici l'action se déroule entre Plouha, Gwin-Zégal, Pors-Pin, sur la côte du Pays Goëlo, pas très loin en fait.
Quatre parties :
Mardi, dix-sept heures ; Les solitaires ; Au milieu des ruines ; Don des morts.
Un camion passe en trombe .....les vieux sont aux aguets....le chauffeur est en forme aujourd'hui...
Un bourg, un bar, un café plutôt, du nom de son propriétaire Rousseau, une église et un curé Inizan, et un monde pas si hétéroclite que cela ! Rousseau est en fin de vie, son ventre est comme une baleine, son nez comme une fraise avinée et son foi comme sa foie ne sont plus que des souvenirs lointains. Le père Inizan vient l'aider dans ce dernier voyage immobile. Entre le curé et le bistrotier, une certaine connivence s'est établie au fil du temps et à eux deux ils détiennent tous les secrets du village. Les homme parlent après boisson, les femmes à leur confesseur ! Et des secrets le bourg en possède son comptant ! Ici comme ailleurs des choses peu recommandables sont enfouies au fonds des armoires sous les piles de draps à l'ancienne.
Iniza, au chevet de son ami, se souvient de son arrivée dans cette paroisse, où il ne fut pas particulièrement le bienvenu, Rousseau devant faire le coup de poings contre un de ses clients. Rousseau révèle au curé la vérité sur LeHer, celui qui a assassiné sa mère, purgé sa peine et est reparu un jour.....puis il est mort la tête haute comme il a toujours vécu ! Rousseau part et repart encore et encore, il revoit son ami Nikos Kavvadias, officier radio dans la marine grecque, le poète des maisons borgnes.....La mort, elle avance à pas lents, mais sûrs...les deux hommes la sentent venir inexorablement, le dernier voyage de Rousseau sera son plus court.....le cimetière du bourg.....
Peu de temps après un camion traverse en trombe un village.....Popeye aux commandes....il pense faire peur aux vieux.....
Rousseau, le colosse ancien de la « Marchande » se meurt dans son lit ; rongé par les excès en tout genre surtout alcoolisés, cloué au lit, il voyage entre deux délires et deux corps de femmes dans les bordels d'Amérique du Sud ou d'ailleurs. Il revoit ses amis marins, revit leurs bordées, se souvient de certaines maisons closes et quelques-unes des pensionnaires...Et cette fin de vie ici à servir à boire à des hommes pas toujours responsables.
Le curé Inizan, brave homme qui a quelques soucis avec l'abstinence alcoolique et surtout sexuelle. Faut dire que certaines de ses paroissiennes ne l'aident pas beaucoup....mais de son côté il a parfois les mains baladeuses. Une petite gorgée de remontant parfois c'est pas pêché surtout avec les gens qui l'entourent qui sont, eux, des adeptes de la dive bouteille !
Beaucoup de personnages et de forts en gueules, hommes bruts de coffrage et femmes non abruptes de corsages ! Le professeur Caroff, manutentionnaire mais penseur, Nid'pie braconnier décédé dans sa voiture, le fossoyeur qui n'aime pas faire attendre les trous qu'il doit creuser.Hubert le simplet du village un peu obsédé sexuel, la femme qui aime les apéritifs mais houspille ses chats, la boulangère à la poitrine farineuse, Mélanie qui respire la joie de vivre, l’infirmière qui fait tourner la tête du curé.... Des poétesses et poètes dans leur genre !
J'ai une tendresse particulière pour les écorchés vifs : Brendan Behan, Kerouac, Dylan Thomas, tous ces celtes abandonnés sur le bord de la route, hommes trop entiers plongés dans leurs délires alcooliques. Ici ce sont tous les personnages qui sont un peu paumés trop d'embruns et d'air iodé, alors buvons avant d'avoir soif !
Un excellent roman qui fut, il est bon de le rappeler, lauréat du « Prix du livre de la ville de Carhaix » en 2001.
Extraits :
- À tous les coups, il va livrer chez Rousseau.
- Depuis, il a du sang noir dans les veines. Il guette des sirènes dans la pénombre. Là c'est une balise qui hurle, ici un steamer qui croise...
- L'écume est du blanc d'oeuf qui halète sur la crête des vagues. Elle possède le goût du houblon, l'amertume des maltes du Nord, brassée dans les cuves de brume, à Rotterdam, à Stockholm ou à Hambourg.
- Au début, le comité d'accueil fut des plus froids. L'humeur vache des cloportes des falaises était de sortie.
-...depuis, Inizan dopé au vin de messe ou à l'élixir du Goëlo, tient la dragée haute aux vivants et aux morts du village.
