Grosse déglinge
Grosse déglingue.

Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
La politique adoucit les moeurs*
Dans sa dédicace Jean écrit ceci :
À mon pote Yvon
pour faire rougir la toile
Amicalement
Jean Kergrist.
Pas de problème d'ailleurs et c'est une première sur ce blog, les caractère seront rouges. Une précision c'est rouge de plaisir et non pas de colère (quoique.. .parfois!)
Je voudrais aussi saluer cette nouvelle collection de romans noirs basée à Rennes. Jean Kergrist et Alain Jégou sont les deux premiers auteurs publiés.
Dans une jolie petite ville de province, les élections se préparent, les adversaires affutent leurs armes (nous verrons plus loin que cette remarque doit être comprise dans tous les sens du terme!). Chris Ratoustra, le maire en place, dont le slogan est « Santé et propreté urbaine » arrose (ici aussi dans tous les sens de l'arrosage!). Autodidacte, touche à tous (et surtout à toutes), il a bon espoir que son mandat soit renouvelé, mais il a des ennemis et même beaucoup !
Un événement va bouleverser la campagne, Yvonne, une brave mémé comme il en existe partout, a glissé sur un étron de chien et s'est cassé le col du fémur !
Mais la vie semble suivre son cours...un carnaval en période électorale, d'un côté comme de l'autre le but est de parader et de se faire (bien de préférence) voir ! Kate, la reine du défilé est tombée, et s'est blessée, un employé municipal a été renversé par une voiture.  
Chris (ex et peut-être futur maire ou futur ex-maire) taille une bavette en position horizontale dans les gigots de Madame Cheval (épouse du boucher) quand il est victime de ce qu'il nomme un attentat, en réalité un coup de couteau dans le dos, vu la position, plutôt bénin ! Mais cela fait beaucoup d'incidents...et la suite sera du même tonneau !
Je ne vais pas vous narrer dans le détail les dessous de la campagne (ni des compagnes non plus d' ailleurs), mais tous les coups sont permis (de construire) en particulier de faire séduire les candidats par Kate (aux dessous affriolants) mandatée pour cette mission (avec paiement en espèces) par Maitre Lergotteur.
Les morts se suivent mais ne se ressemblent pas ; les causes aussi sont différentes : mourir pour la patrie ou d'une glissade, l'une est glorieuse, l'autre est stupide, mais le résultat est le même.
Venons-en aux personnages, féminins, politesse oblige : Yvonne, qui avant de marcher sur cette satanée crotte avait bon pied, bon oeil (pas sûr pour ne pas avoir vu cette déjection canine, vous remarquerez l’effort pour ne pas faire trop de répétition!). Saint Jacques de Compostelle hélas s'éloigne pour elle, alors elle réserve à la municipalité et à son représentant un chien de sa chienne.
Kate, femme fatale (vraiment pas mal), vénale (pas au dessus de la morale), virginale (pas banale), payée par Maître Lergoteur pour séduire les deux candidats. Elle réussit au-delà de toute espérance ! Elle se retrouve inscrite sur les deux listes ! Un peu débordée par les évènements et en plus victime d'une chute de char (oui!), elle tente la religion, puis la psychanalyse. Du monastère à la clinique privée ! Du string à la robe de bure (là j'exagère!).
Christophe Ratoustra, dit Chris, ancien maire, il aimerait également être le prochain...et pour cela il ne sera pas trop regardant sur les moyens. Mais une crotte de chien mal placée, (pas dans les sondages, sur le trottoir), une ancienne maîtresse et une mauvaise action passée qui resurgissent lui mettent des bâtons dans les roues (de vélo!) Et des mails signés « Quidonc » qui le perturbe et l’inquiète !
Son concurrent le plus sérieux est Alain Brouteau, mais une autre liste menée par Moïse Coulibali, syndicaliste de couleur pourrait jouer les trouble-fêtes !  
Max Bornic, journaleux sans avenir professionnel, essaye de faire ses choux gras de cette crotte (pas en chocolat) tout en ménageant la chèvre et le chou (fleur) ! Mais grâce aux subventions de Bruxelles (pas le chou, les sous!) le voilà choisi pour écrire un roman policier se déroulant dans la charmante petite ville où il réside ! Vision européenne de l'histoire, ce sont eux qui financent, et rêve de tirage européen, ce qui arrangerait les siennes de finances (répétition assumée!).
On trouve en vrac, des travailleurs sans papiers, des curés, des militaires dont un mort en Afghanistan,  des employés municipaux, des femmes adultères et des maris trompant leurs épouses, les secrets d’alcôve circulant sous le manteau, bref tout ce qui fait le charme de la campagne profonde !
Dans ce roman politico-érotico-policier, Jean Kergrist sort la moulinette et tout y passe (normal pas de jaloux). Le monde politique, l'agriculture intensive et son usage immodéré des pesticides, Bruxelles et ses deniers distribués un peu à tort et à travers (de porc), la religion, la finance,  les journalistes, la presse et j'en oublie.  A noter quelques lignes sur la littérature et là aussi c'est caustique !
Étant comme ce pauvre Max Bornic, payé à la ligne, je vais rallonger mon texte avec le titre de quelques- uns des chapitres du livre. Florilège :
- Saga cité, Du polar comme art du baise-couillon, Des seins et des anges, Aux burnes citoyens, Larmes et jambon de Bayonne.
Extraits :
- Il n'y a plus guère qu'en Afrique où les protagonistes- tous autoproclamés libérateurs- opèrent encore à la machette.
- Une sorte de général Patton du tout-à-l'égout.
- La carrière politique de Chris Ratoustra devait presque tout à la merde. Rien d'étonnant par la suite qu'elle fut aussi quelque peu merdique.
- Même le pire des prédateurs se justifie toujours de faire le bien.
- Voilà où mène le sacrifice de toute une vie au service de la chose publique ! Que des ingrats !
- L'érotisme très subtil. Suggérer sans trop montrer. Décence et concupiscence. Défense de la vertu et largesse d'esprit.
- Aux rapides les primes, aux traînards la déprime. Du grand art ! Évidemment incompris des syndicats rétrogrades qui déclenchèrent aussitôt la révolte des sans-grade.
- Tant que la politique sera l'affaire des mecs, vaut mieux ne pas trop regarder sous les draps.
- D'ailleurs quarante nations étaient représentées sur le terrain. C'est dire la justesse de la cause, car  quarante aveugles voient beaucoup mieux qu'un seul.
- Désormais une question triturait en permanence ses méninges : « et si le sexe était ailleurs ? » Mais où ?
- Tu étais trop proche. En amour, on cherche toujours ailleurs. Plus loin. Trop loin vers l'horizon.
Éditions : Des Ragosses (2011)
* sauf sexuelles !