28 octobre 2011

Carhaix....again.....

Carhaix.

Affiche2011

Demain matin, le pèlerinage annuel à Carhaix. Pour le salon du livre de Bretagne et,

très important, la réunion des blogueuses littéraires de Bretagne qui daignent me tolérer

dans leur confrérie ! 

La présidente d'honneur du festival sera cette année, Nathalie de Broc, j'en suis très

content.

Pour tous renseignements :

http://festivaldulivre-carhaix.org/


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24 octobre 2011

EMERY Alain / Les Porcelaines.

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Les Porcelaines.
Alain EMERY.

Note : 4 / 5.
Attention ….fragilité.
Recueil de 21 nouvelles d'un grand spécialiste du genre, et ce style littéraire n'est pas le plus simple, alors dégustons.
Un homme sur une terrasse, son domaine.....son royaume pour un cheval.....sûrement....il s'est détaché un jour de sa vie..... Il est heureux. Une femme veille sur lui....un très beau texte. « Cavale », la musique, un air fredonné, des notes qui semblent écrites pour nous. Qui accompagne cette femme marchant sur la jetée pour rejoindre le bruit de la houle, Mozart, Satie, Wagner, Beethoven personne ne le sait à part elle-même. « La face nord des tombeaux » dans le cimetière des vanités, œuvres monumentales pour quoi et pour qui ? La sagesse populaire ne dit-elle pas que l'on n'emporte pas sa fortune dans sa dernière demeure...Cet argent gagné à quel prix ? La vie est dure pour cette femme, jadis belle, riche, méprisante.....l'eau a coulé sous les ponts, le fleuve des ans ne l'a pas épargnée, bien au contraire le mépris est devenu supplication. Du champagne dont elle ne buvait que la moitié de sa coupe, au vin blanc sec qu'elle est obligée de mendier, grandeur et dépendance. « Les géomètres » qui pensent que la géographie est une science exacte se trompent, surtout quand les sentiments humains sont en jeu. Enfin parfois l'amour, contrairement à l'argent, a une odeur et même un parfum. Que reste t-il des apparences dans un village lorsque la nuit est tombée, dans le noir le riche et le pauvre marchent parfois côte à côte, chacun avec ses craintes et ses doutes. Vanité et cimetière encore dans « Trois barrettes », un homme ayant loupé sa vie ; il tient, avec un ordonnancement tout militaire, à réussir sa sortie. Mourir en grand uniforme sur son lieu de travail ! On peut mourir assassiné par une jeune femme et de ce fait devenir un martyre....mais où est la vérité, noyée dans l'encre d'un journal ? Un vieil écrivain qui reçoit de la visite, mais il n'est pas dupe, texte très touchant !« Ces derniers feux » la vieille dame et son gigolo....les protagonistes connaissent les termes du marché tacitement conclu....alors laissons la morale un peu de côté ! Scènes ordinaires « Au café de l'horloge », un notable condescendant tutoie un vieil homme de couleur.....et pourtant, l'un collaborait avec l'occupant, l'autre se battait pour chasser l'occupant.
Beaucoup de portraits de gens un peu au bord du gouffre, un couple, l'âge venu, la femme toujours aimante, une autre femme mystérieuse qui semble fuir le monde....qui est-elle....toutes les suppositions sont avancées. Des hommes et des femmes, plutôt d'âge mûr, un peu blettes parfois, l'existence n'a pas toujours été simple pour eux. Un saint d'un genre un peu particulier, pétoire sur l'épaule et chiens de chasse en laisse, beaucoup de bruit pour rien. Une infirmière en chef se réfugiant derrière une façade autoritaire, le trio homme femme et bateau, et l’espérance dans tout cela ? Un Auguste pas très auguste, mais laissons vivre la légende. Un mécanicien comédien, un monsieur Raphaël mystérieux et philosophe, une femme peintre sont aussi des personnages rencontrés dans ce recueil. Une écriture ciselée, presque minimaliste, rien n'est en trop, mais rien ne manque, la précision absolue. Ces nouvelles très brèves ne sont pas noires, ni roses, ni bleues, mais grises comme la vie, gamme allant du gris pale au gris anthracite. Des destins avec parfois une éclaircie, car avec parcimonie un petit rayon de soleil vient illuminer le ciel et la terre. Un registre différent des autres ouvrages d'Alain Emery, plus classique dans le fond, moins sombre que « Gibiers de Potences » par exemple.
Extraits :
- Il a sous le nez de quoi fumer jusqu'à la nuit et, à portée de main, une carafe de vin de soif. C'est un roi sur sa terrasse.
- Chacun de nous abrite une harmonie, un sillon intime qu'épouse par miracle le solfège de parfaits inconnus.
- Que lui doit-on, au juste, à cet homme ? Rien qui mérite une cathédrale : il ne laisse derrière lui qu'un bas de laine.
- Qui, de l'alcool ou des barbituriques, gouverne toutes ces tringles invisibles reliées à ses joues ?
- Elle avait beaucoup perdu mais pouvait tout de même, d'un battement de cils, d'un soupir de poitrine, allumer sur son passage des feux surprenants. Aucun homme n'était de taille à lui résister.
- Si j'entrais dans le détail, vous finiriez par dresser autour de cette caricature les piliers branlants d'une parabole. Le puissant sur son trône, le misérable à ses pieds.
- Le troupeau a bien entendu beaucoup plaint la victime. C'est une manie.
- Il n'est plus de ce monde depuis bientôt quarante ans mais on se dispute encore beaucoup à son sujet. Pour un peu on s'arracherait les yeux.
- Le venin nous a tenu chaud. Qui pourrait nous en blâmer ?
- Un accord conclu sous les draps. Elle ferme les yeux, efface les ardoises et lui souffle sur les braises.
- Ici, il était avant tout question de belotes et de canassons, l'alcool étriqué et de parties de football.
- Pourtant, quand nos regards se croisent, le mien se dérobe. Je ne suis pas de taille. C'est une petite châtelaine.
Éditions : JFE (Jacques Flament éditions) 2011.
Autres chroniques de l'auteur.
Canaille & Compagnie.
Divines antilopes.
Gibiers de potence .

