27 décembre 2011

Collectif / Xavier GRALL .Hommage

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Xavier Grall. Hommage.
Collectif.

Note : 4 / 5.
Nous te ferons Bretagne....
Finir l'année en beauté en parlant de ce livre compilé pour le sixième anniversaire de la mort de Xavier Grall, façon pour moi de marquer cette année la trentième de ce décès. Il s'agit d'une relecture complète car la dernière est très ancienne.
Des hommages comme le titre l'indique, mais pas que cela, des courriers, des textes ou poèmes et aussi de magnifiques photos, certaines signées Michel Thersiquel, autre grand artiste breton disparu. La famille Grall au grand complet, des amis, Gonzalez, Georges Perros, Nicole Corelleau «  l’hôtesse ». Des portraits à différents stades de la vie de l'auteur : enfant aux cheveux courts, homme mûr, mais marqué aux cheveux longs !
Des dessins également, en particulier de Marcel Gonzalez, un Grall tout en longueur et maigreur, le cheveux long et le regard noir et perçant, un autre de René Quéré est plus bucolique, mais très breton avec église et calvaire.
Des textes certains comme « Les vents » et « Le Christ jaune » sont de Grall lui-même, un témoignage d'une de ses filles, Lucie, d'autres intervenants que je ne connais pas, mais qui eux connaissaient bien Xavier Grall.
Des lettres adressées à différents correspondants souvent assez anciennes, en particulier à Henry Boulard dit « Bouboul » dont une datant de 1952 ! Dans un courrier de décembre 1970, il explique la difficulté de faire publier son livre « L'inconnu me dévore » par les maisons d'éditions parisiennes !
Je pense qu'il est plus sage de laisser ces lignes à de meilleures plumes que la mienne et surtout beaucoup plus compétentes par quelques extraits :
- Il est grand temps de relire Xavier Grall pour découvrir sous l'image trop facile du barde breton inspiré, le grand poète universel à qui on ne peut assigner de frontières.
Mireille Guillemot.

- Les vents étaient comme les trains, des compagnons de voyage. Mais à présent, je ne pars plus. On a barricadé mes sentes et mes haies. Je suis écroué, enterré, étique, troglodytique, entaulé. La nuit tombe...
Xavier Grall (Les vents ).
- Je ne peux me souvenir de mon père sans penser à Dieu : « tout est nostalgie de lui » écrivait-il. Non, notre père n'était pas un bigot. Il savait, en matière de religion, comme en toute chose séparer le bon grain de l'ivraie. Et l'église n'était pas épargnée. Lucie Grall.
- Son père était tanneur à Landivisiau, comme on l'était dans la famille depuis le XVIIIe siècle. Grall l'aimait et le respectait. Mais sa mère, il la vénérait. Et dans les pages qu'il lui consacre, il n'a jamais de mots assez tendres pour décrire ses gestes ou ses silences.
«  Tu dois tout à ton pays », lui dira Glenmor. Une phrase que Grall n'oubliera jamais.
Yves Loisel (auteur de Xavier Grall Biographie).
Voilà bien une lettre désabusée. C'est que j'ignore de quoi mes demains seront faits. Et que je ne suis pas seul dans la course. Il ne reste que l'espérance. Xavier Grall, lettre à Bouboul. Sarcelles le 23. 09. 1968.

- Même son pays, si loué, si chevillé à ses livres depuis le début, de tel que saisi par cette rétine impressionnée et devient autre, ne vit plus que sous la forme d'annotations génériques. Xavier Graal laisse loin derrière lui la prose poétique et les accents de barde pour la sécheresse du récit classique.
Michel Le Gentil, à propos de « L'inconnu me dévore ».

- Merci mon Xavier, de m'avoir envoyé ce petit livre qui brûle les yeux et l'âme. On « marche » avec. Et de sentir vivre dans ce qui fait son mouvement cette Bretagne éternelle est bien émouvante. Encourageant. Amitié à toi et aux tiennes. Georges.
Lettre de Georges Perros à Xavier Grall pour la publication de « La fête de nuit » (05/12/72)
- ….mais sais-tu Christ de Bretagne toute la misère de mon pays. Et la douleur du fils sur la route de l'exil. Et la détresse des chiens dans les douves. Et la cruelle vengeance des vins et des alcools dans nos cerveaux criards ? Christ de Trémalo, recueille mes sanglots. Prend les. Je suis l'homme dYs. J'ai sombré avec les rois de Celtie. Je suis d'Ys. Je reviens des fonds verts d'algues et de murènes. Je suis d'Ys. J'ai sombré dans les folles nuits du vin et des liqueurs. J'ai erré par les abysses. Je suis d'Ys. Et permet que je revive en Celte dans le libre amour des arbres et des femmes. Dans les fêtes magiques des solstices.
Xavier Grall. (Le Christ jaune) .
Éditions : Calligrammes (1987).
Quelques ouvrages consacrés à Xavier Grall (je vais sûrement en oublier!).
Mikaela Kerdraon : Xavier Grall, une sacrée gueule de Breton.
Mikaela Kerdraon : Kan ha Dikan correspondances Grall/Glenmor.
Yannick Pelletier : Xavier Grall immémoriales demeures.
Philippe Maouzan : Xavier Grall, la rage et la tendresse.
Yves Loisel : Xavier Grall, biographie.

 

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22 décembre 2011

PERGAUD Louis / La guerre des boutons.

Guerres des boutons
La guerre des boutons.
Louis PERGAUD .

Note : 4 / 5.
Si j'aurais su, j'aurai pâ venu.....*
J'ai dit il y a quelques temps en guise de boutade que pour me reposer des certaines lectures violentes ou ardues, que j'allais relire « La guerre des boutons ».
Une petite phrase de la préface prévient le lecteur :
- « Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte ».
Et il en appelle à Rabelais ! Donc considérons cela comme une pause littéraire, et une lecture du temps passé .