- Hier, il était à Bornéo, aujourd'hui à Tanger..... vous savez, il va aller comme cela jusqu'au bout.
- Nikos, c'était le lyrique des maisons borgnes.
- Ces dons, qui naviguent entre paroles et non-dits, ils ne peuvent provenir des habitants du village. Chacun détient sa part de mémoire.
- Le temps pour elle de faire sauter un à un les boutons de son corsage, découvrant avec lenteur sa gorge farineuse et ses longs tétons bruns pointés à travers des grilles en losange du confessionnal.
- Quelque part une horloge sonne dix heures du soir. Une autre puis une autre encore appellent alentour la même litanie. C'est à Lanloup, à Brehec, à Plouézec....
- Celui-ci a tranché. Il lui dicte ses ordres : il faut mettre définitivement le cap sur le cimetière du bourg.
Éditions : Éditions de la Digitale (2000)
Autre chronique de l'auteur :
Les buveurs de bière.
Ouvrage collectif avec la participation de Jacques Josse :
Kerouac City Blues.
JÉGOU Alain / Passe Ouest suivi d'IKARIA LO 686070.
Trilogie bretonne et maritime. Part 2.
Passe Ouest suivi d'IKARIA LO 686070
Alain JÉGOU.
Note : 5 /5.
En mer.
Vogue la galère !
Je rencontre relativement souvent Alain dans les différentes manifestations littéraires de la région de Lorient, malgré certaines affinités littéraires, Kerouac en particulier, je l'ai peu lu.
Sur la mer il y a deux sortes de gens : les marins ou les plaisanciers sportifs. Pour les premiers la mer est toujours un lieu de travail, pour les autres une aire de jeux, les uns gagnent durement leur vie, pour les autres leurs sponsors brassent des sommes pour le moins colossales ! Et par décence, je ne parle pas du dessus du panier de crabes, les voiliers de la « Coupe de l'América ».
Revenons à nos poissons.
Deux récits proches dans l’inspiration, mais avec 10 ans d'écart dans l'écriture. Des scènes de la vie quotidienne sur un fileyeur lorientais, entre l'île d'Yeu et les Glénans.
Les titres méritent une explication « Passe Ouest » est le nom du chenal qui permet de quitter le port de de Lorient pour gagner les zones de pêche du large. Ikaria Lo 686070 est le nom de son bateau et le numéro d’inscription au registre des affaires maritimes de Lorient.
La pêche, mot fascinant qui inspire dévotion, haine ou rejet....une des vies les plus dures qu'ils soient dans un élément qui pour l'homme n'est malgré tout pas tout à fait le sien.
« Passe Ouest » donc commence ce livre, avec une phrase que j'aime beaucoup, l'abus de pouvoir des éléments sur la vie à bord ! Les « quotas », ce mot qui dorénavant régente tout, mais les naufrages et autres drames se foutent des techniciens de Bruxelles. Des hommes et des oiseaux, les goélands par exemple ces feignants des mers. Les conditions de vie à bord, les paillasses trempées, le sommeil réparateur qui ne répare plus rien, les chairs blessées et rongées par le sel, les marées et les filets à relever....et parfois cette question....qu' est-ce que je fous là ? Et la pensée des copains d'école qui eux ont choisi la terre ferme.....un bureau, une famille, la chaleur et le confort !
« Ikaria Lo 686070 »: Des textes très courts, une écriture qui peut paraître spontanée, et un récit plus long sur un naufrage et un sauvetage. Un hommage à Daniel Carriou, capitaine du « Renard des mers », homme courageux et fin marin !
Des lieux dits aux noms évocateurs (souvent en breton) de mystères, mais aussi de durs labeurs donnent le titre à de très courts chapitres :
Toull Koch, Menez Kei, Baz Ar Vretoned, Poul Glaou, Toull Lec'hid, Trou du Beg Ar Men, Pen Y Gwalenn................
Portraits croisés d'hommes mais surtout réflexions personnelles sur la vie entre terre et mer, les conditions de travail, le défoulement et certains excès à terre, l'alcool et les femmes.....quand enfin plus rien ne tangue, ni ne remue ! La liberté perdue, les lois et les contraintes qui peu à peu transforment les ports en cimetières où ne se retrouvent plus que des voiliers souvent ventouses ! Un « personnage » ce vieux bosco rescapé des temps immémoriaux qui trimballait son ennui et ses souvenirs à Kéroman (Port de pêche de Lorient).
Un document, mais sans la sécheresse (façon de parler) du documentaire, Alain Jégou donne de la poésie et du lyrisme à son écriture.....tout en allant au principal, la vie à bord....Si Kerouac avait écrit sur les marins pêcheurs des ports du sud Bretagne, cela aurait fortement ressemblé à ce livre.
