McCABE Patrick / Breakfast on Pluto.

Breakfast on Pluto.
Patrick McCABE .
Note : 3,5 /5.
Il a un drôle d'Eire ce garçon !
Après le surprenant mais un brin traumatisant « Butcher Boy », peu d'autres titres de Patrick McCabe on été traduits en français, par quel mystère ?
Après un exposé géopolitique (plein d'humour) de la frontière entre le nord et le sud aux environs de la charmante bourgade de Tyreeelin, nous avons le droit et même le devoir de faire la connaissance de notre adorable héros Patrick Braden ! Figure locale haute en couleurs (au propre comme au figuré!) dont le surnom préféré est Pussy, prostitué et travesti, il pense qu'il vaut mieux se plier à la coutume locale, l'émigration à Londres, où bien sûr il se fera moins remarquer. Quoique ! Enfin la guerre (pardon les troubles) n'est pas terminée....
Sur les conseils d'un ami médecin hélas disparu, notre narrateur écrit le roman de sa vie (rocambolesque), son titre en toute simplicité :
Patrick Braden, sa vie, son époque.
A tout seigneur tout honneur, Patrick Pussy Braden, reconnaissons humblement qu'avoir comme surnom Pussy ne doit pas aider beaucoup dans la vie. Surtout lorsque soi-même on ne sait pas trop de quel côté se tourner pour ne pas mal tourner ! Et voler des sous vêtements féminins (trop grands en plus!) n'arrange pas les choses ! Surtout que comble de malchance notre héros ou héroïne, ( rayez la mention qui vous dérange le plus!) est le fils non déclaré du curé local ! Dans la très catholique Irlande, enfer et damnation! Pussy, fleur qui s'étiole dans la morne campagne irlandaise, part à l’aventure Londres et ses fastes (food), OK, elle est facile, pas comme la vie londonienne quand on est prise pour une dangereuse terroriste....et que l'on est au mauvais endroit au mauvais moment ! A l’instar de Francie Brady dans « Butcher Boy », on est toujours dans un sentiment de fascination ou de rejet pour les héros de McCabe.
Sa mère-pas mère et sa famille, madame La Moustachue, ou la Poilue si Pussy est de bon poil ou pas. Les autres enfants....Minie, Tony, Hughie, Peter, Josie, Caroline et Bébé Ba...
Son père-père, prêtre libidineux ,Bernard McIvor pour qui la vie a changé quand (et c'est l'auteur qui le dit « il avait inséré son kiki chatouilleux dans le vagin d'une femme aussi belle que Mitzi Gaynor ... »qui, pour le bien de tous, partit à Londres....Sa mère-mère, enfin la vraie, mérite des recherches mais est-ce bien raisonnable ?
Son mentor et protecteur de ses jeunes années, son Éminence (désolé pour cette allusion!) Monsieur Totoche, ministre en exercice, qui a force de magouiller dans des affaires louches sautera sur une bombe...IRA ou Ulster Defence Association....le résultat est le même (on a les martyrs que l'on peut!).
Un récit en 56 chapitres dont certains ont des titres très explicites, par exemple : Patrick Braden, 13 ans les problèmes commencent pour de bon! (la valeur n'attend pas le nombre des années).
Patrick envoie également quelques missives bien senties au Père-père Bernard « Le père Bonnard plante son crucifix ou Le père Bernard re (va et -) vient ! Déluré ce jeune personnage....
L'écriture manie un certain humour pour décrire des scènes osées et des situations très crues. La profession d'escort-girl travestie n'est pas un métier de tout repos et même sur le tard Pussy de retour au pays pense avec jubilation à la tête des jeunes gens qui se moquent d'elle s'ils savaient le quart de la vérité......
Les deux œuvres les plus connues de cet écrivain ; celle-ci et « The Butcher Boy » ont été portées à l'écran par Neil Jordan avec la collaboration de McCabe lui même.
Un ouvrage qui me laisse une impression mitigée (comme le reste de l'oeuvre de McCabe que je connais) d'ailleurs. Le mélange du tragique (les attentats de Londres) et ce personnages lunaire acceptant sa situation avec un fatalisme impressionnant …...enfin Pussy est bien dans sa vie mais pas forcément dans son époque....
Extraits :
- 1922 : Une frontière géographique est dessinée par un ivrogne, aussi tremblante et trompeuse que celle qui sépare la vie et la mort.
- Je suis à deux doigts de leur répliquer : «Mais oui ! Bien sûr, les garçons ! Je n'ai pas laissé la porte ouverte ce soir et vous pourrez tous venir à la queue leu leu pour me donner quelques coups de reins ! Pourquoi pas ! »
- Il revêt l'habit sacerdotal qui, un psychiatre mal renseigné l'affirmait par la suite, serait partiellement responsable de l'attirance de son fils pour les frivoles toilettes du sexe opposé.
- Tous les jours, un politicien différent débarqué en ville et, le soir dans les pommes, ils parlaient tous de monter dans un camion et de traverser la frontière pour prendre le nord d’assaut.