Se faire traiter de « couilles molles » par les ennemis héréditaires du village voisin mérite vengeance, car on se doute bien, malgré que la signification exacte reste un peu mystérieuse, du caractère injurieux de l'épitaphe ! Si une expédition punitive est organisée la nuit même , et cette inscription vengeresse :
-Tou lé Velran çon dé paigne ku !
Est fièrement inscrit sur la porte de l'église de l'ennemi, fief calotin, sorte de double peine ! Donc la guerre est déclarée en cette rentrée scolaire.
Mais pour le monde des adultes, il y a d'autres priorités, l'école par exemple.
La guerre ou les études, il faut choisir, pour Lebrac et ses troupes le choix est vite fait, c'est la guerre ! Dans les études ils ont malgré tous leurs favoris, les Gaulois par exemple, batailleurs et indisciplinés ! Mais parfois les études empiètent sur les batailles, ainsi un soir ou beaucoup des soldats de Longevernes sont retenus (contre leur gré, cela va s'en dire) à l'école, le combat tourne à l'avantage de Velrans et le chef ennemi, le grand Lebrac, est capturé ! Le traitement est sévère, les vêtements mis à mal, les coups pleuvent et l'orgueil du chef et du village en prend un sérieux coup. Pour Lebrac son retour à la maison n'est pas non plus empreint de douceur ! Car en ce temps-là, on ne s'occupait guère d'interdire les punitions corporelles . De fil en aiguille, la rivalité s'installe les revers de fortunes aussi parfois pour les uns et donc contre les autres ou vice et versa ! Mais pour toutes guerres, il faut un trésor..et pour l'obtenir il faut des trésors d'imagination, chose dont ils ne manquent pas ! Je ne vous narrerais pas tous les détails des luttes homériques qui se déroulent tout au long de ce livre, qui a été mis en scène cinq fois si mes calculs sont exacts dont une version irlandaise ! Mais le roman diffère sur certains points du film.

Longevernes, la rouge, Velrans, la calotine, sont les villages voisins, mais rivaux par jeunesses interposées, pourquoi ? Depuis quand ? Tout cela se perd dans la nuit des temps, leurs pères et leurs grands-pères avant eux racontent leurs souvenirs comme eux les raconteront plus tard. Mais je m'égare !
Les chefs, Lebrac pour Longevernes et l'Aztec des Gués pour Velrans sont deux solides gaillards sans foi peut-être, mais non sans loi, on sent malgré tout un certain esprit chevaleresque dans la lutte entre ces deux villages, et cela occupe la jeunesse ! Car en ces temps anciens sans télévision, les distractions étaient locales et les rivalités profondes. Mais les idées pour ne pas s’ennuyer, ils en avaient plein la tête !
Un mot sur les adultes, pas très brillant, un garde-champêtre un peu benêt, un curé surnommé « Le noir », un instituteur caricature de lui-même et des parents à la main leste ! Les guerriers des deux camps n'y allaient pas non plus de mains mortes avec leurs prisonniers !
Il faut retrouver ce vocabulaire un peu surannée de l'époque avec des mots plus guère usités par les temps qui courent dont voici quelques exemples : Le lécher des vaches, l'echenillage dominical, acaillené, boire une purée, un caneçon, râper la tuile (blague qui consiste à passer une tuile sur un mur extérieur de la maison chose qui produit un bruit assourdissant qui semble venir de l'intérieur!) etc....
Et aussi le patois de la région apporte un dépaysement certain, plongé dans une France profonde et
révolue.
Des aventures que tous les bons habitants de la campagne semblent avoir connues pour ne pas dire y avoir participé , bien que ce livre ait été édité pour la première fois en 1912.
L'écriture est très belle, car Louis Pergaud fut prix Goncourt en 1910 pour « De Goupil à Margot ». Par contre l'orthographe des élèves est aussi déplorable que celle actuelle, drôle de constat !
Extraits :
- L'été venait de finir et l'automne naissait.
- Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage.
- « Ils nous ont traité de cons, d'andouilles, de voleurs, de cochons, de pourris, de crevés, de merdeux, de couilles molles, de...
- Le grand Lebrac voulait sans doute dire : eurêka ! Il avait vaguement entendu parler d'Archimède, qui s'était battu au temps jadis avec des lentilles.
- Et, en effet, une scène terrible se déroulait à la lisière.
- Toute l'armée de Longeverne était déjà là, pérorant et jacassant, remâchant la défaite et attendant anxieusement le général.
- Un vrai beau jour pour se battre.
- Dis, Tintin, demanda Guignard, je ne vois pas bien, est-ce que c'est Forbach ou Mortbach ?
- Ah ! Prussiens ! ah ! salauds ! - triples cochons ! Andouilles de merde !-bâtards de curés!- enfants de putains! - charognards ! - pourriture ! - civilité ! - crevures ! - calotins ! - sectaires ! - chats crevés ! - galeux ! - mélinards ! - combisses ! - pouilleux ! telles furent quelques-unes des expressions qui s'entrechoquaient avant l'abordage.
- Bacaillé oli avèque la fiaivre, sai dès manier. Hi la tout vandu lamaiche. Tout le monde a aité rosé. Defence de cosé ou bien nouvaile danse, sairmant de ne pas recommencé mais on çanfou, les Velrans repaieron tou. Rechaaicher le tréssor quand même.
- Tout de même, bon Dieu ! Qu'il y a pitié aux enfants d'avoir des pères et mères.
- Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux !
Éditions : Folio (1972).Mercure de France (1963).
*Pensée profonde et un rien désabusé de TiGibus ! Phrase qui d'ailleurs ne se trouve pas dans le livre !

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19 décembre 2011

HERROU Laurent / La matière des rêves.

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La matière des rêves.
Laurent HERROU.