Un grand moment de lecture, de grandes bouffées d'air iodé, de situations angoissantes. J'ai toujours beaucoup d'estime pour ces marins....certains de nos dirigeants devraient passer quelques jours en mer pour apprendre au moins l'humilité !
Le mot de la fin :
- La v'là belle ta passion, lorsque les banquiers, les huissiers, tous les squales à cols blancs t'attendent sur les quais.
Extraits :
- …. toujours le cul entre deux marées, l'espoir entre deux rades et la vie entre deux dépressions.
- Pas de directives ni de contrôle intempestif pour le mépris, l'exploitation et l'abandon.
- Pas de pitié pour les nouveaux larbins de la Communauté bleue.
- Trempées, salées, craquelées, violacées, les chaires exultent tour à tour leurs excédents
d'humeurs et de douleurs muettes.
- Les visages d'aucun sont comme des cartes marines, lardés de failles, de crevasses et de ridules ombrées. Grêlés de cratères et récits et flanqués ou parsemés de platures au galbe lisse et gras.
- N'empêche, j'oublierai jamais la conversation que j'eus en cet après-midi d'un certain mois de mai avec le vieux bonhomme nostalgique.
- Une façon de raisonner, d'éprouver, de se comporter, qui aurait certainement plu au vieux bosco nostalgique.
- Mais combien de nuits râleuses et teigneuses pour une seule docile et câline ? Toujours le questionnement stressant qui rebute et fait reculer le gros des aspirants.
- Nous, 250 kilos pour rentabiliser le rafiot et faire vivre trois familles. Eux, 6000 kilos pour rentabiliser le navire, engraisser l'armateur les actionnaires, et faire chichement vivre une douzaine de familles. Environ 25 fois plus de capture pour seulement trois ou quatre fois plus de membres d'équipage.
- Nous étions neufs, vrais, sincèrement éblouis et gourmands de la vie, et nous pensions différemment, autrement mieux que nos parents.
- Un grand soleil flambant neuf monte de la terre. Vif, chatoyant, écarlate, gorgé de vie de plaisir. Rond et chaud. Rebondi, épanoui. Beau comme un cul de femme.
Éditions : Apogée (2007).
Ouvrage collectif avec la participation d'Alain Jégou :
Kerouac City Blues.
BARDAINE Thérèse / Marin.
Trilogie bretonne et maritime.
La mer et ses métiers!
La mer sur la côte bretonne est présente partout ! De nombreux métiers dépendent d'elle, et donc l'existence même d'une grande partie de la population. On la retrouve aussi dans la littérature, donc voici trois exemples, la vie d'un marin devenu syndicaliste à Paimpol, l'expérience d'un marin pêcheur dans le Morbihan, la mort d'un ancien de la « Marchande » dans les Côtes d'Armor.
Marin *
Thérèse BARDAINE .
Note : 5 / 5.
Entre terre et mer.
Vogue la galère ou fortune de mer ?
Cet ouvrage a été élu en 2011« Grand Prix du Livre Produit en Bretagne/Prix Roman.
L'auteur des notes prises avec Yannick Hemeury décide d'en faire un roman. Donc le dit, le non dit, le vrai et l'imaginaire se mélangent.....d'un simple documentaire, ce texte devient un récit. Ce livre est préfacé, et, de belle manière, par Yvon Le Men.
L’histoire commence par la lecture d'un journal qui annonce un événement qui a bouleversé la Bretagne, l’incendie du Parlement à Rennes :
Yannick n'oubliera jamais le regard de la buraliste :
« Vous avez brulé le Parlement ».
Il était la veille à Rennes, où la manifestation fut musclée, mais rien ne laissait prévoir ce dénouement tragique. Pour Yannick vient le temps des questions, et des méthodes de luttes pour sauver ce qui est et restera sa vie « être marin ».
Yannick quelques années plus tard, « cloué au port ** », atteint moralement et physiquement par des problèmes de hanches, s'interroge . Suite à une petite annonce, il décide de se raconter à Hélène, pour expliquer sa vie et surtout son métier, et l'attrait de la mer pour lui et pour beaucoup d'autres hommes de la région.
De l'enfance sereine malgré la séparation de ses parents, les joies habituelles, les grands-mères, personnages obligés de tous enfants bretons, les tantes aussi, les copains etc....L'école de la marine avec le passage brutal du statut d'enfant à celui de marin, la perte de vue des amis d'enfance, mais au bout du compte, l'embarquement tant souhaité.
Les années de « Mar mar »***, les ports et les pays visités, les expériences de la Pologne au Japon en passant par l'Afrique du Sud, du régime communiste à la ségrégations raciale. Le temps n'est pas le même qu'à terre, beaucoup de choses se passent dans une famille pendant un voyage de plusieurs mois. Yannick compare la dureté des anciennes campagnes des pêches avec le relatif confort des voyages actuels, les temps avaient changé.