 

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21 octobre 2011

Collectif / Mexico Noir (présenté par Paco Ignacio TAIBO II

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Mexico noir.
Collectif (Présenté par Paco Ignacio TAIBO II )

Note : 3,5 / 5.
Mexicoke City Black.
Je continue mon tour du monde des villes, version noire, grâce aux éditions « Asphalte» et à cette nouvelle collection de recueils de nouvelles.
Après une introduction  « coup de poing » de Paco Ignacio Taibo II , le lecteur est tout de suite mis dans l'ambiance, ici on est prié de se méfier pratiquement plus de la police que des gangsters pourtant nombreux.
On ne change pas une formule qui gagne, « même si on change les écrivains », trois parties donc pour ce livre, avec des titres très prometteurs : « Au-dessus des lois »,« Des morts qui marchent » et « la ville de l'asphyxie ». Douze écrivains (chacun a le droit à une courte biographie) ont trempé leurs plumes dans l'encre noire, leurs noms par ordre alphabétique : Eugenio Aguirre, Óscar de la Borbolla, Rolo Diez, Bernardo Fernández, F.G.Haghenbeck, Victor Luis Gonzáles, Huan Hernández Luna, Myriam Laurini, Eduardo Monteverde, Julia Rodríguez, Eduardo Antonio Parra, et Paco Ignacio Taibo II. Certains ont été traduits en français et les femmes ne sont guère représentées....
Pollution et corruption semblent être les images de marque de cette ville géante et tentaculaire qui parait réunir tous les défauts des sociétés modernes entre ses murs.....Prostitutions, drogue, rackets, viols et chantages, tout y passe pour se faire du fric.....même les représentants de l'ordre....surtout eux d'ailleurs ! Des gens très riches côtoient des très pauvres dans « Collections particulières ». Lizzy fait partie de la première catégorie. Malgré tout et cela doit être dans la nature humaine, l'argent appelle l'argent. Une nouvelle qui commence très bien, mais m'a laissé sur ma faim ! Un coin de rue sis à l'angle de la calle Doctor Erasmo et de la calle Doctore Monteverde, et malgré ce parrainage c'est un des endroits les plus malsains de la ville ! Une endémie de morts violentes est à désespérer du corps médical ! Quant aux autorités policières, la vaccination n'est pas encore au point.... Une histoire étrange.... roman ou réalité ? « Le comique qui ne souriait jamais » un peu d'humour dans un monde de brutes....cet acteur grande vedette locale a un problème, on le fait chanter .. « Le maître chanteur de Mexico » grimpe au hit-parade, mais pour combien de temps ?....Une écriture à la Carter Brown, toutes les femmes sont superbes, le héros prend des roustes monumentales et a le calembour parfois facile mais souvent efficace ! « Bang », une nouvelle qui fait du bruit, originale dans le sens où les narrateurs se succèdent, classique par le trio habituel, femme, mari, amant avec comme complément d'objet direct un révolver....« Le brasier des judas » une fête qui s'embrase...paix à leurs cendres... certains parodiant Landru diront « La femme au foyer ». Au Mexique, la vengeance est-elle un plat qui se mange chaud ? « Violetta  n'est plus » qui a assassiné cette femme ? Nul ne le sait et bientôt plus personne ne se souviendra d'elle....l'oubli éternel. « Derrière la porte » pose une question : que s'est-il passé derrière cette porte blindée et là-bas aussi on constate « Mais que fait la police » ? Une nouvelle qui fait froid dans le dos ! Le temps efface tout....« Dieu est un fanatique, ma fille » ….si vous le dites mon père, vous êtes mieux placé que moi pour le savoir. Les voix du Seigneur sont impénétrables. L'église catholique à la mode mexicaine, surprenant !
Viking, pour un homme qui ne se rappelle plus de son nom, pourquoi pas ! Clodo, alcoolo que lui est-il arrivé la nuit dernière ? Il poussait son caddie avec ce qui reste de ses biens...un homme qui fuit....il le repousse et est taché de sang....et ensuite....ensuite...la police veille.....hélas ! Une femme d'affaire dure en affaires......qui emploie des arguments frappants....Un policier et un romancier associés pour la bonne cause, un comique pas marrant, un détective qui sort des clichés de la profession, des femmes souvent belles, bref une belle brochette de personnages pas tous très honnêtes....mais il semble relativement difficile de faire autrement, en effet l'exemple vient de haut et les autorités ne sont pas exemptes de tous reproches. Un écureuil saoule d'amour pour l'Unique, dommage c'est un  amour sans retour . Des gens et des chats, des glandeurs qui ne rêvent pas de grandeurs, bref la roue tourne encore plus mal là-bas qu'ici.
Les luttes pour le moins féroces pour toutes les manières de se faire de l'argent rapidement, les trafiquants de drogues en particulier qui très peu partageurs disent le Mexique aux Mexicains...
Pas la meilleure cuvée, de la série, la Téquila n'était pas assez frappée (par contre certaines victimes oui....) et la Despérados un peu tiède à mon goût.....de bonnes histoires mais d'autres semblent avoir été finies dans l'urgence, ou ont des chutes que je n'ai pas réellement compris ! Une playliste musicale complète l'ouvrage avec « oh surprise » Petula Clark !
Je laisse le mot de la fin de cette chronique à F.G.Haghenbeck :
- Mais je sais que les choses ne se sont pas passées ainsi, car au Mexique, il n'y a que les films qui finissent bien.
Extraits :
- Une secrétaire était apparue à la porte, elle était mieux sculptée que les pyramides de Teotihuacan.
- En l'entendant prononcer ces paroles, j'ai bien cru que j'allais la demander en mariage.
- Peut-on considérer une tombe comme un trou obscur ?
Un vagin est-il un trou obscur ?
- Les blondes ne sont pas de bonnes compagnes d'aventure.
Les pistolets sont bien mieux, pour ça.
Les brunes non plus ne valent rien pour l'aventure.
- (C'est dans la solitude que meurent les personnes âgées, de mort naturelle ou assassinée. Ce genre de chose arrive si souvent à Mexico que, peu à peu, on finit par ne plus s'en étonner......)
- Mes sources sont sacrées, plus encore que la vierge de Guadalupe.
- Les caïds survivent, c'est la loi du quartier.
- Une femelle inquiète et flattée est une fenêtre ouverte pour qui sait regarder de travers.
- C'était bien, la castration : pas de femelles et pas de guerre de territoire.
Éditions : Asphalte (2011).
Titre original : Mexico City Noir (2010).
Autres chroniques de la collection :
Los Angeles Noir.
Londres Noir.
Brooklyn Noir.
Rome Noir.
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18 octobre 2011