Note : 4 / 5.
L'écriture des songes.....
Recueil de 25 nouvelles, chiffre appréciable, mais qui nécessite à mon goût une lecture étalée sur plusieurs jours. Ce livre est le sixième de cet auteur vivant à Paris que je découvre avec cette lecture.
Mettre des mots sur les rêves, les décrire, expliquer des pensés et des images fugaces, des sensations agréables ou angoissantes. L'auteur réfute d'entrer le mot « cauchemar », alors essayons d'y voir plus clair ou plus sombre parfois. Une phrase de la quatrième de couverture nous prévient :
-« J'ai vécu plusieurs morts, j'ai parfois vécu la même répétée, multipliée ».
La mort n'est pas omniprésente mais son ombre plane plus ou moins lointaine. La nouevlle donnant son titre au livre donne le ton, l'angoisse est palpable, le sommeil agité, la cage se rétrécit et son occupant semble lutter en vain.... « Terre meuble » est l'histoire de Pauline qui aime la terre au point de s'enterrer juste pour voir ? Mais elle aime aussi la vie et l'amour physique ! Tom lui est un homme qui aime bien visiter ses anciens patients, imaginons une rencontre...Ce serait merveilleux de joindre l'utile à l'agréable....mais les bonnes choses de la vie ont une fin et le corps revient à la terre.
« Les cages » est une histoire de famille, d’emprisonnement, de mort et d'animal domestique..La route est longue pour aller à l'enterrement du père et dans la voiture close, le temps s'écoule au rythme des kilomètres... « L'inconnu » : nous suivons quelque temps un homme dans sa vie quotidienne et dans son quartier. Il semble connaître tout le monde, mais se connait ou se reconnait-il lui même ? Le pétrole et « Le paradis », ce n'est pas évident a priori et pourtant Marge et Paul vous diront que c'est grâce au premier qu'ils ont connu la seconde ! Une histoire aussi belle qu'étrange . Un voyage interplanétaire, un être humain sur qui tout le monde compte, un surhomme plutôt...l'espace défile, les radiations attaquent, le pilote déploie des trésors de bravoure, oublie la souffrance et enfin la Terre...et une autre histoire commence. Ce recueil se termine par deux nouvelles aux titres qui peuvent sembler inversés, « Une vie » et « Les abattoirs » tout est ainsi résumé, la vie, la mort....l'une à la fin de l'autre, inéluctable.
Un homme liquide qui retourne à son élément....un capitaine Crochet d'opérette, un père qui maltraite ses fils, peu de gens ordinaires...mais rêve t'on de choses banales ? Une femme et un homme....est-il besoin d'un miracle ? Parfois si ! Jeannot lui depuis l'âge de 14 ans pense à la mort, la sienne alors quand elle arrive...il est pourtant surpris ! L'écriture est très belle, les nouvelles sont originales et malgré tout, j'ai eu à la première lecture un sentiment très mitigé...raconter les rêves peut en effet ressembler à une gageure ! Certains textes ne font pas une page, d'autres presque trente, chose relativement déroutante ! Pour l'auteur comme pour le lecteur, et tant que tel il est nécessaire de s'adapter, de prendre son temps et de lire en oubliant pas mal de certitudes accumulées au fil du temps ! J'ai la pénible sensation de ne pas avoir rendu la qualité de ce livre, mais aussi le sentiment de ne pas en avoir saisi toutes les finesses. Un rêve, si l'on peut s'exprimer ainsi, pour une période de notre vie qui nous rattrape toujours :
« J'ai rêvé que j'étais vieux ».
Extraits :
- La cage diminuait encore – Alice au pays des phobies.
- Je n'utilise pas le mot cauchemar. Il ne me vient pas.
- Elle aimait manger, elle aimait faire l'amour.
- Ils avaient souri à la formule : c'était la mort qui les avait réunis, il n'y aurait pas de fin à leur amour éternel.
- Les hommes sont bêtes, elles se le répètent assez souvent. Les hommes sont bêtes, il ne comprendrait pas.
- C'est une véritable obsession, disait-on autour de lui. Mais ça va forcément lui passer, avec les femmes et la vie.
- Après quoi, la vie continua, paisiblement – du moins la mort.
- Ce n'était pas un vol, c'était une incarnation.
- Je veux dire que Florence incarnait quelque chose qui résonnait en moi. Il me ressemblait sans que je le sache.
- La mort consommée, la mort établie, la mort enregistrée, comprise. Admise.
- Mais il n'y a pas de Dieu.
Juste un centre et un tout.
- Mais elle se précipita dans les bras de Paul et sa nudité jeune et saine rencontra la sienne.
- À travers les carreaux brisés, le soleil baignait à la scène d'une lumière paradisiaque.
- La mort inéluctable.
- La mort administrée, la mort intentionnelle. Planifiée, décidée.
- Ce public lâche, inutile comme un vol d'oiseaux en dessus d'une agonie.
Éditions : Jacques Flament éditions (2011). Collections « Marges ».

 

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17 décembre 2011

KERRIGAN Gene / L'impasse.