Une sorte de nouvelle carrière occupe maintenant Yannick, les comités des pêches, trouver des solutions durables aux problèmes de la pêche, faire comprendre aux pouvoirs publics que l'amalgame entre pêches industrielles et pêches artisanales est une erreur, que cette dernière doit être privilégiée, voire même protégée ! Mais là aussi éternel problème entre les technocrates et le pouvoir de l'argent la voix des hommes a t-elle encore une quelconque valeur ?
Yannick a eu une vie bien remplie en plusieurs épisodes, mais tous liés à la mer , le commerce, la pêche artisanale et la défense contre vents et marées, de sa profession au sein du comité de pêche de Paimpol.
Le rôle de l’environnement familial est primordial pour ces hommes qui souvent sont absents plusieurs mois, d'autres problèmes surgissent parfois, lorsqu'ils sont trop présents à la maison !
Ne pas oublier ici de rendre hommage à l'équipage, solidaire en temps de crise, restant fidèle à Yannick pendant les années où celui-ci était dans l’expectative suite à ses problèmes de santé.
L'auteur, l'autre personnage central, qui découvre un monde qui tout en étant pas très loin géographiquement est une plongée dans l'inconnu, le monde des marins pêcheurs, êtres bourrus peu causants, farouchement indépendants, allant à l'essentiel, mais très attachés à leurs racines.
Pour l’anecdote le nom des bateaux de Yannick, le « Ploueg ar Mor » (La paroisse de la mer) le « Breizh Atao » (Bretagne toujours), le « Breizh ma Bro », (Bretagne, mon pays), « La petite Laurence » qu'il n'a pas débaptisée à l'achat, puis le Frankis (Liberté). Un peu d'humour : Yannick à l'hôpital de Guingamp refuse un repas, dans son assiette....du lapin !
Un livre dont je me sens bien évidement très proche, le Trégor, Paimpol, Plouezec etc....Le monde des marins pêcheurs toujours présent dans ma mémoire ; un de mes oncles, Rémy, exerçait cette profession à Porz-Even, et je suis parti plusieurs fois en mer avec lui durant mon adolescence. La situation familiale, mon père dans la marine marchande absent plusieurs mois par an, la séparation, puis le divorce de mes parents, ce qui à l'époque dans la très catholique Bretagne était pour le moins mal venu ! La grande différence est que mon père s'est toujours opposé a ce que je rentre dans la marine et que la « Royale » ne m'a jamais tenté surtout après y avoir passé seize mois !
Le mot de la fin : cette réflexion d'Hélène devant « Le Mur des Disparus en Mer » du cimetière de Ploubazlanec, (et des disparus en mer la région en a eu plus que sa part) :
« Pour comprendre la vie des marins il faut en passer par leur mort ».
Un très grand livre dont je conseille la lecture même (et surtout) aux gens peu familiarisés avec la vie maritime, la vraie, celle des ports mêlant l'odeur du mazout à celle du poisson mort, aux quais de pierres usées, peuplés de fantômes des péris en mer.
Extraits :
- Il lui avait tout simplement dit de changer de métier !
- Comme d'habitude, la conversation ne s'était pas éternisée avec Gilles, plus taiseux encore quand il patronnait.
- Pas la peine d'en rajouter, ni de signer quoi que ce soit. Yannick connaissait ses hommes.
- Je voudrais parler de ma vie. Je suis né ici, je suis fils de marin, j'ai toujours été marin. Ça explique mes motivations et celles des gars.
- La pêche a une longue histoire à Paimpol.
- As-tu pensé à la forme ? Entretien ? Récit ? Roman ? Pourquoi pas un roman ?
- Tous sont morts dans des circonstances différentes. La mer m'a pris bien des vies déjà. Viens voir, elle est toute proche.
- Les mondes des terriens et des marins se séparent insidieusement par les mots.
- Fils de marin pour la plupart, ces hommes ont grandi au milieu des femmes, des mères, des grand-mères. Il leur en restait quelque chose.
- Ce qui est en jeu pour Yannick était une mort symbolique, celle du marin.
- « Déclassé de la marine » puis « Invalide de la marine » puis « Retraité de la marine », voilà plutôt à quoi il devait s'attendre.
- Ravie au départ par cette énigme, Hélène le suivait perplexe maintenant, en découvrant la plaque à l'entrée- Le mur des Disparus en mer-, elle eut un mouvement d'arrêt.
- Rude, le mot est faible.... les conditions de vie étaient atroces sur ces navires.
- « Je veux donner à travers mon livre de l'espoir aux gens ».