- Et ce n'était pas le cas, et qu'à l'intérieur de son pantalon noir une émeute était sur le point d'éclater ? Non ! C'était tout simplement impossible. Popol est sournois, Popol est vilain, mais une bonne vieille blouse, des chaussons traînant et des bas de couleur de thé froid devraient certainement garantir qu'il se surveille et reste à sa place.
- Vous savez, à cette époque, les filles n'avaient pas vraiment d'expérience en ce qui concernait les garçons et leur turlute électrique. Pour être tout à fait honnête, je crois qu'elles ne savaient même pas qu'ils en avaient une !
- « Fais-moi encore frotti-frotta ! » répliquait-il alors, ou : « Que dirais-tu de jouer un petit air de flûte pour ton Totoche ! Alors- je me lançais, m' agenouillais et jouais de la turlute- mais pas seulement pendant les moments guillerets !
- Surtout qu'une fois rentrée, on a appris qu'à Derry, les soldats de la British Army avaient tiré sur treize personnes, les blessant mortellement.
- Avant cela, il n'aurait pas su où regarder dans un atlas pour situer l'Irlande- et encore moins Tyreelin !
- Celle que l'on appellera la Chasseuse de Puanteur, la Porteuse de Parfum, la Semeuse de Fleurs, voilà l'Ennemi de l'Obscurité, celle qui arrachera cet endroit et ces gens aux ténèbres pour les mener vers la lumière !
Éditions : Asphalte (2011).
Titre original : Breakfast on Pluto (1998)
ASTRUD Michèle / Vue sur la mer, rouge.

Vue sur la mer, rouge.
Michèle ASTRUD.
Note : 4 / 5.
L'art de la fugue.
Je rencontre Michèle Astrud depuis plusieurs années maintenant, à Carhaix et à Maurepas dans le cadre des salons littéraires, lieux de rendez-vous des blogueuses bretonnes (avec une pièce rapportée, moi !). J'avais bien aimé « Amitiés », mais un peu moins « J'ai rêvé que j'étais un garçon ». Voyons ce que sera la troisième expérience !
Une femme, jeune, presque encore une adolescente, fuit un hôtel de luxe, laissant derrière elle le cadavre d'un homme dont elle a vidé les poches....elle prend un train de nuit...vers une nouvelle vie, une nouvelle proie ?
Parfois elle téléphone à sa mère, qui lui parle de son père, sa sœur, son frère, sa famille qu'elle a fui un soir. Elle se remémore la dispute ; son frère, recalé à un examen, la prend à partie l'accusant de cet échec, lui reprochant un récent retour, qui semble t-il a perturbé la tranquillité du foyer. Tout le monde semble lui donner raison, alors elle part, gagne la gare et une station balnéaire déserte vue la saison.
Elle trouve très facilement un travail de serveuse dont sa plastique ne déplait pas au patron....
Elle raconte son histoire somme toute banale, des difficultés scolaires, son quasi-abandon des études sauf mathématiques, sa solitude à l'école comme à la maison, un conseil de discipline mal vécu par sa famille.
Et la fugue, puis une autre....elle donne des nouvelles, mais jamais son adresse, elle vit....travaille....cultive son secret....Plus de dix ans passent, mais un jour sa mère lui apprend la nouvelle ; son frère Antoine a disparu...pourrait-elle les aider à le retrouver ?
Michèle, qui est la narratrice de ce livre, est un être complexe, élève sans problèmes pendant des années, tout change, elle devient indisciplinée, arrogante, mal dans sa peau. Sa première fugue se fera avec un motard, chose que son frère lui reprochera comme excuse à son examen manqué. Sa mère, personnage aux deux facettes, effacée au premier abord, besogneuse mais c'est elle qui dirige son monde, chose que lui a abandonné son mari. Son frère Antoine et sa sœur Jeanne sont jumeaux, donc très soudés ; travailleurs ils réussiront dans la vie. Associés dans un cabinet dentaire, bien marié chacun de leur côté, ils sont le symbole de la réussite familiale. Mais la disparition d'Antoine brise cette image idyllique...et dix ans plus tard le drame ressurgit ! Mais est-ce réellement la même fugue ? Trop de choses séparent le départ d'une adolescente mal dans sa peau et celle d'un homme plutôt favorisé par la vie.
C'est très bien écrit, descriptif mais pas trop, en particulier les paysages marins les jours de marées d'équinoxe sont en particulier très réussis.
De par sa profession l'auteur connait bien les problèmes des adolescentes, ce qui est particulièrement sensible dans la première partie du récit. Un peu comme dans « Amitiés » il y a sur la fin un côté un peu fantastique dans un endroit retiré, étrange pour une rencontre. Le choix des décors, trains, gare déserte, station balnéaire hors saison, bungalow isolé dans un paysage recouvert de givre, accentue le sentiment de solitude de Michèle et l'oppression qu'elle ressentait en famille. La solitude n'est-elle pas la dernière des libertés ?
Un bon roman plus proche de mes aspirations littéraires que « J'ai rêvé que j'étais un garçon » par exemple.
Extraits :
- Au jour le jour, la vie au présent, sans avenir. Les cendres se mélangent au sable, poussière grise et calcinée.
- La vision de la plage s'imprime dans le globe de mes yeux clos, teintée de pourpre.