L'impasse
L'impasse.
Gene KERRIGAN 
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Note : 3 , 5 / 5.
Les anciens et les modernes !
Second roman de ce romancier que je lis après « A la petite semaine ». Un auteur qui lui aussi prouve la bonne santé du polar irlandais, mais décrit la ville de Dublin en pleine guerre des gangs. Touristes, passez votre chemin...
Vouloir en Irlande accomplir un contrat dans un pub n'est pas forcément une chose que le commun des mortels de la verte Erin approuve. Alors quand deux tueurs font irruption dans un bistrot tranquille et que certains consommateurs les empêchent de faire leur boulot, leurs commanditaires voient rouge. Danny Gallaghan regrette d'être intervenu, sorte de réaction instinctive, Novak, le patron du pub aussi. Mais maintenant il faut assumer surtout pour celui-ci qui a beau dire qu'il ne connait pas l'homme visé ne convainc pas les forces de l'ordre, car la police de son côté a quatre meurtres de membres de gangs sur les bras et patauge un peu. Et tout cela fait désordre dans la capitale irlandaise, mais cela ne fait que commencer !
Danny Callaghan, qui malheureusement pour lui, était où il ne fallait pas au moment qui, pour le moins, n'était pas le plus propice ! Il a eu maille à partir avec un cousin de Frank Tucker qu'il a tué, s'attirant le courroux de la famille. Huit ans plus tard à sa sortie de prison, il ne connait pas les intentions de ceux-ci à son égard....Vengeance tardive ou amnistie totale !
Novak, son ami d'origine polonaise, fidèle jusqu'au bout, est un des rares personnages sympathiques de ce roman noir.
Les truands qui luttent pour la suprématie et donc pour faire main basse sur la ville, la nouvelle vague Frank Tucker (pour qui le passé doit être révolu par les armes s'il le faut) et Lar Mackendrick, l'ancienne génération pas non plus très tendre ! Karl et Robbie, petites frappes cruelles, mais sans envergures, hommes de mains de Lar, qui sent son empire lui échapper. Depuis l'assassinat de son frère Jo-Jo qui était la tête pensante de la famille, les adversaires le pressent de prendre une retraite bien méritée.....et lui offrent même une pension en échange de son départ....sinon c'est la guerre et là tous les coups sont permis et des deux côtés, on ne s'en prive pas.
Quelques soldats perdus de l'IRA, traficotant des armes et nostalgiques du passé, regrettant le rapprochement avec les Britanniques. Les paramilitaires ayant abandonné la rue aux gangs, la délinquance s'est beaucoup développée avec l'arrivée massive de la drogue.
C'est bien écrit quoique la chronologie est un peu étrange et nécessite quelques retours en arrière. Sinon l'histoire est prenante entre ces hommes engagés dans une lutte à mort pour se partager le cadavre de l'ancien milieu dublinois ! On peut aussi se poser la question du rôle de la police (dans ce roman) qui semble compter les coups sans trop intervenir. La dite police était beaucoup plus virulente, il y a quelques temps dans sa chasse aux militants républicains.
C'est aussi très violent et situé à un moment clé de l'histoire contemporaine irlandaise, le tigre celtique comme la bulle spéculative et immobilière se sont dégonflés ! L'argent facile, les grosses cylindrées, les belles demeures, commencent à faire partie des souvenirs. Mais la drogue, elle, est désormais bien enracinée dans la société irlandaise, son contrôle attise bien des convoitises avec son cortège de cadavres !
Un bon roman noir, qui dresse le constat amer d'une société qui en peu de temps, l'argent aidant a perdu son âme ! Une chose qu'il faut remarquer c'est que tous ces gangs sont uniquement irlandais même dans une ville comme Dublin.
Un livre est souvent cité et sert de livre de chevet et de bible à un truand : L'art de la guerre par Sun Tzu. Tout un programme.
Extraits :
- La bête arrogante avec des flingues maintenant et elles étaient généralement défoncées à quelque chose.
- Ouvre les yeux, Colin, notre pays n'est plus le pays des saints et des érudits.
- Il fut un temps où bien gagner sa vie était suffisant pour vivre ici. Aujourd'hui, seuls les gens aisés y résidaient.
- « Si on avait fait ça à l'ancienne, on descendait nos hommes à tour de rôle, d'une semaine sur l'autre. J'espère que tu penses comme moi que c'est absurde. »
- Elle avait de l'argent de côté, trois ans de moins que Lar et envisageait déjà la nouvelle vie qui l' attendait.
- « T'es pas au courant ? L'I.R.A. n'existe plus, et nous autres, nous n'avons plus de travail. On ne parle plus que de paix et de fraternité aujourd'hui. Au lieu de tirer sur les Britanniques, on les couvre de baisers.
- « Ce pays avait quelque chose de particulier- il avait une âme. Aujourd'hui, il ressemble à n'importe quel autre endroit ».
- « Jouer les assistantes sociales paramilitaires présentent un intérêt : éclater les rotules des voleurs et faire exploser la tête des dealers. Beaucoup de gens pensent que ça fait partie du jeu ».
Éditions : Gallimard (2011).
Titre original : Dark Times in the City (2009).
Autre chronique de Gene Kerrigan :
A la petite semaine.
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14 décembre 2011

GRALL Xavier / Oeuvre poétique.

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Œuvre poétique.

Xavier GRALL.

Note : 5 / 5.
Il y avait......les mots de Xavier Grall.
Il y a trente ans Xavier Grall décédait, bien trop tôt, c'est ce qui est souvent dit, mais dans le cas présent c'est l'amère constatation que l'on ne peut que faire, hélas!
Je me pose très souvent la question, sans réponse très précise malgré tout : quelle est la part de Xavier Grall dans mon amour pour la littérature et ma passion pour la Bretagne ! Immense bien sûr, j'ai toujours en tête ma première lecture de Grall, ce brûlot qu'était pour l'époque « La fête de nuit » qui est certainement le livre que j'ai le plus lu !
Ce livre contient l'ensemble de l’œuvre poétique de Xavier Grall, écrivain dont j'ai souvent parlé dans ce blog. Les recueils « Le rituel breton », « Rires et pleurs de l'Aven », « La sône des pluies et des tombes », « Solo et autres poèmes » », Genèse et derniers poèmes » figurent dans cet ouvrage, plus certains inédits.
Deux préfaces : une de Mireille Guillemot, veuve de Bernard Guillemot, fondateur des éditions Calligrammes chez qui la poésie de Grall fut éditée. Une seconde et très belle préface d'un autre grand poète breton Yvon LeMen débute cet ouvrage.
Je ne pense pas être très à l'aise pour parler de poésie, mais je vais faire un résumé de mes chroniques passées :
Le rituel breton
Pour Ulysse, s’il revient en Armorique " dit la page de garde de ce recueil, long poème lyrique, qui comme beaucoup de textes de Grall, revient sur l’histoire des Bretons bourlingueurs. Les ports, les alcools, les rêves, la filiation à la Bretagne sont les thèmes qui lui sont chers. Le Maghreb et le Sud l’ont marqué également, lui qui fut appelé du contingent, pris dans des guerres qui ne le concernaient pas.
Et la mer autour et au-dessus de tout, le voyage, l’amour et l’amitié.
« 
Good bye, kenavo
Nous allons respirer tous les parfums
Nous allons danser la pavane de la mer
Dieu et le vent pour suzerains
Nous allons fonder l’empire des paladins. »
Rires et pleurs de l'Aven.
Qui commence par ces mots :
« 
En hommage à ceux qui m’accueillirent
habitants, hommes, femmes, chênes et genêts
de l'Aven. »
Les hommes sont nombreux, les inconnus, Madame Guillerm, Jean-Jean, Thomas, Le Baron, Gégé-Trompette ! Et puis les autres, artistes aussi compagnons d'amitiés, Glenmor, Michel Thersiquel, Alain Page et Claude Huart qui illustre ce court recueil.
Solo et autres poèmes.
Ex-Voto.
Recueil de poésie datant de 1981, illustré par un de ses amis Marcel Gonzalez, peintre de Pont-Aven. «Solo» est le poème le plus long, environ cinquante pages.
Grall se présente à Dieu :

«Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne»
Il y parle de sa santé déjà déficiente :
-«Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris»
Il y invoque ses démons, l’alcool et la fête :
-«Les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses»
Il énumère les poètes, ses frères de miséricorde, François Villon et Rimbaud, Verlaine, Georges Perros et Guillaume de Machaud.
La musique n’est pas oubliée, la classique avec Benjamin Britten et Beethoven, et la bretonne avec son frère de rébellion, Glenmor ou Dan ar Braz, qui lui consacrera un disque. La fin du poème :
«Mais Seigneur Dieu
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne Bleue»
Dans «Ex-Voto» :
Il salue la mémoire de Max Jacob son voisin quimpérois :
-«A Georges Perros cancérisé
A Max Jacob l’étouffé de Drancy
Donnez au paradis les jolies roses»
La Sône des Pluies et des tombes.
Mémoire personnelle, mémoires collectives.
Que dire de ce petit livre qui "trône" depuis 30 ans dans ma bibliothèque ? Qu’il m’est indispensable, et qu’il m’inspire, c’est évident, mais c’est surtout un compagnon de route comme certains disques de Neil Young. Il m’a suivi dans toutes mes divagations, tous mes déménagements, puis dans ma quiétude actuelle. Je l’ai lu et relu, toujours avec la même émotion. Entre « La fête de nuit » et « Sur la route » de Kerouac.
« Pas de préface à ma Sône,
Mes amis, attendez que je sois mort
Car je moissonne encore
Dans mon pays
Par les jours et par les nuits. »
Hélas, Grall est décédé depuis, victime de certains de ces excès qu’il décrit si bien.
« Plaisirs maudits qui me crucifient
c'est fini, je m'en vais aux marais »
Toutes les étapes de ma vie sont là, regret et nostalgie dans "Allez dire à la ville ", fêtes païennes et alcool. "Incandescences", rythmées comme un texte du Barzaz Breiz, le feu de la vie à la mort.
Hommage à Kerouac dans "Kerouac song ":
« Kerouac est mort. Il y aura demain sur sa sépulture des goélands venus du Finistère. La gwerz dans le bec. »
Que dire de ce superbe texte « Amour Kerné » et de sa version musicale par Dan Ar Braz?
Le respect de la famille dans "Tu lis ton ascendance ", présence de la mort qui rode dans « Qui, entre mes épaules ?» mais aussi une grande lucidité dans ces paroles :
« Qui, dans ces poumons gâtés
a fait germer les poisons des fatals tabacs
et les venins des drogues ignobles »
L'Ankou encore dans « Tristan :
« ... j'ai perdu ma vie, j'ai crevé mon cheval
follement j'ai brûlé ma vie comme une lampe »
Le regret de la fin d’un mode de vie dans le poème qui est mon préféré "Plainte de Yann Vari Perrot ", un texte militant, « Nous te ferons Bretagne » Les valeurs perdues du vieux pays dans "Pluies" ou "Marins" ; visite à ces chapelles bretonnes, chef-d’œuvre anonyme dans "Notre Dame de Korreguer":
« Ainsi meurent les cultes
Sous les fourches du temps
et des saisons meurtrières »
Quelques hommages à Armand Robin et à l’Irlande complètent ce recueil. Il y a un peu de provocation dans "Kerdruc september", complainte du touriste à Pont-Aven sous la pluie et devant la télévision.
Un dernier poème avant de refermer ce livre : « J'aimerais partir... »
Genèse & Derniers poèmes.
Poésie inachevée, la mort ayant fait son œuvre.
Le projet était une suite de "Chants". Trois seulement furent achevés.
Dans ces chants la vie est présente, avec ses joies, ses rapports avec la nature et le monde. Il y parle des fleuves, des ports, des mers et des océans. Il parle aussi des marins et des pêcheurs et des navires qui font rêver les terriens.
- «  Il y avait les ouragans
Il y avait la peur humaine »
Les derniers poèmes sont des œuvres sur le temps qui passe, sur la mort et la désertification de la Bretagne intérieure dans " Les déments " :
- « Par les chemins noirs de L’Arrée
où vont-ils les déments
A quel orme
Pour quel suicide? »
Nous avons tous, je crois, quelque part en mémoire le souvenir d’une maison, grande ou petite qui nous serre le cœur, dans le poème "Supplique des maisons anciennes " :
- « Demeure des fêtes et des mœurs anciennes
J’ai souvenir de ta rurale noblesse » .
Suit l’émouvant "Tombeau pour Bobby Sands"
- « Briques et cendres Belfast
Ne revit Bobby que mort et blanc….
Cromwell peut cracher ses dents

pourries dans le sang de l’Irland e »
Le dernier :
« -Ne me parlez pas de moi
Sur ma tête mettez une pierre d'’argile blanche
Et parlez-moi de la terre ».
Plusieurs autres poèmes complètent ce recueil où Grall semble attendre la mort en renouant avec Dieu.
Une phrase qui m’émeut toujours autant dans «La mort si lente à venir»
"-Et c’est seulement au chevet des mères mourantes
Que les fils des hommes accèdent à la connaissance !
Car il faut les ténèbres à l’illumination du cierge."
Dans la liste des oeuvres posthumes, j'ai eu la joie de trouver ceci :
Sönger regns og grafar (La sône des pluies et des tombes) édition islandaise chez GB ùtgàfa (2008) traduction de ma « cousine » islandaise Olof Pétursdóttir.
Éditions : Rougerie (2010)
Autres chroniques de Xavier Grall :

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GRALL Xavier / La sône des pluies et des tombes.
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GRALL Xavier / L'inconnu me dévore.
GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets  
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GRALL Xavier : Genese & derniers poèmes  
 GRALL Xavier/ Au nom du père.
GRALL Xavier/ DUC0S Gérard/ La fête de nuit/

 

 



 

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11 décembre 2011

NONO & TRINKA. / Secrets de Cochons, Histoires du pâté Hénaff

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Secrets de Cochons.
Histoires du pâté Hénaff.