COOK Kenneth / Le koala tueur *.

Le koala
Le koala tueur *
Kenneth COOK.

Note : 3,5 / 5.
Bestiaire Austral !
J'ai beaucoup aimé les trois romans précédemment lus de cet auteur australien trop peu traduit. Le moins que l'on puisse dire c'est que sa version de l'Australie vaut le détour ! Laissez tomber la côte, les massifs de coraux, les plages et les surfeurs, entrez dans le bush ! Bienvenue en enfer et n'oubliez pas votre bière car il fait très chaud, et en route pour « La vie des animaux » version australe et alcoolisée.
Quinze nouvelles où il s'attaque à la faune de son pays, pas la faune humaine, il l'a fait dans ses romans, non, la faune animale. Et il y va de bon coeur! Il est exact de dire que l'on donnerait le Bon Dieu sans concession à certaines de ces petites bêtes, enfin avant.....
S'endormir ivre mort au milieu d'un vivarium n 'est pas forcément très malin, ni d'ailleurs de photographier un crocodile contant fleurette à une femelle pas réellement consentante ! En réalité, conter fleurette pour un crocodile se rapproche plus du viol que d'autre chose! Une nouvelle porte le doux titre de « Cent Canettes » et c'est une des rares qui ne parle pas d'animaux, mais de pari stupide ! On fait la connaissance de « Cedric le chat » monstre à qui il ne reste plus qu'une oreille et de son maître l'irascible Henry Gibbs. Duo d'enfer !
Il semblerait que certains aborigènes soient plus malins que les alchimistes du Moyen Âge. En effet certains d'entre eux arrivent à changer le plomb en or! La chasse aux cochons sauvages n'est pas non plus de tout repos, pas plus qu'une ballade en chameau d'ailleurs. Bref des histoires plus invraisemblables les unes que les autres, mais l'auteur nous jure ses grands dieux que tout est vrai, enfin peut-être un peu arrangé quand même.
Quelques personnages,  humains peut-être pas, mais du genre humain cela oui!  Un personnage récurrent, l'auteur,  qui au cours de ses voyages rencontre tout un tas de gens et d'animaux. Et des animaux du cru ainsi que quelques-uns comme le chameau qui sont plutôt des espèces importées. Un de ces chameaux, plutôt du genre vache obéit au doigt et à l'oeil à son maître. Il faut dire qu'il bosse pour lui! Je sais, cette plaisanterie est un peu facile mais c'était celle ci ou  celle du slip avec le kangourou! Ou celle de la poche avec le même animal. Et je ne me suis pas trompé, on trouve également une éléphante ayant quelques problèmes digestifs ! Le remède, un lavement !
L'auteur est malgré tout très lucide quand il reconnaît que les copains de bistrot, ce n'est pas toujours une réussite! Et c'est un doux euphémisme. Entre un mineur fou et un professeur de plongée un peu givré cela fait de la compagnie.
Il est mais c'est une constante dans la littérature (et la vie?) australienne de bistrot et d'alcool! Voler l'épouse d'un homme est moins vexant que de refuser de boire avec lui! Ce livre est dans la lignée de certains autres romans se déroulant eux aussi dans le bush ou en Australie, je pense par exemple à « Cul de sac » de Douglas Kennedy, « Les noces sauvages » de Nikki Gemmell ou « Secrets barbares » de Rodney Hall, décrivant un monde violent et alcoolisé.
C'est jubilatoire mais parfois angoissant, car dorénavant avant de boire un coup je vérifie s'il n'y a pas de  serpents chez moi, ou( pas) de crocodile dans la baignoire !
J'ai par contre le sentiment pour cet auteur qu'après la lecture de « Cinq matins de trop » et « A coups redoublés » le reste paraît un peu fade. Comme de boire une quelconque bière blonde après une pinte de Guinness à la pression!
Extraits :
- Les enthousiastes ne sont pas des gens comme les autres. Ils ne sont ni meilleurs ni pires : simplement différents.
- La vue d'un pub actionna le frein automatique de mon véhicule.
- Le jeune, qui ne s'était pas rasé de trois jours, ressemblait d'ailleurs à un wombat à museau poilu.
- On ne sait jamais quel pourcentage croire des histoires qu'on vous raconte sur les animaux dans le Nord.
- Tout le monde boit du rhum sur la piste car il est impossible de garder la bière au frais. J'ai horreur du rhum.
- Je lui fis la réponse évidente que personne ne la croirait, comme pour tant d'autres questions absolument vraies.
- Avec ses dents jaunes qui avançaient, il était le portrait craché d'un très grand furet à poils roses, dressé sur ses pattes arrières.
- La rencontre de gars sympas au bistrot est à la source de la plupart de mes ennuis.
Éditions : Autrement (2009).
Titre original : The Killer Koala. (1986)