- C'est une marée d'équinoxe, un vrai soir de tempête. Derrière moi, les remparts de la ville sur lesquels je m'appuie. Devant, l'océan s'agite, bouillonne, déploie une armée d'écumes.
- Je tressaille à chaque fois que j'entends ces mots : ton père, ton frères et ta sœur, qu'elle prononce pourtant à chacune de nos conversations. Comme un rituel, une gourmandise, qu' elle n'oublie jamais.
- Heureusement, ils n'ont pas encore d'enfants.
- Le patron du bar m'observe, me détaille, me soupèse. Transpercé par son regard goguenard, la veste rose fuchsia, ultra ajusté sur mon buste, en épais coton mêlé d'élasthane n' a pas plus d'épaisseur qu'un infime voile de soie.
- Le regard bienveillant du principal se détourna de mon visage et je me sentis de nouveau abandonnée, et glacée. Mon père avait déjà quitté la salle et attendait dehors en arpentant le couloir.
- C'est étrange, cette nuit rouge vous ne trouvez pas ? murmure-il. On dirait que la plage est couverte de sang, de débris, de corps suppliciés, déchiquetés. Comme après les batailles j'imagine.
- Mon poing se contracte. Je frappe le verre qui se brise. L'image tombée gît, face contre terre. De ma main blessée, recroquevillée, un filet de sang coule qui tache le papier glacé.
- Dès le matin, la querelle se rallumait dans la maison familiale. La hache de guerre n'était jamais enterrée.
- Nous passions nos journées à nous détester.
- Tu savais déjà te battre avant de partir.
C'était bien mon seul talent, c'est ce que tu veux dire ?
Éditions : Diabase (2011).
Autre chronique de Michèle Astrud .
Amitiés.
J'ai rêvé que j'étais un garçon.
GUILLOU Anne / L'enclos d'ébène

L'enclos d'ébène.
Anne GUILLOU .
Note : 4 / 5.
Gwen ha du !
Quatrième ouvrage de cette auteur chroniqué sur ce blog. Ici, un recueil (au format très inusité) de 15 nouvelles, séparé en trois chapitres « Introduction » , « Silhouettes » et « Quotidien désarticulé ».
Ces nouvelles mélangent le blanc de la Bretagne et le noir de l'Afrique où Anne Guillou a résidé plusieurs années, ce qui explique le titre de cette chronique.
Le quotidien vu à travers l’œil acéré d'un témoin comme dans le premier récit de ce livre « Villégiature » ! Texte, (une lettre peut-être ?) expliquant la vie d'une bourgade à un correspondant cherchant un lieu de vacances. Quelques quatre pages plus loin ce village nous semble familier, on a presque l'impression d'y habiter et que les personnages sont en définitif nos voisins....Un très beau texte plein de pudeur et aussi de nostalgie. La vie qui passe, la santé qui décline, un corps fatigué.....
« Une sanitaire » se passe en Afrique, grâce à l'argent tout s'achète, tout se loue, il est même parfois question de reprise, mais c'est au nom de la coopération et d'un contrat à durée déterminée....un texte sur les pratiques de certains européens, pas à leur avantage.
Pas plus que dans « Une vie de boy » Madame et ses serviteurs, Madame et son amant, mais Madame est grugée....et le mérite bien, donc ne la plaignons pas. Réflexion amère sur la bourgeoisie blanche, prétentieuse et désœuvrée.
« Tante Lucie » fait aussi partie des personnages qu'il nous semble avoir côtoyés. La tata célibataire, gentille mais un peu stricte, la vieille fille qui habite loin, travaille chez un officier de marine, qui pour suivre la famille, déménage. Elle élève des enfants qui ne sont pas les siens et s'occupera des petits-enfants...Ici aussi l'âge viendra, la retraite bien maigre, la religion et une petite maison.....c'est cela la vie ???? Un très beau texte, à mon goût le plus touchant du recueil.....L’ingratitude et le mépris vis à vis de cette femme sont très bien résumés dans les quelques lignes qui terminent ce récit.
« Le privilège de l'âge » est aussi une histoire simple, un vieux lecteur face à une jeune bibliothécaire, l'un a la chance de lire, l'autre, mère de famille élevant seule ses enfants, a la chance d'avoir un travail....Un jour elle aussi aura le temps pour s'installer confortablement....plus tard....La vie c'est la naissance tant désirée par Ambroise et son épouse, mais rien malgré leurs efforts, il reste la magie....mais là-bas aussi l'argent...
La vie c'est la mort, un « accident » en Afrique, un « fait-divers » en Bretagne, la mort n'est jamais douce mais elle est parfois très dure et soudaine. Et immérité, comme ce couple victime d'un mystérieux logo qui met tout un pays en émoi....alors seule la mort des soi-disant coupables peut sauver la face des puissants de ce monde. Cauchemardesque !
