Paris noir
Paris Noir

MASSON Aurélien (Présenté par)
Note : 4 / 5.
Paris, ville lumière ?
Étrange destin que celui de ce livre d'abord sorti aux Etats-Unis  aux éditions Akashic en 2008 puis en France ensuite. Retour aux sources en quelque sorte !
Salim Bachi, Didier Daeninckx, DAO, Jérôme Leroy, Dominique Mainard, Laurent Martin, Christophe Mercier, Patrick Pécherot, Chantal Pelletier, Jean-Bernard Pouy, Hervé Prudon et Marc Villard prêtent leurs plumes et leurs talents à ce recueil. Seul Didier Daeninckx est répertorié sur ce blog !
Trois parties « Ville lumière, ville ténèbres », « Libération perdue » et « La société du spectacle» sont au menu.
« Le chauffeur » et la prostituée, du sexe et du sang, un flic ripoux, mais une belle histoire d'amour.
« Gare du Nord » la monde de la politique, une mystérieuse « Unité », une élection présidentielle, un ancien en poste, un jeune qui brigue la place...alors tout les coups sont permis et la liste des victimes conséquente ! Au nom de la France et des affaires ! Évidemment il faut compter sur quelques dommages collatéraux !
« Comme une tragédie » ressemble dans sa narration à une pièce de théâtre, un homme revient sur les lieux de son enfance, il retrouve une femme qu'il a aimée...mais aussi un copain de longue date. Comme son titre l'indique......
Nico, Teresa et la mafia, tragique histoire de mort et de famille un soir de Noël. Un des plus beaux textes de ce livre.
« La vie en rose » et pourtant elle ne l'est pas toujours cette vie, surtout pour Lalya retrouvée morte, étranglée dans un jardin public. Une pauvre jeune fille qui a cru en sa chance, en sa voix, en sa bonne étoile. Pourquoi et comment cette mort ! Une histoire très touchante sur le monde actuel car elle n'est pas toujours « Belle la vie ». Une longue descente aux enfers pour une jeune fille désarmée et naïve.
Les diamants sont éternels mais certaines charmantes jeunes filles jouent leurs vies à la roulette russe...et à tous les coups on perd, rien n'est jamais perdu pour tout le monde.
« Rue de la Santé » qui clôt cet ouvrage est un texte étrange qui nous promène dans Paris, de la rue de la prison à la rue d'Alésia, de l'hôpital Cochin à des stations du métro aérien......On y parle d'Albert Camus, de Samuel Beckett, de Virginia Woolf et de Jacques Derrida....
Quelques personnages pour le moins ambigus,  Sonia devrait prendre ses cachets, pour le bien de tout le monde, un « Grand Frère » érudit qui devrait, normalement donner l'exemple, mais c'est un peu loupé ! Quelques loufiats qui se loupent aussi mais bon cela partait d'un bon sentiment, belle solidarité professionnelle de gens qui entendent bien des choses....Monsieur Robert lui aimerait se souvenirs de certaines choses qui concernent son passé, mais est-ce bien utile et pas sans risques?
Paris dans toute sa splendeur et mais aussi dans toute sa noirceur, l'avantage de ce livre est que je connais bien cette ville, alors il est possible parfois de cheminer visuellement avec les victimes ou avec leurs assassins ! Et j'ai appris une chose, la Rue des Degrés est la plus courte de Paris, six mètres et quatorze marches ! Mais on y meurt aussi, et pas seulement d'un souffle au coeur.
Je parlais il y a quelques temps de l'orthographe, est-ce pire que du temps de « La guerre des boutons » ? C'est en tout cas plus épicé !
- Ma patite Mikette jte kif grav ma paraule. On ce bip ce roisse. Dè foi ke ton daron il çor le iench. On ce top dan la kave. Je te man-jerai labrikot. Pran une douch avan. Biz maï Love.
Comme il est de tradition une présentation des auteurs et une playlist musicale terminent ce recueil. Avec une surprise de taille : Jean Yanne et sa chanson « Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?».
Un bon cru qui donne envie de découvrir certains auteurs.
Extraits :
- On dit des droits de l'homme, mais les droits de la femme, tout le monde s'en fout.
- Ils ne se changeaient pas pour descendre à Paname. Ils étaient en habits de guerre, le style urgence psychiatrique.
- ...et grandir, un peu comme Joyce fuyant Dublin devenu trop étroit pour son génie.
- L'amant numéro 2 aimait exhiber des filles qui ont la moitié de son âge et le tiers de son salaire dans des endroits à la con, comme le canal Saint-Martin, complètement muséifié.
- Dans le monde d'avant, on ne payait pas pour pisser. Accepter cela est encore une preuve qu'une puce de la soumission a bien été implantée chez toutes les personnes nées après le choc pétrolier.
- Et j'ai écouté, en boucle, « Wild Horses », pas la version des Stones, celle de mon pote Élliott Murphy,  last of the rockstars, last of the bluesmen, le loner ultime, comme Dylan, comme Neil Young.
- La gamine a été faite n'importe où et elle est née n'importe où, dans la rue, elle était pressée de voir le monde, les voisins n'ont pas eu le temps de faire venir l'ambulance.
- La recette qui avait fait fortune à Paris, celle qui avait permis, grâce à Beaubourg, au Forum des Halles, à l'Opéra-Bastille, à l'Arche de la Défense, à la très Grande bibliothèque, de vider Paris des couches inférieures, s'appliquait maintenant à la proche banlieue.
- Vous voyez, M. Robert, quand vous vous concentrez, votre mémoire fonctionne. Il est important de la faire travailler. Voulez-vous que nous fassions quelques exercices ? »
- Les gens du 14e, du moins à cette époque, ressemblaient à une classe moyenne prospère et pas encore à une bande de trouillards en voie de paupérisation.
Éditions : Asphalte ( 2010).
Titre original : Paris noir (2008).
Autre chronique chez Gwenaëlle.
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