img218
Stèle pour Lamennais.
Xavier GRALL.

Note : 3,5 / 5.
Au nom du peuple!
J'ai fini l'année 2011 par un ouvrage consacré à Xavier Grall. Je vais débuter 2012 par un essai de cet auteur. Mon but étant, si possible, de relire toute l’œuvre de Grall disponible dans ma bibliothèque et non chroniquée ici, avant la fin de l'année qui commence !
Si Xavier Grall n'avait pas écrit ce livre, je n'aurai sûrement jamais su qui était Félicité Robert de Lamennais, né le 19 juin 1782 à Saint Malo et mort à Paris en 1854. Prêtre qui s'est opposé au Vatican, il a mérité l'estime de Xavier Grall qui lui a consacré cet ouvrage et la mienne également, suite à la lecture de ce livre.
La vie et l’œuvre de cet homme politiquement et religieusement incorrect, plusieurs chapitres, « Stèles » , « Les chênes », « Les tempêtes », « Le mouvement de la mer », « Flash-back ».
D'abord professeur de mathématiques à Saint-Malo, en 1815, il se réfugie à Londres, puis est ordonné prêtre à Vannes en 1816. C'est le début d'une longue période d'intense écriture, et également de remise en question personnelle vis-à-vis de la religion. Il séjournera plusieurs mois à Rome dans l'attente d'être reçu par le pape Grégoire XIV qui le condamnera sans appel, brisant une grande partie de sa croyance en la bonté de l'église catholique et romaine. Homme de lettres, durant toutes ces années il collabora à différents journaux, « Le Conservateur » où il écrira en compagnie de Chateaubriand, puis ensuite en 1830, il fondera un quotidien catholique. « L'Avenir ». Il est à noter la progression des titres, de conservateur à l'avenir.....Il a défendu l'irlandais Daniel O'Connel et la Pologne massacrée par le tsar Nicolas 1er.
Historiquement cette période en France est vraiment très trouble. Chute de Charles X, établissement de la monarchie, conseil constitutionnel, chute de Louis-Philippe, coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte. Proclamation de l'empire. Les symboles se succèdent, bonnet phrygien, fleur de lys, aigle impérial, les prêtres sont honnis ou bénis, les ouvriers proches des esclaves, la bourgeoisie triomphante. En 1840, à cause de la publication de « Le pays et le gouvernement » où il ne ménage pas ses critiques contre Louis-Philippe et Thiers, il sera condamné à un an de prison ferme.Prônant un libéralisme populaire, il est élu à l'assemblée constituante en 1848, puis réélu l'année suivante.
Il se retire en Bretagne à la suite du coup d'état de Napoléon III.
Il meurt à Paris le 27 février 1854 et est inhumé civilement le 1er mars dans une fosse commune du père La-Chaise, l'église a la dent dure. Mais le peuple de Paris, lui, vient en foule.....l'armée doit disperser une manifestation spontanée !
Lamennais est un personnage complexe, un être torturé par une foi qui lui semble nécessaire et inébranlable, mais aussi il se révolte contre l'injustice du monde et la richesse de l'église catholique. Il deviendra un homme politique respecté et aussi très aimé, étant élu à l'assemblé constituante.
Un peu moins militant et un peu plus critique, mais malgré les années, la même approche personnelle. Ce livre est partisan, nous étions tous partisans à l'époque! Hommage d'un catholique libertaire à un autre catholique en avance sur son temps. Georges Bernanos et Grall le rappellent dans l' introduction de ce livre :
-..mais écrit avec tout le sang d'un cœur d'homme, l'immense désastre de l’Église avec le monde ouvrier aurait probablement pu être évité.
Par contre entre temps les scandales de pédophilie et des « Magdelene House » qui ont éclaboussé l'église catholique irlandaise ont sérieusement écorné l'aura de la religion dans ce pays. Et aussi ailleurs de part le monde. Certaines contraintes, célibat pour les prêtres, la contraception, par exemple, ont aussi coupé l'église du monde moderne.
Un beau texte qui a malgré tout vieilli ; et je pense que Grall n'en aurait pas appréhendé l'écriture de la même manière plus de trente ans après, le monde ayant beaucoup changé, mais pas les autorités ecclésiastiques.
Ce livre avec « Le cheval couché » et « Arthur Rimbaud, la marche au soleil » marque la fin des années 1970 et le début des années 80. Je pense que pour Grall, comme pour beaucoup, ce ne fut pas artistiquement de grandes années. Ces livres manquent de lyrisme et et de la puissance présente dans sa poésie. La fatigue et la maladie déjà ou des sujets non réellement maitrisés? Je pense qu'une relecture s'impose, mes souvenirs étant très anciens et très certainement mon regard littéraire, enfin je l'espère, a changé.
Extraits :
- Il fut l'écrivain le plus célèbre et le plus scandaleux de son temps. Ils crèvent comme un petit retraité minable, rat malade dans son grenier vide.
- Penseur laïc, il guettera avec avidité l'approbation de l'intelligentsia progressiste. Il n'en recevra qu'une estime vague et condescendante.
- Il était dans la nature de Félicité Lamennais d'écrire sur l'existence plutôt que sur l'être et sur la société.
- Testament tenu : il n'y aura pas de prêtres autour du gisant. Nul glas au beffroi des églises. Nulle cérémonie religieuse. Rien.
- Ce Lamennais, on l'enterrera en fraude. Au petit matin. A l'heure des flics et des laitiers.
- C'est tout juste si l'oublieuse Bretagne se souvient de son fils.
- Venant du royaume des vents, il récolte la tempête. C'est que cet homme tendre est capable de fureur et que ce passionné des idées est aussi un lyrique.
- Journaliste, génial déchiffreur de son temps, il se veut aussi poète.
- C'est un Breton : il porte en lui, avec le crépuscule, l'espérance de l'aube. Le noir et le blanc....
- Un saint, Féli ? Non pas. Un juste. Et ne comptons plus son ombre dans le bal des damnés...
- Car l'Église, devant ce scandale majeur, se tait et se contente de bénir les tombes des fusillés.
- L'âge d'avant l'État........
Éditions : Éditions libres :Hallier (1978)