Beaucoup de personnages très ordinaires dans ces chroniques de la vie quotidienne. Pas très ordinaire malgré tout la vie de Grace, jeune africaine, femme objet, un artiste, deux femmes amies de très longue date vivant le mini-drame de l'une d'elles, petit problème domestique qui les fait passer des larmes au rire. Un femme qui attend et se remémore sa vie, sa « Traversée » pense-t-elle. Soeur Anne-Marie, elle, étouffe sous le poids des traditions ancestrales, l'ainée mariée au pays, la cadette rentre dans les ordres...ainsi va la vie.....Dieu veille sur nous....souvent mais parfois il a l’œil ailleurs...l'automne n'est pas toujours une belle saison, c'est souvent celle de l'exil.
Je dois reconnaître que j'ai éprouvé une certaine difficulté à la lecture de plusieurs récits, un peu hermétiques à mon goût. Mais ils sont largement minoritaires.
Le lecteur passe de la Bretagne à l'Afrique avec bonheur, du soleil éclatant à un ciel voilé, des africains exubérants aux bretons taiseux, ombre et lumière.
Une préface de Marcel Postic, donne quelques renseignements sur l’œuvre d'Anne Guillou.
Extraits :
- La force physique inspirait l'acte, non des discours. Pas de mots pour la vie, quelques mots pour la survie.
- Elle l'a surpris en larmes, l'autre jour seul dans l'écurie. Il y a cinquante ans, interdit de tout labeur.
- Et la petite culotte blanche que tu lui fais laver chaque matin, crois-tu que ça le fasse bander ? Est-ce qu'il s'est habitué à nettoyer les désastres rouges sur la broderie anglaise ?
- Debout, le châle bien mis, la coiffe fière, le tablier lourd de broderie tombant parfaitement, elle paraît grande.
- Peu à peu, les cantiques bretons, poussés par mille voix, gagnaient sur les bruits profanes des manèges et des stands de tir.
- Lâchée par la Marine, elle se dévoua alors totalement à l'église.
- Elle trouva dans la terre fraîche du cimetière cette ombre protectrice dont elle n'avait jamais voulu sortir.
- Visage doux et ouvert que toute femme, je suppose, souhaite avoir au crépuscule.
- Maintenant, elle en percevait tout le bénéfice dans cette sédimentation de son être, modelé par des existences successives.
- Peut-être parce qu'il réunit en lui l'image du père, du savant, de l'initiateur à la culture, l'homme âgé, encore plus que la femme, inspire une tendresse reconnaissante.
- Quand elle aura retrouvé l'équilibre, quand les grands l'éreinteront moins, elle sera douce avec les vieux messieurs.
- Dans ce pays, les religieuses avaient occupé une place importante depuis un siècle. Non content de servir Dieu, elles avaient éduqué les filles, conseillé les femmes, lavé les morts. Elles jouissaient d'un réel prestige.
- Maintenant, il pense que les Blancs ont été source de son malheur, mais ce sont les Noirs qui l' achèveront.
- Un coin tranquille. Les vents dominants emportent tous les potins de Kermadec et du bourg vers la côte.
- Les premiers mois de la vie commune sont heureux et malheureux à la fois......Quand il caresse le velours de son cou et de son ventre, il pense que les bons fétiches le protègent.
Éditions : Éditions du Dossen. (1990).
Autres chroniques d'Anne Guillou :
La lanterne bleue.
Le désespoir tranquille des hommes.
Noce maudite.
TOWER Wells / Tout piller, tout brûler.
Tout piller, tout brûler.
Wells TOWER.
Note : 3 / 5.
Destruction !
Premier recueil de neuf nouvelles de ce jeune auteur américain né à Vancouver au Canada. Comme le titre l'indique, ces récits ne font pas dans la dentelle, ni dans l'eau de rose!
« La côte de Brun » c'est l'histoire d'un homme, de ses voisins et d'un aquarium d'eau de mer ! Mais attention de ne pas faire rentrer le loup (de mer) dans la bergerie....
Quand deux frères sont à l’opposé l'un de l'autre et que certaines jalousies remontent à loin, très loin et sont très tenaces, une partie de chasse n'est pas forcément un bon moyen d'aplanir les rancunes.
Une belle-mère, ce n'est pas toujours évident pour un fils, surtout quand la différence d'âge n'est pas très grande, mais les années passent, tout le monde vieillit et les santés se dégradent, surtout celle du père.
« En bas dans la vallée » met en scène un mari dont l'épouse est partie avec leur fille pour une sorte de gourou professeur de méditation. Mais lorsque celui-ci est blessé, l'époux délaissé sert de chauffeur pour l'homme et l'enfant. Mais le voyage n'est pas un long cheminement tranquille.
Un « Léopard » échappé, c'est dangereux, mais si par chance l'animal venait me débarrasser de mon beau-père, espère un enfant....
« L’Amérique sauvage », il n 'est pas réellement question d'animaux, à part un chat, mais de jeunes filles, cousines de surcroît pour qui la vie familiale est pour le moins étrange.
« La fête foraine » n'est pas un endroit pour laisser un jeune garçon seul, une histoire où les personnages se croisent et s'entrecroisent sur plusieurs niveaux. Visiteurs, badauds et employés ou forains, pour un récit glauque et malsain.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage et qui le clôt se passe dans un pays nordique au temps des vikings! Et c'est vraiment la politique de la terre brulée, des pillages, razzias et massacres en série. Triste époque où parfois un de ces hommes, la paternité venant, éprouve une sorte de repenti quand il se rend compte que ce sort pourrait aussi être le sien!