Éditions : Terre de Brume (2011).
*Yannick Hemeury, une vie pour la mer.
** J'emprunte cette expression à Jacques Josse, qui est aussi le titre d'un de ses ouvrages.
*** Marine Marchande par opposition à la « Royale », marine d'état.
Chronique sur le même sujet :
Tonton Yves, pêcheur d'Islande.
FONDATION Larry / Sur les nerfs.

Sur les nerfs.
Larry FONDATION .
Note : 4 / 5.
Noir sur L.A.
Court récit, est-ce un roman ? J'opterai plutôt pour une suite de tranches d’existence. Premier écrit de cet auteur qui, si j'en crois la quatrième de couverture, est médiateur de quartier à Los Angeles depuis plus de vingt ans. Son expérience de terrain a sûrement dû lui servir ici. Car, et tout le monde le sait, la réalité dépasse la fiction !
Des titres d'épisodes dont certains ne font que quelques lignes:
-Des enfants en train de jouer ; Après Billy ; Sur les marches de l'océan bleu ; De sacrées couilles ou Jeunes ; quartier chaud.
Une histoire d'amour et de mort dans « Après Billy » ; la résignation de l'homme qui sait …. la résignation de la femme qui lui fait un dernier cadeau.....
J'ai beaucoup aimé « Le long silence bien rempli d'un cœur vidé » qui pourrait être sous-titré « Vie et mort de Sharon ». Raccourci d'une existence sans espoir, habituée à la mort et à la violence et contrairement aux anges, elle ne vole pas !
« Parents de sang » un frère, sa sœur et l'amant de celle-ci...un long périple pour faire regarder les lignes de la main du second par le premier. La femme est rassurée, retour à la case départ pour l'acte sexuel !
« Épilogues en cinq parties » clôt ce recueil de la manière dont il avait commencé . D'une façon crépusculaire......accidents de la vie, meurtre gratuit pour une peccadille, un bar, une soirée et une femme...cela pourrait suffire avant la nuit, pourquoi rajouter un meurtre ! On comprend que les nerfs de certaines protagonistes de ces histoires lâchent !
Les personnages sont nombreux, marginaux, femmes et hommes laissés pour compte de la société de consommation et bien pensante américaine. Silhouettes éphémères, certains passent de vie à trépas pour des choses qui nous paraissent futiles ! Monde crépusculaire peuplé d'êtres hallucinés !
Bobby vend des cachets...bizarrement que cela, pas de produits plus durs, paradoxe du personnage ... est-ce pour cela que Theresa lui ouvrira son lit et plus …. Son jeune frère Punkrat s'est fait tirer dessus...il n'avait pas treize ans....elle est belle la ville !
Jeff est « barré » shooté jusqu'aux yeux et bien sûr capable des actes les plus étranges qu'ils soient...comme de s'automutiler dans un accès de paranoïa. On peut être amis, même les meilleurs du monde et se trahir sans trop d'états d'âmes, comme Army et Poz, un autre est capable de tuer un ancien compagnon de cellule par amour !
Les filles n'ont évidement pas le bon rôle dans toutes ces histoires ! Battues, violées, se rabaissant dans l'espoir d'être la copine du mec qu'elle aime.
L'écriture est « speed », les morts sont rapides et violentes, c'est la survie, loin du strass et des paillettes de L.A. Les tenants d'un classicisme littéraire absolu peuvent passer leurs chemins, que les autres qui cherchent la découverte tentent l'aventure, ils ne seront pas déçus !
On trouve des inventaires pour le moins bizarres avec, par exemple dans la catégorie animaux de compagnie, une batte de base-ball....C'est cru, osé et le sexe est très présent, sorte de plaisir ultime car personne ne sait de quoi demain sera fait.
A noter une très belle présentation, bien dans le style noir du livre et une très belle photo ! En noir et blanc évidement.
Ce livre avait tout pour me plaire, chose que je confirme à la fin de cette lecture.
Extraits :
- Vaut mieux plaquer une meuf au bout d'un mois ou deux. Je veux dire : après, ça devient vraiment chiant, elle se met a faire chier pour un oui, pour un non.
- Jeff continuait à faire des trucs bizarres, même après avoir arrêté la came.
- C'était notre chez nous- un lieu où se défoncer, où parler et grandir. Et baiser.
- C'était avant Johnny Mac, avant qu' aucun d'entre nous ait un flingue.
- Elle était pas mal, physiquement, à part sa bouche qui tombait de côté comme celle d'un mérou, et elle était tellement maigre qu'elle n'avait pas de nichons.
- Une assistante sociale : « quoi est-ce que tu t'es laissée mettre en cloque si jeune? » (Emphase : « laissée ».)
