Trilogie bretonne et maritime.
La mer et ses métiers!
La mer sur la côte bretonne est présente partout ! De nombreux métiers dépendent d'elle, et donc l'existence même d'une grande partie de la population. On la retrouve aussi dans la littérature, donc voici trois exemples, la vie d'un marin devenu syndicaliste à Paimpol, l'expérience d'un marin pêcheur dans le Morbihan, la mort d'un ancien de la « Marchande » dans les Côtes d'Armor.

img220


M
arin *
Thérèse BARDAINE .

Note : 5 / 5.
Entre terre et mer.
Vogue la galère ou fortune de mer ?
Cet ouvrage a été élu en 2011« Grand Prix du Livre Produit en Bretagne/Prix Roman.
L'auteur des notes prises avec Yannick Hemeury décide d'en faire un roman. Donc le dit, le non dit, le vrai et l'imaginaire se mélangent.....d'un simple documentaire, ce texte devient un récit. Ce livre est préfacé, et, de belle manière, par Yvon Le Men.
L’histoire commence par la lecture d'un journal qui annonce un événement qui a bouleversé la Bretagne, l’incendie du Parlement à Rennes :
Yannick n'oubliera jamais le regard de la buraliste :
« Vous avez brulé le Parlement ».

Il était la veille à Rennes, où la manifestation fut musclée, mais rien ne laissait prévoir ce dénouement tragique. Pour Yannick vient le temps des questions, et des méthodes de luttes pour sauver ce qui est et restera sa vie « être marin ».
Yannick quelques années plus tard,  « cloué au port ** », atteint moralement et physiquement par des problèmes de hanches, s'interroge . Suite à une petite annonce, il décide de se raconter à Hélène, pour expliquer sa vie et surtout son métier, et l'attrait de la mer pour lui et pour beaucoup d'autres hommes de la région.
De l'enfance sereine malgré la séparation de ses parents, les joies habituelles, les grands-mères, personnages obligés de tous enfants bretons, les tantes aussi, les copains etc....L'école de la marine avec le passage brutal du statut d'enfant à celui de marin, la perte de vue des amis d'enfance, mais au bout du compte, l'embarquement tant souhaité.
Les années de « Mar mar »***, les ports et les pays visités, les expériences de la Pologne au Japon en passant par l'Afrique du Sud, du régime communiste à la ségrégations raciale. Le temps n'est pas le même qu'à terre, beaucoup de choses se passent dans une famille pendant un voyage de plusieurs mois. Yannick compare la dureté des anciennes campagnes des pêches avec le relatif confort des voyages actuels, les temps avaient changé.
Une sorte de nouvelle carrière occupe maintenant Yannick, les comités des pêches, trouver des solutions durables aux problèmes de la pêche, faire comprendre aux pouvoirs publics que l'amalgame entre pêches industrielles et pêches artisanales est une erreur, que cette dernière doit être privilégiée, voire même protégée ! Mais là aussi éternel problème entre les technocrates et le pouvoir de l'argent la voix des hommes a t-elle encore une quelconque valeur ?
Yannick a eu une vie bien remplie en plusieurs épisodes, mais tous liés à la mer , le commerce, la pêche artisanale et la défense contre vents et marées, de sa profession au sein du comité de pêche de Paimpol.
Le rôle de l’environnement familial est primordial pour ces hommes qui souvent sont absents plusieurs mois, d'autres problèmes surgissent parfois, lorsqu'ils sont trop présents à la maison !
Ne pas oublier ici de rendre hommage à l'équipage, solidaire en temps de crise, restant fidèle à Yannick pendant les années où celui-ci était dans l’expectative suite à ses problèmes de santé.
L'auteur, l'autre personnage central, qui découvre un monde qui tout en étant pas très loin géographiquement est une plongée dans l'inconnu, le monde des marins pêcheurs, êtres bourrus peu causants, farouchement indépendants, allant à l'essentiel, mais très attachés à leurs racines.
Pour l’anecdote le nom des bateaux de Yannick, le «  Ploueg ar Mor » (La paroisse de la mer) le « Breizh Atao » (Bretagne toujours), le « Breizh ma Bro », (Bretagne, mon pays), « La petite Laurence » qu'il n'a pas débaptisée à l'achat, puis le Frankis (Liberté). Un peu d'humour : Yannick à l'hôpital de Guingamp refuse un repas, dans son assiette....du lapin !
Un livre dont je me sens bien évidement très proche, le Trégor, Paimpol, Plouezec etc....Le monde des marins pêcheurs toujours présent dans ma mémoire ; un de mes oncles, Rémy, exerçait cette profession à Porz-Even, et je suis parti plusieurs fois en mer avec lui durant mon adolescence. La situation familiale, mon père dans la marine marchande absent plusieurs mois par an, la séparation, puis le divorce de mes parents, ce qui à l'époque dans la très catholique Bretagne était pour le moins mal venu ! La grande différence est que mon père s'est toujours opposé a ce que je rentre dans la marine et que la « Royale » ne m'a jamais tenté surtout après y avoir passé seize mois !
Le mot de la fin : cette réflexion d'Hélène devant « Le Mur des Disparus en Mer »  du cimetière de Ploubazlanec, (et des disparus en mer la région en a eu plus que sa part) :
« Pour comprendre la vie des marins il faut en passer par leur mort ».
Un très grand livre dont je conseille la lecture même (et surtout) aux gens peu familiarisés avec la vie maritime, la vraie, celle des ports mêlant l'odeur du mazout à celle du poisson mort, aux quais de pierres usées, peuplés de fantômes des péris en mer.
Extraits :
- Il lui avait tout simplement dit de changer de métier !
- Comme d'habitude, la conversation ne s'était pas éternisée avec Gilles, plus taiseux encore quand il patronnait.
- Pas la peine d'en rajouter, ni de signer quoi que ce soit. Yannick connaissait ses hommes.
- Je voudrais parler de ma vie. Je suis né ici, je suis fils de marin, j'ai toujours été marin. Ça explique mes motivations et celles des gars.
- La pêche a une longue histoire à Paimpol.
- As-tu pensé à la forme ? Entretien ? Récit ? Roman ? Pourquoi pas un roman ?
- Tous sont morts dans des circonstances différentes. La mer m'a pris bien des vies déjà. Viens voir, elle est toute proche.
- Les mondes des terriens et des marins se séparent insidieusement par les mots.
- Fils de marin pour la plupart, ces hommes ont grandi au milieu des femmes, des mères, des grand-mères. Il leur en restait quelque chose.
- Ce qui est en jeu pour Yannick était une mort symbolique, celle du marin.
- « Déclassé de la marine » puis « Invalide de la marine » puis « Retraité de la marine », voilà plutôt à quoi il devait s'attendre.
- Ravie au départ par cette énigme, Hélène le suivait perplexe maintenant, en découvrant la plaque à l'entrée- Le mur des Disparus en mer-, elle eut un mouvement d'arrêt.
- Rude, le mot est faible.... les conditions de vie étaient atroces sur ces navires.
- « Je veux donner à travers mon livre de l'espoir aux gens ».
Éditions : Terre de Brume (2011).
*Yannick Hemeury, une vie pour la mer.
** J'emprunte cette expression à Jacques Josse, qui est aussi le titre d'un de ses ouvrages.
*** Marine Marchande par opposition à la « Royale », marine d'état.
Chronique sur le même sujet :

Tonton Yves, pêcheur d'Islande.