Beaucoup de problèmes de famille, un homme qui retape la maison où son père et son oncle habitaient, deux frères diamétralement différents qui, bien sûr, s’opposent sur tout, un autre qui assiste à la déchéance physique de son père, un mari dont l'épouse est partie, un enfant de onze ans et un homme de quatre-vingt trois ans sont quelques-uns des personnages de ces nouvelles. Des êtres très ordinaires et pas spécialement attachants ou terriblement compliqués comme dans « Un lien fraternel » qui est à mon avis le meilleurs texte de ce recueil.
La quatrième de couverture parle de « Territoire littéraire de la masculinité » et cite par exemple John Cheever, je pense que ce jeune auteur a du travail devant lui pour atteindre ce niveau.
Un peu d'humour dans certaines descriptions des personnages (très souvent féminins d'ailleurs, comme si les hommes étaient exempts de défauts !)
Les fins de ces histoires sont très énigmatiques et guère convaincantes. Je suis toujours surpris de trouver des critiques dithyrambiques sur ces mêmes quatrièmes de couvertures. Sur le lot de commentaires écrits, il est toujours possible d'en trouver de très bonnes!
Extraits :
- Elle était jolie, mais elle avait passé trop de temps le soleil. Elle était fripée comme un pruneau, le teint presque aussi foncé, pareil à des plumes de dinde.
- Je sais pourquoi. Et lui aussi : tel qu'il conçoit les choses, ne doit rien goûter d'agréable avant qu'il n'ait d'abord exercé ses droits dessus.
- Il me disait que l'amour était comme la varicelle, une maladie qu'il valait mieux attraper tôt, parce que ensuite, elle pouvait être mortelle.
- Elle fondait entre mes bras, mais elle souffrait aussi de dépression qu'elle se plaisait à entretenir.
- Des dents blanches et si régulières qu'elles paraissaient fausses, des yeux larges et humides comme ceux d'une mule sous des cheveux noirs savamment décoiffés et raides de sel.
- On ne sous-estime pas un étalon parce qu'il connaît mal sa géographie.
- C'est un géant, la tête pareille à une bouche d'incendie et les mains pareilles à de grandes assiettes.
- Ce n'est pas le désir qui le pousse, plutôt une sorte de sorte de tourbillon de tendresse.
- C'était un méchant celui-là, une allure de vautour, sa joue était davantage couverte de furoncles que de barbe. Je l'avais déjà croisé plusieurs fois au village. Trois pouces tranchés et noircis pendaient à sa ceinture.
Éditions : Terre d'Amérique / Albin Michel (2010).
Titre original : Everything Ravaged, Everything Burned (2009)
BELEZI Mathieu / Les Vieux Fous.

Les Vieux Fous.
Mathieu BELEZI .
Note : 5 / 5.
Grandeur et décadence.
Écrivain que je découvre avec ce roman, ayant pourtant « Les solitaires » dans ma bibliothèque depuis quelques années. Né à Limoges, ce grand voyageur, installé dans le sud de l'Italie, a une bibliographie somme toute fournie sans être non plus impressionnante. Le thème de ce livre, les derniers jours de l'Algérie française, m'inspire pour des raisons personnelles.
Sur le bandeau qui entoure ce livre le ton est donné et le lecteur avertit :
- « C'est une histoire si révoltante que plus personne ne veut en entendre parler ».
Un homme et une petite armée à son service sont retranchés dans un vaste domaine aux environs de la capitale algérienne. Le leitmotiv de ce colon forcené est, et il le répète pour s'en convaincre « Ils ne m'auront pas »....et pourtant pour lui et ses semblables la fin est proche. Et ce ne sont pas les actions de ces extrémistes qui changeront l'histoire.
L'histoire justement, Bobby s'en souvient, enfin d'une manière qui l'arrange. Il dit : j'ai 140 ans l'âge de la conquête de l'Algérie, se comparant et se confondant avec l'histoire officielle. Il a participé à cette Histoire, lui et ses semblables ont travaillé, très dur c'est vrai, ils ont fait des sacrifices, certains et même beaucoup l'ont payé de leurs vies, mais maintenant....que valent leurs immenses domaines gigantesques, leurs très grandes richesses contre la volonté d'un peuple, même s'ils méprisent cette populace pouilleuse qui fera d'après eux retomber leur pays dans la plus noire des misères !
Le livre est divisé en plusieurs époques, la gloire et l'opulence des années de guerre en Europe par exemple et la période de ce que l'on peut appeler la bataille d'Alger.