* et autres histoires du bush.
Autres chroniques de cet auteur :
A coups redoublés.
Cinq matins de trop.
Par dessus bord.

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13 octobre 2011

O'CONNOR Joseph / Muse .

Muse
Muse.
Joseph O'CONNOR .

Note : 3,5 / 5.
La muse, la servante et l'enchanteresse.
Molly Allgood et John Synge n'ont pas la notoriété d'un des grands couples de légende de l'époque, Maude Gone et William Yeats. Mais eux furent amants et s'aimaient sans faux-semblants.
Le contexte historique joue un grand rôle, c'est la période de ce que l'on nomme « Le renouveau celtique », le retour au passé irlandais inspire de nombreuses œuvres. Les légendes sont revisitées, amours déchirants mais aussi un côté épopées guerrières, la révolte artistique gronde chez les intellectuels, la création de « L'Abbaye Theatre » permettra à ces talents nouveaux de s'exprimer.
Londres, octobre 1952, de bon matin dans un quartier délabré. Molly Allgood, plus connue sous son nom de scène Maire O'Neil, vit dans le dénuement le plus complet. Elle, une des plus grandes actrices de son époque, la fiancée de John Synge, un des couples les plus décriés d'un Dublin en pleine effervescence, comment en est-elle arrivée là ? Lui l'auteur honni, le dramaturge hué par la foule, capable de déclencher une émeute pour une seule phrase. Elle, la catin catholique, actrice jeune et talentueuse, au fort caractère, à eux deux ils n'ont que des ennemis, les protestants, les catholiques, les nationalistes, les tenants de la loi et de l'ordre....seuls quelques amis auteurs et acteurs les soutiennent et parfois de loin... Rongé par la maladie, miné par des problèmes de relations avec sa mère, torturé par des questions de foi, Synge meurt en 1909 à 37 ans......Molly lui survivra ; une seconde vie commence alors pour elle . Actrice adulée, le théâtre et le cinéma lui font les yeux doux, elle joue et tourne avec les plus grands.....Londres, les théâtres les plus prestigieux, Hollywood avec sa sœur Sara.
Mais le succès ne dure pas......Un dernier clin d’œil du destin, à l'affiche d'un théâtre londonien, « Une production de l'Abbaye Theatre de Dublin : DEIDRE DES DOULEURS de J.M.Synge ». Les lettres clignotent au rythme des ampoules, illuminations furtives...
Molly Allgood et John Millington Synge sont dans ce livre indissociables ; pourtant la vie s'est cruellement chargée de les séparer. Il faut dire que tout les séparaient, âge, religions, conditions sociales, les lignes où Molly demande à John des explications sur des expulsions pratiquées sur le domaine des Synge montre le gouffre qui les séparait.
On retrouve au fil des pages les personnages marquants de l'histoire et de la littérature irlandaise de l'époque, Yeats, Shawn, Lady Gregory, Sean O'Casey. Sa soeur Sara, comédienne elle aussi, est morte adulée à Hollywoood. Pour la petite histoire, elle et Molly ont joué ensemble dans un film d'Alfred Hitchcock en 1930 « Juno and the Paycock » d'après la pièce de Sean O'Casey !
De la mère de Synge, il est souvent question, au détour d'une page, on peut mieux appréhender les problèmes profonds de ce fils élevé dans le protestantisme le plus intégriste, est-ce pour cela qu'il s’intéressât tant aux paysans catholiques et qu'il célébra dans ces pièces un vieux paganisme celtique ?
Une grande histoire d'amour pour une des pages les plus enrichissantes de l'histoire de la littérature irlandaise avec les implications qu'elles ont eu sur les futures Pâques de 1916.
Le côté « Renaissance Celtique » de l'époque m'a plus intéressé dans ce livre que l'histoire de Synge et de Molly malgré son implication historique. Je pense que la lecture de « Deirdre des douleurs » dernière œuvre écrite pas J.M.Synge, achevée par Yeats et Molly Allgood (pour qui le rôle principal était écrit) fera partie de mes lectures prochaines.
Il y a quelques petites choses à garder en mémoire, l'année de la création de « L'Abbaye Theatre », l'Irlande est une colonie du Royaume Uni et Dublin une ville de province, bien pensante. Tous les protagonistes de ce livre sont de nationalité britannique et très souvent de religion protestante. Ils furent pour la plupart des grands défenseurs des traditions celtiques et de la langue gaélique.
Autre détail, beaucoup des écrivains cités se sentant à l'étroit dans la très catholique et très conservatrice république irlandaise choisir l’exil et pour beaucoup l'Angleterre, seul Joyce fut une sorte de vagabond entre l'Italie, la Suisse et la France.
Il me semble aussi que Joseph O'Connor a été plus engagé politiquement dans certains de ses écrits, je pense au recueil de nouvelles « Les bons chrétiens » ou même à quelques lignes de « Inishowen », pourtant l'époque s'y prêtait.
Un bon livre malgré quelques longueurs et des descriptions qui parfois s'éternisent.
Une anecdote amusante, la lettre (réelle ou fausse?) indignée d'un provincial en visite à Londres adressée au Times, chef d’œuvre de racisme anti-irlandais dont je ne garderais que la conclusion :
- Vous comprendrez, Monsieur, que la Guinness, si je puis dire, me soit montée au nez.
Personnellement je préfère qu'elle me descende au fond de la gorge !
Extraits :
- Hélas, pour une femme, si elle a le front de dépasser l'âge de la maternité, les rôles se font aussi rares que les abeilles en hiver.Une vieille harpie jalouse. Une blanchisseuse irascible. Une mégère apprivoisée dans une pièce de boulevard.
- La vie sociale dublinoise est pour lui un supplice. Il exècre cette vulgarité, cette jovialité, cette hypocrisie : toute cette « grossière gaité de bas étage ».
- Dommage qu'on ne mesure pas l'amour à l'usure des semelles ; sinon, elle serait déjà mariée.
- La franchise est le dernier ressort du mauvais goût.
- Cependant, ce n'est pas l'Irlandais typique : il adore écouter. Ses rares confidents véritables furent tous des femmes.
- Le mariage, ça sent le chou et le mouton recuit, et vers la fin de la semaine, le graillon.
- Je n'ai pas créé ce monde, Molly. Toi non plus. Je vais au lac. Chercher de l'eau.
- Elle nota que tu parlais de lui au passé, te conseilla de lui laisser une dernière chance.
- Et puis d'autres encore qui avaient insisté pour présenter leurs condoléances en gaélique, comme si les sons de cette vieille langue pouvaient panser les plaies.
Éditions : Phébus (2011).
Titre original : Ghost Light (2010).
Autre chronique assez ancienne de cet auteur :
Les bons chrétiens.
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10 octobre 2011