NONO & TRINKA.

Note : 5 / 5.
Dans le cochon tout est bon !
Je ne suis pas un grand amateur de B.D., mais du pâté Hénaff je suis un inconditionnel !
Cette petite (ou grande d'ailleurs) boîte bleue, un des symboles de la gastronomie bretonne, qui se mange à toute heure du jour et de la nuit aussi.
Deux guides de haute volée, Nono, crayons acérés, ancien prof de philo (qui mène à tout à condition d'en sortir, la preuve) dessinateur prolifique depuis des années, que l'on trouve « accoquiné » à certaines plumes et non des moindres (je vais en oublier, c'est sûr) Jean Kergrist, Hervé Lossec ou Jean-Charles Perazzi pour ne citer que ceux que j'ai croisés dernièrement !
Il lui arrive aussi d'assumer seul certains ouvrages « Dessine-moi la philo » par exemple. Je me souviens aux temps anciens d'une B.D. répondant au titre de « Jours de Bretagne ».
Trinka, que je vois souvent, est dessinateur, scénariste et éditeur. On lui doit une série ludique sur l'histoire des départements bretons «L'étonnante histoire du Finistère » et «L'étonnante histoire du  Morbihan » ou de « L’étonnante histoire de Rennes ». Mais comme éditeur on lui doit également « L'étonnante histoire de la S.N.C.F ».
Le décor est planté, direction Pouldreuzic dans le Finistère, berceau de la famille Hénaff...et aussi de Pierre-Jakez Hélias qui mérite ici aussi un coup de chapeau... rond bien sûr !
La question primordiale (ou principale, ou essentielle, ou existentialiste, ou finale, celle qui questionne tous les étrangers de passage) est la suivante : que signifie B.Z.H. ! Pas de réponse sur ce blog, je garde le prix (mon poids en pâté) pour moi tout seul....charité bien ordonnée commence par soi-même !
Combien de Bretons vivent à l'étranger...vaste question...vaste comme l'univers (les Bretons ne se contentent pas du monde)...tout le monde spécule (je sais c'est pas terrible comme « maux », mais enfin!) les ambassades, les consulats de A à Z, on fait des calculs savants, on tire des plans sur la comète....et c'est encore le contribuable qui paie ! Alors qu'une simple racine (ronde et bleue) bon disons carré suffit....X = + - 3,1416 = + le nombre d'hermines dans le drapeau breton = par le nombre de cochons à quatre pattes, (les vieillards lubriques ne sont pas concernés!) puis racine carrée du nombre de boîtes de pâté Hénaff vendu dans le monde ! Élémentaire mon cher Léo Tanguy !
Le résultat....Pas le temps de regarder, j'étale mon pâté....
Un vieux cochon sentant sa mort prochaine fit venir ses petits enfants, et leur tint ce langage : finir en pâté ou en saucisses ? Oui, mais chez Hénaff !
Comme personnages, des cochons et des hommes pour parodier un très grand film récent. Mais pas de Dieu, ici tout est plus terre à terre, la nourriture terrestre prenant allégrement le pas sur la spirituelle !
Les amateurs ont créé un club avec, entre autre, le navigateur Desjoyaux, la comédienne Danielle Evenou et l'écrivain de Lorient, Irène Frain.
Un dernier mot, le pâté Hénaff dans le cinéma (hé ! j'ai vu de mes yeux vu), et tout le monde peut en faire autant (en emporte le pâté Hénaff). Le film se nomme « Le missionnaire » (ce n'est pas du cinéma cochon) de Jean Kergrist et il est en vente chez l'auteur, qui fut, je me suis laissé dire, un peu sponsorisé par monsieur Hénaff père ! Je dis bien un peu seulement !Et c'est très surprenant le pâté coule à flot !
Un petit mot à l'éditeur, une idée en l'air un coffret, une boite de pâté format collector et la BD pour Noël, ! Joindre la culture et la gastronomie !
Extraits des bulles (ni de champagne, ni papales!) :
- On est invité à un cocktail chef Hénaff.
Je ne te crois pas tu me mets en boîte.
- Eureka !
C'est pas du breton ça, gast !
- La mort qui conserve !
- Chef on peut goûter une boîte ? Juste une petite ?
On commence par une petite et on devient accro !
- Tu es à croquer mon lapin !
Je les retiens les Hénaff avec leurs cochonneries !
- Incroyable ! Quel est le 1% de cochons qui ne connait pas Hénaff !
Éditions : La ligne pourpre (2011) .
Et comme un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, voici une page de cet album:
Cochons !


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07 décembre 2011

ÁVALOS BLACHA Leandro / Berazachussetts.

Berezina
Berazachussetts.
Leandro ÁVALOS BLACHA .