Le personnage central de ce livre est Albert Vandel dit Bobby la baraka ou Bobby le caïd, sorte de Falstaff méditerranéen, mais aux ordres de personne. Il a pesé à un certain moment de sa vie, 14o kg, despote est le qualificatif le plus approprié pour le décrire. Il fut un militaire sanguinaire, faisant régner la terreur au nom de la pacification par le crime et le viol. Raciste, antisémite, pétiniste, régnant en souverain absolu grâce à son argent, organisant des fêtes fastueuses au milieu de courtisans et de courtisanes tout acquis à sa cause, c'est Versailles de l'autre côté de la Méditerranée. Les politiques lui mangent dans la main, les militaires et représentants des forces de l'ordre ont tables ouvertes, leurs épouses succombent à quoi, on ne sait pas, mais elles fréquentent assidûment sa couche. ! Il est conscient que cette époque est révolue et ses jours de magnificences comptés. Mais il est prêt pour un baroud d'honneur aussi fou qu'inutile ! Alors dans un dernier défi dicté par un cerveau chancelant, il organise dans sa superbe villa, son propre royaume avec une milice armée, formé de légionnaire déserteurs, prête à tout. Viennent à lui comme vers l'unique et dernier espoir tous les nostalgiques des colonies et de leurs vies passées, où ils avaient le droit de vie ou de mort sur le reste de la population.
À l'opposé Ouhria, jeune fille qui partage sa vieillesse et sa couche, souffre-douleurs pas si effacée que cela... Elle tente de canaliser la folie de son seigneur et maître car c'est il me semble leurs relations...mais avec un sentiment de grande tendresse vis à vis de cet homme, vieux, un peu sénile dans des agissements de maître du destin des autres alors qu'il ne commande même plus le sien propre.
Tout est démesuré dans ce livre, le personnage central, ses domaines, sa boulimie sexuelle, sa cruauté, son influence et son talent de manipulateur, car dans ce monde de pouvoir tout se négocie, s’achète et bien sûr se vend ! Ce livre est provocant, à cause de ce « héros », de part son vocabulaire, qui dans la bouche de Bobby représente très certainement les très mauvais côtés des colons dans leurs rapports avec les autochtones qu'ils exploitent et méprisent. Au nom du travail accompli et des années passées, la terre et le pays leur appartiennent. Tous ne furent heureusement pas comme cela ! Certains agissements de cet homme qui se sait au dessus des lois sont choquants et révoltants, le viol d'une femme par lui même et ses sbires pour la simple raison qu'elle est juive dépasse l’entendement, jeter son chien par la fenêtre du quatrième étage est une sorte de punition supplémentaire et gratuite ! Le supplice de deux « rebelles » fouettés à mort devant le personnel du domaine pour l'exemple est également monstrueux.
L'écriture est très particulière, ce qui n'est pas pour me déplaire, une phrase revient sans cesse, Albert Vandel, très lucidement martèle « Trop tard ».
Il est toujours trop tard, et ce livre rappelle une vérité qui nous est enseignée par l'histoire, si entre le pays colonisateur et le pays colonisé il y a la mer, pratiquement toujours le colonisé gagnera son indépendance. Pour en faire quoi ? C'est un autre débat !
Un roman terrifiant sur les dérives de la puissance et des moyens employés pour la garder, avec son cortège de passe-droits, de crimes et exécutions sommaires, de terrorisme et de contre-terrorisme.
Extraits :
- Je les fous dehors aujourd'hui même, nom d'un bordel ! Je tiens à la vie, moi ! Je veux vivre encore longtemps ! Et profiter de mes terres! De mes vins français ! De mes cigares cubains ! De ma nouvelle femme qui a traversé la Méditerranée pour que je jouisse nuit et jour de ses appâts !
- oui, c'est ce que je croyais, c'est ce que nous croyons tous à l'époque, nous les seigneurs de l'Algérie : être les éternels propriétaires de ce temps africain que nous avions si bien su conquérir et occidentaliser
- Foutez-moi la paix, M. Albert, je dors
- parce que nous avons ce pays dans le sang
- Vous lavez ma femme en fermant les yeux ! Et le premier qui bande ira chercher ses roustons dans la poubelle !
- mon braquemart roi, mon bâton de maréchal, mon épée de Damoclès infatigable
- les soldats poussèrent des cris, leurs mains se crispaient sur les fusils qui n'avaient pas servi depuis huit jours, ils avaient faim, ils avaient soif, et ils avaient envie de trousser des femmes
- il avait pour lui le bon droit de sa race supérieure
- D'où vient la cruauté sans égal des capotes bleues – pantalons rouges ?
- …. que le temps des miracles est révolu, nous savons que notre Algérie française n'est plus notre Algérie....
- C'est moi, Albert Vendel 1 er !
Éditions : Flammarion (2011).
PERELMAN S.J. / L'oeil de l'idole

L'oeil de l'idole.
Sydney.Joseph.PERELMAN.
Note : 4 / 5.
L'alarme à l'oeil.
Un peu d'humour n'a jamais tué personne, malgré le proverbe (ou dicton, l'un fait sérieux, proverbe, l'autre plus ordinaire, dicton) « Je suis mort de rire ». Alors une balade dans les lectures un peu baroques, maniant le non-sens tout en ayant un oeil sur l'absurdité du monde me paraît être un bon moyen de changer un peu des littératures noires. Ce livre est le premier tome d'une future anthologie des meilleurs textes de Perelman qui est prévue par cette jeune maison d'édition.