- Sharon hurle. Elle n'a plus de chemisier. Elle se faisait tripoter quand les flics sont arrivés.
- T'es un junkie, lui, c'est un junkie, et elle, c'est une junkie, qu'il dit. Alors, c'est quoi toutes ces conneries sur les rapports sexuels sans risque ?
- Les généraux ne se battent jamais pour de vrai. On ne les trouve jamais en première ligne. Alors, sont-ils courageux ?
- Pour certains, Los Angeles, c'est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique.
- Elle se pique dans l'intimité de la chambre avant de partir.
- Je passe un bon moment. Je la regarde et regarde le film. Le film s'arrête tout seul. Je lui donne de l'argent pour une pipe.
- J'ai braqué le magasin, il lui a dit. Tu veux bien baiser avec moi, maintenant ?
Éditions : Fayard (2012)
Titre original : Angry Night (1994).
LETELIER Hernán Rivera / Le soulier rouge de Rosita Quintana.

Le soulier rouge de Rosita Quintana.
Hernán Rivera LETELIER .
Note : 3,5 / 5.
Mon enfance passa.....*
Écrivain chilien que je découvre grâce à ce livre. Né en 1950, mineur et autodidacte il a commencé ses études à vingt ans. Son premier roman au titre très poétique « La reine Isabel chantait des chansons d'amour », avait en son temps et comme celui-ci obtenu le prix national des lettres chiliennes.
Un vieil homme frappe discrètement à une porte...puis un peu plus fort....encore plus fort...de plus en plus rageusement....puis il se prosterne et s'écroule en larmes devant cette porte qui ne s'ouvre pas...
Nous retrouvons un jeune garçon de treize ans Hidelbrando del Carmen dans sa vie de tous les jours, ses joies et ses peines dans le village Antofagadsta dans le désert Atacama. Après un réveil à l'aube, il part pour son travail matinal livrer des journaux, sa mère étant décédée, son père mineur, son frère boxeur et sa soeur ont quitté la maison, elle avec un poète de passage !. Il est un peu livré à lui-même tout en étant proche de la communauté évangéliste. La journée commence au pas de course, sa rivalité professionnelle avec Pince la Lune, grand benêt qu'il dupe facilement. Sa cliente préférée, prostituée au déshabillé vaporeux, spectacle qui le laisse transpirant de la tête aux pieds...
Protestant dans un monde catholique, il est souvent en but aux moqueries des enfants de son âge, il adore le cinéma, surtout les films mexicains et par-dessus tout Rosita Quintana dont les longues jambes sur l'écran sont un spectacle inoubliable !
La vie suit son cours un peu monotone, il se promène le nez au vent, observe le monde du haut de ses treize ans, entre les Évangélistes et la rue avec ses multiples tentations surtout féminines, le cinéma, où le noir le rend téméraire et entreprenant !
Mais un jour le destin fait qu'il trouve un soulier rouge dans la rue ! Un escarpin avec un talon fin et haut, objet de tous les fantasmes et de toutes les suppositions......où est la femme à qui appartient cette chaussure et qui est-elle ?????
Hidelbrando del Carmen, le parpaillot, élevé dans la crainte du péché par une mère ultra pratiquante. Mais, une sorte de revanche il aime tout ce qui lui était défendu, le cinéma en particulier ! Son avenir il veut être artiste.....et bien évidement reconnu. Mais pour cela il faut que l'enfance se termine.
Quelques amis, Allumette par exemple, mais surtout un univers peuplé de femmes et de jeunes filles, plus belles et désirables les unes que les autres !
Mireya la blonde grande adepte du rock & roll, il fera son portrait, elle le récompensera d'un baiser fougueux, mais devra se battre avec son petit ami ! C'est dur la séduction ! Sœur Olimpia Palacio, superbe jeune femme qu'il a aperçu un jour en petite tenue, la belle, blonde et entreprenante Maria Mariola, la non moins entreprenante, mais brune, Genèse, plus grande et plus forte que lui, il avait toujours le dessous !
Des personnages forts mais pas toujours recommandables, l'homosexuel, le crasseux, la femme du cinéma qui transformera HdC de chasseur en proie, chose que le laissera pantois et pour le moins surpris!
Un livre sympathique sur l'éducation sexuelle (entre autre) d'un jeune chilien entre l'église évangéliste et la rue avec toutes ses tentations, entre ses rêves, une chaussure rouge et la réalité moins brillante hélas. Un ouvrage qui se déroule dans un cadre dépaysant et régi par ses propres lois. Quelques lignes sont consacrées au travail dans les mines de salpêtre, avec l'exemple de Noiraud, garçon chétif, gabarit idéal pour déposer la poudre aux fonds des trous. Pendu par les pieds, à trois ou quatre mètres de profondeur, il creuse d'abord une petit excavation pour que le résultat soit meilleur ! Un travail inhumain !