ASSIÉ Philippe / L'empreinte du lézard.

L'empreinte du
L'empreinte du lézard.
Philippe ASSIÉ.

Note : 4,5 / 5.
Errances d'ici ou d'ailleurs.
Saut dans l'inconnu avec ce roman dont je ne connais ni l'auteur, ni la maison d'éditions, bien que celle-ci soit basée à Lorient ! De l'auteur, tout ce que je sais est qu'il est décédé en 2010 et que ce texte est son premier roman. À noter, la superbe couverture avec cette magnifique photo.
Un homme Wha, sa vie son oeuvre.....la route, les joies, mais aussi les peines et ce conseil :
-La route a ses règles : ne perd jamais ton sac de vue, ne rate pas une occasion d'avancer, fais gaffe à ce que tu bouffes.
Le mythe Jack Kerouac est mort hélas, bien avant Kerouac lui-même..la route est toujours là tentante, mais aussi très dangereuse.

Deux chemins, un ici, l'autre en Afghanistan, la vie, la route, espoir et difficultés mêlés, solitude d'un hiver isolé par la neige, les amitiés fidèles. Un village rebaptisé Nanadai, hommage rendu par sa mère à une fille morte dans un accident de voiture. Le bouche à oreille pour ne pas trop divulguer son emplacement réel, pour éviter les intrusions trop nombreuses. Solutions extrêmes, mais pas forcément du goût des autorités, la dégradation des voies de communications pour tenir à l'écart chasseurs et bûcherons.....
Mais même ici dans cette communauté, le nerf de la guerre reste l'argent, l'amour libre, et tout le reste a malgré tout un coup financier même réduit à son strict minimum.....Le sexe débridé n'empêche pas les chagrins d'amour......
Les saisons passent, la vie suit son cours, la neige et le soleil....les menus déplaisirs et les grands plaisirs, le monde moderne est loin....le bonheur, enfin un peu, beaucoup de simplicité, mais dans la vie hélas, tout se paye.....Ils voulaient l'amour et la paix, ils eurent la mort et la guerre....Que reste t-il de ce mouvement pacifiste et contestataire aujourd'hui....peu de choses, il me semble.
Beaucoup de personnages, le plus attachant est à mon goût, Lélia, l'amie de jeunesse, sauvageonne, un peu sorcière, pleine de croyances anciennes héritées du monde païen, personnage oh combien attachant...ombre salvatrice, inspiratrice d'un certain retour à la nature qu'elle comprenait.
Wha, le narrateur, qui regarde le monde d'un œil lucide, mais le début de son aventure se nomme Laurence, je n'en parlerais pas je laisse ce soin à l'auteur :
-des yeux noirs à allumer un mort, une bouche pour tailler des pipes au diable, avec ce putain de grain de beauté juste au-dessus des lèvres comme Angélique marquise des anges....
Pas étonnant que la vie de Wha se transformera en enfer ! Lui permettant de survivre seul au cœur d'un hiver particulièrement froid et neigeux...Charko un jeune poulain survivra lui aussi. Avec le temps, Wha devient une sorte de patriarche, le seigneur de Nanadai.
Les copains, Olivier, le dragueur, profiteur dans un milieu de gens plutôt partageurs, alors piquer les femmes des autres n'est pas un problème, flambeur, il dissipera tout, la poudre blanche lui fera perdre définitivement la tête. Il y a aussi Ramsès l’autochtone qui l'âge venant après des années d'abstinence deviendra obsédé sexuel... Enfin il y a d'autres femmes, Kate la superbe irlandaise dont tous les hommes tombent amoureux, sauf un....enfin pas assez pour lui être fidèle.....Bernie qui revient de loin, de très loin...