Note : 4/5.
Berezina argentina !
Je poursuis ma découverte de la littérature argentine contemporaine, grâce encore une fois à un livre des éditions Asphalte. Encore bien évidemment à un auteur qui m'est absolument inconnu ! La quatrième de couverture semble indiquer que nous sommes loin d'une littérature très classique, et pour moi c'est tant mieux.
Quatre amies Dora, Milka, Beatriz et Susana découvrent une femme à moitié nue sur le bord de la route. Celle-ci, une zombie obèse aux nichons gros comme des ballons de baskets, se nomme Trash, laquelle a connu son heure de gloire quelque temps auparavant en interprétant des reprises d'abats (non Abba, pas abats, quoique ) en version gothique ! Bref elles amènent cette vision cauchemardesque chez l'une d'elles ! Et à partir de ce moment, l'apocalypse entre dans leurs vies !
Susana part faire des courses, mais revient avec un cadavre sur les bras.... pour le plus grand bonheur de Trash, qui prend un en-cas et prépare quelques morceaux pour le congélateur....Direction le restaurant où notre zombie préférée a une altercation avec Saavedra, notable du coin, Dora « en mâle » de câlins lui prodigue des soins personnalisés....sur les bords de mer, Trash empêche un viol, mais ne peut empêcher la mort de Susana...des voyous, fils de bonne famille rôdent filmant certains méfaits qu'ils encouragent.
Au matin le monde est le même pour certains mais a changé pour d'autres. L’amitié entre les trois femmes n'aura pas survécu aux obsèques de Susana, comme si la présence de Trash avait bouleversé les relations entre elles !
En route pour des aventures pour le moins improbables, Trash part avec Beatriz en stop, Dora aménage la villa de son protecteur richissime et influent, pendant que Milka dévaste son appartement mais lui lègue une statue qui vaut son pesant d'or....
Un road movie infernal et déjanté commence alors...avec une galerie de portraits assez hallucinants et hallucinés !
Trash, la goulue de service est sûrement le personnage la plus sympathique de ce livre, d'ailleurs Beatriz ne s'y trompe pas quand elle dit que le geste le plus courtois qu'elle ait vu depuis longtemps est Trash donnant à boire à un chat errant. La condition de zombie n'est pas forcément agréable et il faut bien faire attention qui on mange....une maladie est si vite attrapée !
Susana par exemple, et c'est dommage est née sous une mauvaise étoile : elle arrive enfin à se débarrasser du fantôme de son défunt mari dans des circonstances rocambolesques, en tuant un homme qui avait soi-disant pris possession de l'âme de son mari, mais qui en réalité ne cherchaient qu'à prendre possession de son propre corps à elle ! Le bonheur, enfin me direz-vous, eh bien non, le soir même sur sa route elle rencontre un violeur novice et contraint et un violeur récidiviste qui lui n'est pas contrit du tout. Elle sera violée et tuée !
Autre personnage pour qui on aimerait avoir un peu de sympathie est Periquita, chef de gang en fauteuil roulant....mais elle de son côté est plutôt du genre, c'est moi le chef ! Elle a sa statue sur la place car il semble que beaucoup de gens la craigne ! Et en plus elle est jalouse comme un tigre !
Dora, elle, n'a pas de scrupules, un homme riche suffit à son bonheur physique autant que matériel,un politicien local Saavedra, très couleur locale d'ailleurs, richissime et corrompu, avec un passé pas très net fera très bien l'affaire. Craignant pour sa vie, il remplit son étang de crocodiles et son jardin de tigres du Bengale. Ce qui ne l'empêche pas de batifoler avec Dora, tigresse d'alcôve dont on ne sait pas si elle porte des slips léopard. Nourrie aux journaux people, genre paparazzi, elle traîne toujours avec elle son appareil photo, et elle est également toujours prête à sacrifier son corps !
Donc tout va bien pour eux dans le meilleur des mondes, mais dans l'ombre, une revenante Samy et son amant vont-ils troubler la vie de nos tourtereaux ?.... Les fils de familles bourgeoises se conduisant comme des enfants trop gâtés, leurs distractions sont humiliantes pour leurs victimes, surs de l’immunité que la situation de leurs géniteurs leur confère ! Une mémé à chats qui les déteste et ils le lui rendent bien, ces charmantes bestioles !
On devine vite que l'auteur nous fait une critique sévère de la société argentine ! Le vampirisme de Trash n'est que le reflet d'une caste s'enrichissant de plus en plus au détriment du reste de la population. Caste corrompue sans foi ni loi ne connaissant que le profit et le pouvoir de l'argent roi.
Plein d'humour et de dérision malgré tout dans ce livre. Je ne résiste pas à vous donner quelques noms de lieux savants, mélange de plusieurs pays et langues : Quitiliechtenstein, Pehuahollywood, Tchernobyllinghurst et bien sûr Berazachussetts. Un livre décalé et désenchanté qui dépeint une Argentine loin des clichés habituels!
Et j'ai appris avec stupéfaction que même au ciel il y a des boutiques de luxe....pauvres riches !
Extraits :
- ….elle ne pouvait plus manger un petit doigt sans prendre dix kilos. Pendant un temps, elle avait fait comme si de rien n'était parce qu'elle était punk et zombie, et qu'avoir la silhouette imposée par la société était le cadet de ses soucis.
- De fait, elles avaient attendu le veuvage avec impatience, comme le moment où naîtrait le bonheur authentique.
- Au moins, il palperait les seins d'une femme, au lieu de s'ennuyer au coin de la rue. Susana, bien que vieille, n'était pas laide.
- Trash se demandait si elle résisterait à la tentation de lui arracher la langue d'un coup de dents lorsqu'elle l'aurait dans la bouche.
- « Ah, non, monsieur ! cria-t-il à son adversaire. Cette femme-là, c'est moi qui la viole. »
- En sens inverse venait une autre manifestation, des écologistes qui protestaient contre l'installation de vitrines réfrigérées pour les pingouins.
- Dora tenta de se représenter le cadavre de son amie à l'intérieur... c'était trop bien pour Susana.... elle choisit un caisson en pin, le deuxième moins cher sur la liste, et commanda un service standard pour le reste.
- Elle approcha ses lèvres de l'oreille de son amant, assez pour la tacher de rouge
, et murmura : « je suis allergique aux fleurs.... achète-moi plutôt des diamants... ».
- C'était étrange.... elle n'était pas retournée dans un cimetière depuis la nuit où elle était devenue zombie.
- C'était un bon truc : le passé contre de l'argent.
Éditions : Asphalte (2011).
Titre original : Berazachussetts (2007).
Autres chroniques d'Argentine chez le même éditeur :
Eaux-fortes de Buenos Aires/
Roberto ARLT .
Les Taupes /
Felix BRUZZONE .

Golgotha / Fernando OYOLA .

 

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04 décembre 2011

CHOPIN Alain / Flaubert est un blaireau.

Flaubert est un
Flaubert est un blaireau.
Alain CHOPIN .