Dans la préface, Woody Allen ne tarit pas d'éloges sur Perelman, voyons si je suis d'accord avec lui. Ce recueil commence par le récit qui donne son titre à l'ouvrage, et c'est bien parti comme le héros qui fuit grâce à « L'éléphant express » !
« Les termites rouges » dont le sous-titre est révélateur « Une histoire pour les jeunes briseurs de grève ». Les rouges grévistes (étrangers et bolcheviques) veulent mettre la société au pain noir et au caviar, les non grévistes (américains de souches plus ou moins anciennes) demandent que leurs salaires soient diminués de trente pour cent et exigent de travailler onze heures par jours ! Leur chant de ralliement est-il « Merci patron ? » Le bonheur du patronat! Le bons-sens triomphera-t-il ?
Hollywood comme vous ne l'avez jamais vu...même pas imaginé. Les producteurs, acteurs, machinistes etc...des navets sont mis à mort dans de grandes cérémonies hollywoodiennes! À lire pour nous cultiver. Dans la même ville, mais pas dans le même texte, une bande d'organisateurs, non homologués de visite des studios est démantelée. La police veille....pourtant les nuits peuvent être dures et chaudes....ce n'est pas ce que vous croyez !
Les propriétaires et les marchands de tarentules ont-ils une toile d'araignée au plafond ? Une correspondance inédite entre Paul Gauguin et un dénommé Marcus, barbier de son père, nous renseigne sur la difficulté de la vie dans les îles pour un artiste....les modèles ne sont plus ce qu'elles étaient !
Les personnages pullulent dans ce livre, vingt textes et au moins une centaine d'intervenants, dont les noms sont souvent des poèmes et pourraient pratiquement se suffir à eux-mêmes !Cancan Gabrilowitsch, Dyvan O'Moelleux (Irlandais bien sûr) Afya Afyakkievitch, Dora Ammidown (pardon caporale Dora Ammidown!).
Un lecteur de Baker Street nous donne sa recette pour s'endormir, c'est élémentaire ; lire Hygeia, le mensuel de l'American Medical Association ! D'ailleurs la lecture des journaux semble avoir été une inépuisable source d'inspiration pour Perelman. Il égratigne ainsi au passage Harper's Bazaar, mais il feuillette les magazines féminins pages sous-vêtements !
On découvre avec effarement un marchand vendant des araignées par correspondance, un détective privé à l'ancienne, des médecins à Hollywood, des scientifiques expérimentant des bains amaigrissants pas encore réellement au point !
Comparé à Leacock, ici, il y a une certaine méchanceté (ou une méchanceté certaine), ou alors un sens plus aiguë de la provocation, le texte sur Hollywood ou la réflexion sur le fait qu'il est un peu inconscient de mettre une tarentule dans le berceau d'un enfant de deux ans ..enfin si l'on tient à l'araignée ! Un médecin à prescrire (pardon à proscrire), un monde pour le moins dément, mais à consommer sans modération. Parfois le non sens est énorme, les situations ubuesques, un enfant part en Californie pour devenir scénariste. Pour mettre des boules dans les oreilles et un masque occultant, il est préférable d'être au lit, sinon le parcours risque de ne pas être de tout repos. Et c'est un peu gênant le masque pour lire !
Quelques titres, sur la famille « Loin des proches » sur les marchands de voitures d’occasion « Au poil ». Ni sur les potiches, ni sur la pistache, mais en forme de pastiche « Adieu mon joli amuse-gueule » et une dernière gâterie pour la route : « L'amateur de sucrerie toujours revient à son nid ».
Extraits :
- Je me demandais si c'était lié aux succès que sa pièce osée, « Les entrées de Mme Sortie », avait remporté au Haymarket.
- Vous reprendrez bien une aile, chéri ? me proposa Dianna en indiquant l'avion de Long Island rôti baignant dans sa compote de pommes.
- Il y a cinq milles ans, le sage a dit : « si on met des ailes à un piment il se change en libellule. Pourtant si la libellule perd ses ailes, elle ne se transforme pas en piment. » Voilà ce que le sage a dit il y a cinq milles ans.
- … mais s'il est vrai que l'image ne saurait mentir, avouons que les sous-vêtements et autres gaines mettent en valeur le beau sexe à un point que nous situerons très exactement au-deçà de la folie.
- En ce moment, pour esquisser les masses, je me sers d'un parapluie plié au lieu d'une fille. Il s'agit en fait d'un commentaire ironique sur la femme moderne, tout en côtes et en textile. Où sont passées les grandes filles joyeuses et bien rembourrées d'autrefois ?
- Chaque année, à Noël, je finance cent trente deux dindes et, chaque fois, je n'ai droit qu'à un pilon. Voilà, c'est ça le mariage, mon frère.
- Dès l'âge de six ans, je n'ai pas manqué d'en polir régulièrement l'émail à base d'éclats de cacahuètes, d'exercer deux fois par jour un massage par pression contre les incisives au moyen de sucettes et bien sûr, de renforcer mes gencives en mastiquant force nougatine et caramels enrobés de chocolat.
- Elle dissipa à jamais l'illusion entretenue depuis l'adolescence qu'une moustache vous rend irrésistible pour l'autre sexe.