Malgré tout ce que l'on peut dire ou faire ; hippies pleins de bonne volonté prêchant l'amour et la paix, certains côtés peu reluisants des hommes ressortent malgré tout, le côté possessif d'Olivier par exemple vis à vis de Kate ; certaines compromissions en acceptant de participer à des trafics dangereux, ou de vivre aux dépends d'une femme riche et perdue suite au décès de sa fille, etc....
Qu'est-ce qui a foiré ?????
Certainement l'intrusion des drogues dures et leur banalisation même dans les couches les plus populaires, ouvrant la voix à la situation actuelle....Un chanteur qui se drogue, c'est un artiste, cela aide pour la création.....et après....l'enfer !
Je ressens à la lecture de cet ouvrage un certain désenchantement de la part de l'auteur et aussi de la part de toute une génération qui s'est quelque part perdue en oubliant ses rêves qui d'ailleurs tenaient plus de l'utopie. Un retour vers le passé, c'est bien, mais cela laisse un drôle de goût dans la bouche....
C'est très bien écrit, simple mais efficace, sorte de testament de l’utopie hippie, le monde est beau, gardons-le comme il est et rendons le meilleur encore......les faits malheureusement sont plus forts que les idées.
Un alphabet classique pour la période contemporaine, mais en italique pour les retours en arrière, qui concernent la jeunesse et la période du séjour en Afghanistan, les deux se mêlant parfois dans un même chapitre.
Dans ce livre, il y a une playliste, que je signe des deux mains.....imaginez, « Old man et Harvest  suivis (quelques pages plus loin pour éviter l'overdose) de « On the beach » J'étais jeune mais j'écoute toujours ces deux disques qui font partie de mon Panthéon musical !
Extraits :
- Éblouissant. Ébloui. Éblouissement. J'avance dans la résonance du gong.
- J'ai appris à chasser avec les chats, avec mes frères lézards, ai après l'occitan ambe aquelis del poble mèu que se sovenon de lor langa.
- La route peut être dure et c'est souvent le pays du bonheur, quasiment jamais celui du plaisir.

- On descendait des citernes de bière, le shit et l'acide abondaient, se vendaient, se donnaient.... une chronique de martiens.
- Voilà pourquoi si tu n'as rien à y faire, passe ton chemin. On y tutoie le harki de répugnante façon.
- La neige nous entoure et nous contient.......Seul le ruisseau suit son idée entre de gros ourlets blancs.
- L'Afghanistan- purgatoire et ses vents de poussière au-delà des vitres, assis dans le quartier des hommes, aux odeurs d'oignons doux.
- « La route » ça s'appelait. La route comme s'il n'y en avait qu'une.
- Il ne te veut aucun mal mais tu peux crever, il s'en fout....
- Lélia et Wha s'emmerdent le dimanche à dix ans.
- Lélia et Wha s'emmerdent le dimanche à quinze ans sur le bas-côté de la route.

- Mal aux hormones.
- Neil Young léger et tordu, complexe, léché, énorme !Et puis cette chanson, banjos-picking et gros temps marqués du talon de bottes sur un plancher, l'histoire d'un labyrinthe dite d'une voix déchirée, je n'ai jamais rien entendu d'aussi fort et je peux l'écouter un million de fois avec les poils debout!
- « En Irlande on dit que le regard d'une rousse peut fendre les pierres »
Éditions : « Le doryphore ». Coopérative éditoriale .(2011).
Site ici.
Playliste musicale ici avec en particulier « On the Beach» de Neil Young.
Lien pour le site Babelio.


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06 octobre 2011

NEVILLE Stuart / Les fantômes de Belfast.

Les fantômes
Les fantômes de Belfast.
Stuart NEVILLE .

