Flaubert est un
Flaubert est un blaireau.
Alain CHOPIN .

Note : 4 / 5.
L'école est finie....*
Auteur né comme moi dans les Côtes d'Armor (du Nord à l'époque), professeur de français dans des lycées professionnels dans le nord (de la France et non pas de la Bretagne), il nous narre par petites touches ses expériences professionnelles.
Ce récit commence par une préface d'Hervé Hamon dont je sors cette phrase :
- Et c’est ce qu’il nous offre, au fil de portraits, de courtes scènes – le best of d’une carrière.
La vie d'un prof en lycées professionnels, sûrement pas meilleure, ni pire que les autres !
Des élèves ici comme ailleurs, avec leurs doutes ! Souvent habillé de la même manière, il est difficile de ne pas se fondre dans la masse. Contre cet état de fait, l'arrivée en retard en cours semble être une des solutions ; Samir et Nadia ont choisi cette manière de faire ! Un petit moment de gloire éphémère ! Ont-ils conscience en agissant de la sorte de manquer du plus élémentaire respect vis-à-vis de tous les autres membres de la classe! Il semble que ce laissez-aller soit admis par tous , professeur inclus!
Le théâtre révélateur de talents insoupçonnés, où même les maladresses ont de la classe....Par contre parfois la classe ou même la moindre bienséance manque, aussi bien du côté de la stagiaire que chez les élèves....Un cours de « nanalogie » n'est pas une sorte de travaux pratiques réservés uniquement aux filles, la question rituelle du lundi matin « Avez-vous passé un bon Week-end ? ».
Quelques séances de cinéma avec l'humour potache qui va avec : Jérémy seul garçon dans la salle, sur l'écran « Les liaisons dangereuses » ! L'art et la manière de se faire charrier tout un après-midi !
Des personnages en veux-tu en voilà.....des jeunes bien sûr et souvent ce besoin de se faire remarquer peut-être pour paraître exister ! Nadège et ses incessantes questions, Adeline et Cyndi qui avaient toujours une conversation sur le feu, Thierry et son rat, blanc et éduqué soit, mais rat malgré tout, alors la prof d'espagnol n'appréciait pas !On fait aussi la connaissance d’Alison qui malgré son prénom est nulle en anglais (et cela ne la dérange pas du tout) mais bonne en flirt, nouvelle discipline scolaire ? Autres temps, autre mœurs, nous étions il y a très longtemps nuls dans les deux matières, mais on progressait plus vite dans la seconde....Alison aussi....Giloura comme l'auteur le dit si bien, le baromètre de son attitude donne le degré d’intérêt qu'elle accorde au cours ! Siham et son don pour la lecture, pour Sarah c'est le dessin malgré une blessure ancienne, un fan de foot qui parle de haine pour les voisins du 62, oubliant que sur le terrain peut-être qu'aucun joueur ne vient du Pas-de-Calais ! De très beaux portraits : celui d'Hafida, de Myriam, la visite d'un écrivain, une bière du nord, la montre d'un élève.....ces toutes petites choses qui donne à la vie un parfum de fête.... La fête pour Kevin ce n'est malheureusement pas souvent le cas...ni pour Éléonore le jeune stagiaire avec la classe des électriciens ! A Paris, l’absence des uns fait le bonheur de certaines gourmandes aux ventres vides !Parfois quand c'est possible l'auteur nous donne des nouvelles de ses anciens élèves au gré de leurs rencontres.
L'écriture mélange allégrement un certain classicisme, c'est le professeur qui écrit, mêlé à un style plus jeune et plus débridé, employé par les élèves.
Et la littérature dans tout cela, me direz-vous ! Ils aiment Ubu, son côté novateur et son langage un peu ordurier, Shakespeare, pourquoi pas ?
Je me pose malgré tout la question, le monde a énormément changé en 50 ans. Nous n'avions pas, notre génération, tous les moyens mis à la disposition des élèves de maintenant, pas de calculatrices, mais nous étions capables de faire plusieurs opérations de tête ! Nous pouvions en moyenne situer Brest et Strasbourg sur une carte...certes tout n'était pas rose, mais il me semble qu'avec un certificat d'étude, nous savions plus de choses de culture générale que certains bacheliers de maintenant !
A noter une très intéressante postface écrite par l'auteur.
Extraits :
- À la prof d’espagnol, elle avait dit : « Je suis une fille des cités, Madame, et c’est pas vous qui allez me faire changer ».
- Je prends sur moi pour lui répondre à chaque fois, c’est le début de l’année, je suis encore en bonne forme.
- Je crois qu’elles se donnaient des nouvelles de leurs amies et de leurs ennemies – il y avait des rivalités terribles entre filles dans cette classe.
- Je m’en suis toujours tiré. J’ai eu des classes dures avec lesquelles j’ai dû batailler, parfois pendant plusieurs mois.
- Ça a été avec la stagiaire ? Vous avez bien travaillé ?
Oui Monsieur, super.
Vous avez trouvé un thème ?
Oui, Monsieur. On a choisi pour ou contre violer la stagiaire.
- Ils se parlent, par voie épistolaire, mais les mots sont ceux de Kressmann Taylor.
- Voilà. Noir. La lumière se rallume dans la salle, applaudissements…peu nourris… seulement nous… je me retourne : personne. La salle est vide.
On les récupère dans les cafés autour du théâtre.
- On a l’impression que tout cela ne nous concerne plus. Le temps passe lentement, de plus en plus, on s’ennuie. On a envie que ça se termine. Temps mort.
- Mes élèves – 17-18 ans - connaissent déjà le désir, l’amour, la rivalité, la haine, le malheur, la séparation, la joie, le plaisir.
- Nous réfléchissions ensemble à ce que voulait dire enseigner, au sens de notre métier, dans une société qui se transformait rapidement.
- Mais quand même,toujours recommencer, sans se laisser impressionner, résister, penser avec sa propre tête dure de Breton, rester singulier, par plaisir, par envie de vivre… et basta !
- Je découvre ce que l’on nomme aujourd’hui la diversité qui n’existait pas non plus en Bretagne où il n’y avait que des Bretons.
Éditions : Dialogues. (2010).
*Chanson de Sheila ou constat de décès de l'école d’antan?
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