Extraits :
- La maison, la rue, le monde entier paraît se noyer dans une sieste millénaire d'archéologie. Pas même le noir d'un vautour pour ternir l’effrayante luminosité du ciel.
- Ensuite il se peignait en arrière, dessina sa raie comme avec une équerre et, d'une petite touche légère, experte, cinématographique, il donna forme à l'aérienne banane à la Elvis.
- Le ciné était l'une des choses de la ville qui lui faisait perdre la tête.
- Elle avait peu de poitrine. Mais c'était ses longues jambes dorées, visible d'ouverture généreuse de la chemise de nuit, qui faisait délirer Hidelbrando del Carmen.
- Parfois le regard de la femme lui semblait inquiétant et mystérieux ; parfois, dur et moqueur comme le regard des blondes fatales dans les films …
- Maria del Mar et Mireya la blonde, aussi rouées et aussi adorables l'une que l'autre, en femme sachant parfaitement ce qu'elles vont montrer, prirent tout leur temps pour se déshabiller.
- Puis, minaudant, lui souriant comme seuls doivent sourire les anges, elle exigea qu'il veuille bien lui montrer tout de suite.
- Leur deuil était le fait d'un vieux chagrin que l'usure du temps avait transformé en une douce aura de sérénité. Elles avaient perdu quelqu'un de très cher depuis bien longtemps et avaient oublié d'enlever ses emblèmes fanés de la douleur.
- Riant tout seul de plaisir il se rappela que sa mère disait que les taches de rousseur sur le visage des fillettes étaient des baisers d'anges.
- « Les films, mon petit, lui disait sa mère, ce ne sont que les rêves de Satan, le Diable, mis en boîte ».
- Il se rappelle toujours que cette fois-là, la soeur Olimpia Palacios, avec sa petite bouche foncée et son petit cul retroussé comme les anges, avait laissé le policier de service complètement abasourdi.
- Il s'était senti plus humilié qu'un ange souffrant de pépie.
- Le royaume des cieux appartenait aux audacieux.
- Alors, plongé dans l'obscurité de son antre misérable, entouré de silence, il découvrit soudain, comme s'il comprenait pour la première fois combien il était seul au monde. Il eut peur.
Éditions : Métallié (1999)
Titre original : Himno del angel parado en una pata (1996)
* Chanson de Jacques Brel.
KERGRIST Jean / Grosse déglingue.

Grosse déglingue.
Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
La politique adoucit les moeurs*
Dans sa dédicace Jean écrit ceci :
À mon pote Yvon
pour faire rougir la toile
Amicalement
Jean Kergrist.
Pas de problème d'ailleurs et c'est une première sur ce blog, les caractère seront rouges. Une précision c'est rouge de plaisir et non pas de colère (quoique.. .parfois!)
Je voudrais aussi saluer cette nouvelle collection de romans noirs basée à Rennes. Jean Kergrist et Alain Jégou sont les deux premiers auteurs publiés.
Dans une jolie petite ville de province, les élections se préparent, les adversaires affutent leurs armes (nous verrons plus loin que cette remarque doit être comprise dans tous les sens du terme!). Chris Ratoustra, le maire en place, dont le slogan est « Santé et propreté urbaine » arrose (ici aussi dans tous les sens de l'arrosage!). Autodidacte, touche à tous (et surtout à toutes), il a bon espoir que son mandat soit renouvelé, mais il a des ennemis et même beaucoup !
Un événement va bouleverser la campagne, Yvonne, une brave mémé comme il en existe partout, a glissé sur un étron de chien et s'est cassé le col du fémur !
Mais la vie semble suivre son cours...un carnaval en période électorale, d'un côté comme de l'autre le but est de parader et de se faire (bien de préférence) voir ! Kate, la reine du défilé est tombée, et s'est blessée, un employé municipal a été renversé par une voiture.
Chris (ex et peut-être futur maire ou futur ex-maire) taille une bavette en position horizontale dans les gigots de Madame Cheval (épouse du boucher) quand il est victime de ce qu'il nomme un attentat, en réalité un coup de couteau dans le dos, vu la position, plutôt bénin ! Mais cela fait beaucoup d'incidents...et la suite sera du même tonneau !
Je ne vais pas vous narrer dans le détail les dessous de la campagne (ni des compagnes non plus d' ailleurs), mais tous les coups sont permis (de construire) en particulier de faire séduire les candidats par Kate (aux dessous affriolants) mandatée pour cette mission (avec paiement en espèces) par Maitre Lergotteur.