Note : 4 / 5.
L'école est finie....*
Auteur né comme moi dans les Côtes d'Armor (du Nord à l'époque), professeur de français dans des lycées professionnels dans le nord (de la France et non pas de la Bretagne), il nous narre par petites touches ses expériences professionnelles.
Ce récit commence par une préface d'Hervé Hamon dont je sors cette phrase :
- Et c’est ce qu’il nous offre, au fil de portraits, de courtes scènes – le best of d’une carrière.
La vie d'un prof en lycées professionnels, sûrement pas meilleure, ni pire que les autres !
Des élèves ici comme ailleurs, avec leurs doutes ! Souvent habillé de la même manière, il est difficile de ne pas se fondre dans la masse. Contre cet état de fait, l'arrivée en retard en cours semble être une des solutions ; Samir et Nadia ont choisi cette manière de faire ! Un petit moment de gloire éphémère ! Ont-ils conscience en agissant de la sorte de manquer du plus élémentaire respect vis-à-vis de tous les autres membres de la classe! Il semble que ce laissez-aller soit admis par tous , professeur inclus!
Le théâtre révélateur de talents insoupçonnés, où même les maladresses ont de la classe....Par contre parfois la classe ou même la moindre bienséance manque, aussi bien du côté de la stagiaire que chez les élèves....Un cours de « nanalogie » n'est pas une sorte de travaux pratiques réservés uniquement aux filles, la question rituelle du lundi matin « Avez-vous passé un bon Week-end ? ».
Quelques séances de cinéma avec l'humour potache qui va avec : Jérémy seul garçon dans la salle, sur l'écran « Les liaisons dangereuses » ! L'art et la manière de se faire charrier tout un après-midi !
Des personnages en veux-tu en voilà.....des jeunes bien sûr et souvent ce besoin de se faire remarquer peut-être pour paraître exister ! Nadège et ses incessantes questions, Adeline et Cyndi qui avaient toujours une conversation sur le feu, Thierry et son rat, blanc et éduqué soit, mais rat malgré tout, alors la prof d'espagnol n'appréciait pas !On fait aussi la connaissance d’Alison qui malgré son prénom est nulle en anglais (et cela ne la dérange pas du tout) mais bonne en flirt, nouvelle discipline scolaire ? Autres temps, autre mœurs, nous étions il y a très longtemps nuls dans les deux matières, mais on progressait plus vite dans la seconde....Alison aussi....Giloura comme l'auteur le dit si bien, le baromètre de son attitude donne le degré d’intérêt qu'elle accorde au cours ! Siham et son don pour la lecture, pour Sarah c'est le dessin malgré une blessure ancienne, un fan de foot qui parle de haine pour les voisins du 62, oubliant que sur le terrain peut-être qu'aucun joueur ne vient du Pas-de-Calais ! De très beaux portraits : celui d'Hafida, de Myriam, la visite d'un écrivain, une bière du nord, la montre d'un élève.....ces toutes petites choses qui donne à la vie un parfum de fête.... La fête pour Kevin ce n'est malheureusement pas souvent le cas...ni pour Éléonore le jeune stagiaire avec la classe des électriciens ! A Paris, l’absence des uns fait le bonheur de certaines gourmandes aux ventres vides !Parfois quand c'est possible l'auteur nous donne des nouvelles de ses anciens élèves au gré de leurs rencontres.
L'écriture mélange allégrement un certain classicisme, c'est le professeur qui écrit, mêlé à un style plus jeune et plus débridé, employé par les élèves.
Et la littérature dans tout cela, me direz-vous ! Ils aiment Ubu, son côté novateur et son langage un peu ordurier, Shakespeare, pourquoi pas ?
Je me pose malgré tout la question, le monde a énormément changé en 50 ans. Nous n'avions pas, notre génération, tous les moyens mis à la disposition des élèves de maintenant, pas de calculatrices, mais nous étions capables de faire plusieurs opérations de tête ! Nous pouvions en moyenne situer Brest et Strasbourg sur une carte...certes tout n'était pas rose, mais il me semble qu'avec un certificat d'étude, nous savions plus de choses de culture générale que certains bacheliers de maintenant !
A noter une très intéressante postface écrite par l'auteur.
Extraits :
- À la prof d’espagnol, elle avait dit : « Je suis une fille des cités, Madame, et c’est pas vous qui allez me faire changer ».
- Je prends sur moi pour lui répondre à chaque fois, c’est le début de l’année, je suis encore en bonne forme.
- Je crois qu’elles se donnaient des nouvelles de leurs amies et de leurs ennemies – il y avait des rivalités terribles entre filles dans cette classe.
- Je m’en suis toujours tiré. J’ai eu des classes dures avec lesquelles j’ai dû batailler, parfois pendant plusieurs mois.
- Ça a été avec la stagiaire ? Vous avez bien travaillé ?
Oui Monsieur, super.
Vous avez trouvé un thème ?
Oui, Monsieur. On a choisi pour ou contre violer la stagiaire.
- Ils se parlent, par voie épistolaire, mais les mots sont ceux de Kressmann Taylor.
- Voilà. Noir. La lumière se rallume dans la salle, applaudissements…peu nourris… seulement nous… je me retourne : personne. La salle est vide.
On les récupère dans les cafés autour du théâtre.
- On a l’impression que tout cela ne nous concerne plus. Le temps passe lentement, de plus en plus, on s’ennuie. On a envie que ça se termine. Temps mort.
- Mes élèves – 17-18 ans - connaissent déjà le désir, l’amour, la rivalité, la haine, le malheur, la séparation, la joie, le plaisir.
- Nous réfléchissions ensemble à ce que voulait dire enseigner, au sens de notre métier, dans une société qui se transformait rapidement.
- Mais quand même,toujours recommencer, sans se laisser impressionner, résister, penser avec sa propre tête dure de Breton, rester singulier, par plaisir, par envie de vivre… et basta !
- Je découvre ce que l’on nomme aujourd’hui la diversité qui n’existait pas non plus en Bretagne où il n’y avait que des Bretons.
Éditions : Dialogues. (2010).
*Chanson de Sheila ou constat de décès de l'école d’antan?
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