Note : 4 / 5.
Compte à rebours mortel !
La littérature policière irlandaise est-elle l'ultime secteur intéressant de cette dernière ? En toute connaissance de cause, je pense que oui et après Ken Bruen, Sam Millard, Adrian McKinty, Eoin McNamee et quelques autres, Stuart Neville ne dépareille pas au palmarès.
«  Les Suiveurs » sont douze comme les Apôtres, ils hantent les nuits de Fegan, qui n'est plus que l'ombre de lui-même, seule l'alcool lui vient en aide et encore, il faut beaucoup d'alcool.
Gerry Fegan, tueur de l'IRA, vit mal la « Paix des armes », son sommeil est hanté par la présence de douze personnages qu'il a tués.....pour que lui aussi retrouve un sentiment de paix, il décide de tuer les commanditaires de ces meurtres qu'il a pourtant lui-même exécutés.
Alors consciencieusement guidé par ces ombres qui disparaissent, leurs vengeances accomplies, il va traquer ses anciens amis....tout en gardant apparemment son ancienne appartenance. Il tue Michael McKenna mais assiste à son enterrement, où il est accueilli avec les honneurs dus à son rang passé et à ses années de prison. Au cours de la cérémonie, il remarque une grande et belle femme blonde qui ne semble pas la bienvenue. Poussez pas les « Suiveurs », il continue son œuvre mortelle, mais ses anciens amis commencent à le soupçonner....que le plus rapide l'emporte....
Marie McKenna est un des rares personnages féminins de ce roman. Catholique, membre d'une famille républicaine, elle a eu une fille avec un policier protestant....ce qui n'est pas la meilleure manière de retrouver le giron familial...quand Gerry abat son oncle, elle n'est pas des plus chagrinée...et l'aidera tout en ne perdant pas ses intérêts de vue.
Mc Ginty et Bull O'Kane sont, vers la fin du livre, les deux figures contrastées, opposées et pourtant complémentaires du problème de l'Irlande du Nord actuel. L'un est un politicien arriviste, cynique, costume, cravate et grosse voiture, l'autre est un combattant, homme de la campagne tueur et truand aussi, l'un et l'autre sont très loin de leurs idéaux, uniquement guidés par la puissance et l'argent.
La manne monétaire venant d'Angleterre ou d'Europe explique les luttes d’influences entre les deux communautés religieuses et également à l'intérieur de chacune... Le parlement de Stormont doit fonctionner même au prix des pires arrangements...
Un livre violent fait de fureur et de sang, j'ai été un peu déçu par la fin un peu trop « Règlement de compte à OK Corral » dans la tourbière irlandaise à mon goût !
Certains faits et personnages sont bien réels, la boucherie où se tenait soi-disant une réunion de paramilitaires protestants a bien été victime d'une bombe de l'IRA. Le ministre à l'Irlande du Nord Hargreaves a vraiment occupé ce poste....avec un déplaisir évident si j'en crois l'auteur ! Je ne sais si l'épisode de la belle femme bronzée qui lui vole toutes ses affaires est véridique, mais cocasse !
Une chose est sûre, les gangs étrangers sont peu présents en Irlande, il y a ce qu'il faut sur place ! Et très bien organisés et ce depuis des années en troupes paramilitaires !
Dans les méandres de la « Real »politique en Ulster, il faut s'attendre à tout et il arrive encore bien pire.....un panier à crabes impressionnant où tout le monde trahit un peu tout le monde ; Gerry Fegan est le seul ayant un certain sens de la morale, la sienne, mais enfin, c'est mieux que rien.
A lire....ce roman qui fait un peu le pendant catholique de « Le Trépasseur » qui lui traitait d'un tueur protestant.
Extraits :
- Une émeute, c'est un peu comme un incendie. Le feu se nourrit de lui-même et devient très vite son propre maître.
- Mais il ne se sentait pas concerné par la politique. Plus maintenant. La cause pour laquelle il avait tué autrefois n'existe plus depuis longtemps, depuis qu'elle a été récupérée par des hommes comme McGinty et leur soif de pouvoir.
- Il se souvenait de la colère, de la haine, de la pauvreté et du chômage. On n'obtiendrait rien, sinon en se battant. En chassant les Anglais, en prenant le pouvoir aux unionistes, en se libérant par la force. Voilà ce qu'on racontait tout autour de lui, et il y adhérait.
Sauf que l'histoire avait commencé autrement.
- Fegan considéra les neuf Suiveurs qui erraient autour de lui. Les trois Anglais, les deux loyalistes, le flic, le boucher, la femme avec son bébé. À quoi cela servira-t-il ? À remplir les poches de McGinty ?
- La première fois qu'une femme cracha sur ses bottes, il demeura muet est paralysé.
« Rentrez chez vous, connard ! Dit-elle.
Laisse tomber » conseilla le sergent.
- Fegan haussa les épaules. « Ils appellent cela  une "manifestation" de culpabilité. »
- Campbell avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Plus mince. Les yeux assombris. La mort colle aux hommes qui l'ont donné comme la puanteur d'un abattoir.
- C'était une pratique courante à Belfast. « Manœuvres diverses d'intimidation », selon la terminologie du fric. Des groupes paramilitaires de tous bords agissaient ainsi pour rappeler leur présence à la population. Cela n'avait rien d'original, pas de quoi s'affoler. Sauf pour ceux qui étaient pris pour cible, bien sûr.
- Vous avez déjà tué des gens, dit-elle. Je sais que vous en êtes capable. Il y a quelque chose en vous qui est cassé et qui n'a jamais été restauré.
- Les mur s'ornaient d'images de héros républicains, tel James Connolly et Patrick Pearse. Au-dessus du drapeau tricolore irlandais était accroché une carte de l'Irlande montrant les quatre provinces.
Éditions : Rivages / Thriller (2011).
Titre original : The Ghosts of Belfast (2009).
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02 octobre 2011

LUNCH Lydia / Paradoxia.

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Paradoxia *
Lydia LUNCH .