Les morts se suivent mais ne se ressemblent pas ; les causes aussi sont différentes : mourir pour la patrie ou d'une glissade, l'une est glorieuse, l'autre est stupide, mais le résultat est le même.
Venons-en aux personnages, féminins, politesse oblige : Yvonne, qui avant de marcher sur cette satanée crotte avait bon pied, bon oeil (pas sûr pour ne pas avoir vu cette déjection canine, vous remarquerez l’effort pour ne pas faire trop de répétition!). Saint Jacques de Compostelle hélas s'éloigne pour elle, alors elle réserve à la municipalité et à son représentant un chien de sa chienne.
Kate, femme fatale (vraiment pas mal), vénale (pas au dessus de la morale), virginale (pas banale), payée par Maître Lergoteur pour séduire les deux candidats. Elle réussit au-delà de toute espérance ! Elle se retrouve inscrite sur les deux listes ! Un peu débordée par les évènements et en plus victime d'une chute de char (oui!), elle tente la religion, puis la psychanalyse. Du monastère à la clinique privée ! Du string à la robe de bure (là j'exagère!).
Christophe Ratoustra, dit Chris, ancien maire, il aimerait également être le prochain...et pour cela il ne sera pas trop regardant sur les moyens. Mais une crotte de chien mal placée, (pas dans les sondages, sur le trottoir), une ancienne maîtresse et une mauvaise action passée qui resurgissent lui mettent des bâtons dans les roues (de vélo!) Et des mails signés « Quidonc » qui le perturbe et l’inquiète !
Son concurrent le plus sérieux est Alain Brouteau, mais une autre liste menée par Moïse Coulibali, syndicaliste de couleur pourrait jouer les trouble-fêtes !
Max Bornic, journaleux sans avenir professionnel, essaye de faire ses choux gras de cette crotte (pas en chocolat) tout en ménageant la chèvre et le chou (fleur) ! Mais grâce aux subventions de Bruxelles (pas le chou, les sous!) le voilà choisi pour écrire un roman policier se déroulant dans la charmante petite ville où il réside ! Vision européenne de l'histoire, ce sont eux qui financent, et rêve de tirage européen, ce qui arrangerait les siennes de finances (répétition assumée!).
On trouve en vrac, des travailleurs sans papiers, des curés, des militaires dont un mort en Afghanistan, des employés municipaux, des femmes adultères et des maris trompant leurs épouses, les secrets d’alcôve circulant sous le manteau, bref tout ce qui fait le charme de la campagne profonde !
Dans ce roman politico-érotico-policier, Jean Kergrist sort la moulinette et tout y passe (normal pas de jaloux). Le monde politique, l'agriculture intensive et son usage immodéré des pesticides, Bruxelles et ses deniers distribués un peu à tort et à travers (de porc), la religion, la finance, les journalistes, la presse et j'en oublie. A noter quelques lignes sur la littérature et là aussi c'est caustique !
Étant comme ce pauvre Max Bornic, payé à la ligne, je vais rallonger mon texte avec le titre de quelques- uns des chapitres du livre. Florilège :
- Saga cité, Du polar comme art du baise-couillon, Des seins et des anges, Aux burnes citoyens, Larmes et jambon de Bayonne.
Extraits :
- Il n'y a plus guère qu'en Afrique où les protagonistes- tous autoproclamés libérateurs- opèrent encore à la machette.
- Une sorte de général Patton du tout-à-l'égout.
- La carrière politique de Chris Ratoustra devait presque tout à la merde. Rien d'étonnant par la suite qu'elle fut aussi quelque peu merdique.
- Même le pire des prédateurs se justifie toujours de faire le bien.
- Voilà où mène le sacrifice de toute une vie au service de la chose publique ! Que des ingrats !
- L'érotisme très subtil. Suggérer sans trop montrer. Décence et concupiscence. Défense de la vertu et largesse d'esprit.
- Aux rapides les primes, aux traînards la déprime. Du grand art ! Évidemment incompris des syndicats rétrogrades qui déclenchèrent aussitôt la révolte des sans-grade.
- Tant que la politique sera l'affaire des mecs, vaut mieux ne pas trop regarder sous les draps.
- D'ailleurs quarante nations étaient représentées sur le terrain. C'est dire la justesse de la cause, car quarante aveugles voient beaucoup mieux qu'un seul.
- Désormais une question triturait en permanence ses méninges : « et si le sexe était ailleurs ? » Mais où ?
- Tu étais trop proche. En amour, on cherche toujours ailleurs. Plus loin. Trop loin vers l'horizon.
Éditions : Des Ragosses (2011)
* sauf sexuelles !











