Note : 4 / 5.
Sexe (multiple) in the (multiple) city.
Ayant été vacciné (enfin je le pensais) avec « Déséquilibres synthétiques », j'ai commencé gaillardement (et c'est nécessaire) la lecture de ce livre, qui n'est pas réellement à mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles et coincées de tous bords, passez votre chemin ! Pour les autres, je pense qu'il y a deux solutions : on aime ou on déteste ! J'ai aimé même si parfois les scènes de « Sexes» à répétition sont un peu lassantes (mais variées!).
L'auteur, sa vie sexuelle (maintenant je connais), son œuvre (littéraire je commence à connaître) de son enfance à maintenant (enfin en 1997, lorsque ce livre a été écrit) ! Je ne connais pas son œuvre musicale... je vais me soigner.
La vie est belle, copulons avec ardeur ! En réalité elle commence de manière pour le moins sordide cette existence, un père incestueux, mais partageur !
La première phrase du texte donne le ton :
-J'ai été tellement malmenée par les hommes – un homme : mon père- que je suis devenue comme eux.
La fuite est la seule porte de sortie, même très jeune, alors direction New-York, pour un mélange d'alcool, de sexe et de drogue. La prostitution pour subvenir aux dépenses courantes et les squats divers et parfois sordides, pour ne pas dépenser cet argent gagné dans des conditions de violence sexuelle maximum.
Les hommes et les villes défilent, les hommes plus vite d'ailleurs, Los-Angeles, La Nouvelle-Orléans, l'Europe aussi, Amsterdam, Londres et maintenant Barcelone.
La liste des personnages qui d'ailleurs est celle des amants marquants de l'auteur(e) est impressionnante ! Bonjour les fous furieux ! Johnny, l'un des plus agressifs, le sexe et une bataille, un coup de couteau et une tentative de suicide inciteront Lydia à fuir New-York ! Pour Marty, elle quittera L.A. Styn, spécialiste des effets spéciaux, premier européen aux manières si différentes des amants américains, mais guère plus sain d'esprit que les autres.....Avec Smiffy je dirai que le maximum du glauque dans une chambre sordide est atteint.....Arrêtons là le palmarès.
Quelques femmes aussi ont profité des ardeurs de Lydia, seule ou pendant des orgies noyées sous des flots d'alcool et de drogues.
Après une préface de Virginie Despentes et une introduction ( ? ) de Hubert Selby Jr, on sait à quoi s'en tenir et il est toujours temps de lire autre chose!
Après si le lecteur prend le risque de continuer, il découvrira une écriture très réaliste, appelant une chatte une chatte mais ne tombant pas dans la vulgarité. C'est cru, osé, glauque, sordide mais pas moraliste. Une femme qui explique sa vie gâchée par un père incestueux pour qui la seule parade est la fuite de ville en ville. On pense qu'elle devient ce qu'elle qualifie elle-même de prédatrice un peu par vengeance, mais pas uniquement pour cela, car elle a aidé et aimé des hommes pas toujours les plus recommandables. L'amour est aveugle, Lydia Lunch est lucide et surtout honnête avec elle-même, le monde actuel et la vie des déshérités du système américain. Tout en remarquant que tout le monde n'applique pas sa thérapie !
Le goût des extrêmes poussé à ce point est une sorte de fuite intérieure, un reniement de son corps, un témoignage saisissant. Mais combien de femmes (et d'hommes aussi d'ailleurs) n'ont pas pu sortir de la spirale du rejet d'eux-mêmes due à l'inceste subi durant leur enfance.
Extraits :
- Mon but était rarement de mutiler ou de tuer, mais toujours de satisfaire. De me satisfaire. Mes intentions étaient toujours sincères. Envers moi-même.
- Il n'aurait jamais dû me laisser conduire. Je venais d'avoir 13 ans. Je promis de le rembourser avec mon cul. Il se retourna, me dit de rentrer chez moi.
- Priant toujours que l'un d'eux, n'importe lequel, puisse effacer de ma mémoire le souvenir poisseux des mains moites de mon père. Des mains qu'il ne pouvait pas garder dans ses poches.
- De cruels salauds pour lesquels j'avais un faible.
- Sal et Gina baisaient ensemble depuis des années, une baise dont le moteur était la haine.
- New York ne m'a pas corrompu, j'y suis allée parce que je l'étais déjà.
- New York m' offrait le luxe de l'anonymat. Une cour de récréation pour le diable.
- La fin n'est pas un soulagement mais un spasme d'extinction.
- On était des salopes au grand coeur, n'est-ce pas ?
- Tapiner était pour moi l'ultime liberté.
- Et puis merde, je ne suis pas un ange. J'ai toujours été du côté des méchants.
- L'alcool lubrifie la libido et affaiblit la résistance de mes proies. Ouais, comme si les mecs en avaient besoin.
- La plupart des hommes avec lesquels j'ai vécu ont tenté de se suicider au moins une fois. J'étais toujours déçue qu'aucun n'y parvienne. J'ai secrètement souhaité leur mort à tous, un jour ou l'autre.
- Plus nous approchons de la mort plus nous sommes vivants.
- Essayez de rester sain d'esprit à New York, je vous mets au défi. Même l'oxygène est un narcotique, un psychotrope qui accélère le pouls.
- Comme amant, c'était un pasteur tordu, un communiant dévoué, un conjurateur expert, tout cela comprimé dans le corps adolescent d'un artiste dément, empoisonné par les vapeurs d'aérosols. Un mélange intoxiquant.
Éditions : Au Diable Vauvert (2011).
Titre original : Paradoxia (1997)
* bien voir avant la lecture le sous-titre « Journal d'une prédatrice » , et de changer de livre !
Autre chronique de cette auteure :
Déséquilibres synthétique.
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Posté par eireann yvon à 11:45 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
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