- Je ne me rappelle pas avoir déjà entendu ce nom. Irlandais ?
Assez pour connaître la différence entre le whiskey et le whisky.
- Bien que la pipe lui donne la nausée et qu'il soit de constitution frêle et méticuleuse, il a su gagner en authenticité grâce à une étude incessante des films policiers anglais et des romans de Georges Simenon. Éditions : Wombat (2011)
JAOUEN Hervé / Ceux de Menglazeg.

Ceux de Menglazeg *
Hervé JAOUEN.
Note : 5 / 5.
Noire comme l'ardoise.
Quatrième volume d'une grande fresque qu'Hervé Jaouen consacre à la Bretagne à travers la saga d'une famille et de ses ramifications. L'éditeur nous rappelle que chaque volume est indépendant et par conséquence il est possible de les lire séparément et sans ordre imposé.
Au coeur des Montagnes Noires au bord du Canal de Nantes à Brest, Sylvaine regarde très troublée des traces de pneus qui laissent supposer qu'une voiture a coulé à cet endroit ! Est-ce la 2CV de la famille conduite par sa mère Aurore avec, à son bord, petit Louis et Capucine ? Est-ce un suicide, conséquence d'une énième dispute particulièrement violente entre elle et sa mère hier soir ? Pendant quelques instants, elle aussi pense se jeter à l'eau avec sa mobylette. Un dernier réflexe et seul le deux roues sombrera ! Mais la question est la suivante :
- « Que faire maintenant ?»
Est-ce bien une voiture qu'elle a semblé apercevoir ? Dans la maison familiale déserte, comme pour la narguer, le livret de famille est posé bien en évidence sur la table...
L'intrigue se déroule sur deux époques, avril 1963 pour le mariage et mars 1982 pour la conclusion.
Mikelig, infirme civil, convole en justes noces avec Aurore, grâce à une petite annonce....La cérémonie mêle la kermesse la plus débridée. La mariée, originaire du nord forte femme au propre comme au figuré, est venue avec une troupe de gilles, dont certains membres semblent avoir été plus que de simples amis pour elle, bien décidés à montrer aux Bretons qu'eux aussi savent faire la fête. Une fille, Sylvaine naîtra de cette union, pas plus désirée que cela...Et la vie, cette chienne de vie continue, pas en mieux hélas, d'autres naissances retirées de la famille... Puis un retour d'affection, un garçon et une fille qui eux resteront dans la famille....les années passent jusqu'à cette soirée, jour du drame, mais pourquoi ?
Expliquer, mais pour la jeune fille où commencer les explications, le pourquoi du comment ? De la naissance ou de ce premier travail et ce premier amour ? La nuit sera longue pour les personnes écoutant ses confidences sordides...
Sylvaine, ou pour être plus près de l'acte de naissance Sylvie-Anne. Délire de la mère et de ses idoles du moment, deux autres garçons, retirés par la DASS, se prénommaient Johnny et Eddy ! Sous une gouaille et une assurance un peu forcées, se cache une très grande détresse, celle d'une adolescente à qui la vie a volé l'enfance. Seul rayon de soleil, Léontine la grand-mère, vers laquelle elle peut se retourner dans les périodes troubles de son existence de petite fille dans un environnement peu favorable. Pépé Martial aussi fait de son mieux, mais lui, comme son fils, sont des battus de naissance, vieux avant l'âge, épuisé par la vie. Aurore, la mère haïe, sorte de caricature d'elle-même, paresseuse, sans aucune fibre maternelle, faire l'amour et se donner du bon temps en écoutant les tubes du moment sont ses principales activités. Mikelig, le père, est dépassé, l'organisation de la vie de famille repose uniquement sur lui, mais il travaille, étudie pour changer de métier, donc, être silencieux, il subit la main mise de son épouse.....Mais il est très amoureux, alors pardonnons-lui ! Lui et son père se ressemblent, homme d'un seul amour.
Petit Louis et Capucine, enfants sacrifiés sur l'autel de la folie humaine et de la haine !
Hervé Jaouen adapte son style d'écriture au milieu ambiant. La narratrice est une enfant en rupture d'école et d'éducation familiale, son langage et ses facultés de raisonnement s'en ressentent.
Beaucoup plus noir que ces derniers ouvrages, Hervé Jaouen nous offre un roman dans lequel le loufoque (le mariage par exemple ou encore la chapelle remplie de gens communiant pour un enterrement) côtoie parfois le dramatique. Cruel aussi par les descriptions peu flatteuses (mais méritées) d'Aurore et de sa copine de porto « l 'Artiste », comique quand le cheval tirant le corbillard marque le pas au son de la musique des noces. Tragique comme le destin de cette jeune fille livrée trop tôt à elle-même et très sombre, dans le style des romans réalistes décrivant la misère profonde régnant dans cette région de Bretagne. Beaucoup de mots et d'expressions en breton qui sont pour beaucoup la langue de tous les jours.
Une note joyeuse malgré tout, le hit-parade d'Aurore, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sylvie Vartan, Richard Anthony ou Dick Rivers ! Avec le recul ce n'est pas terrible, mais cela rajeunit !
Un des tous meilleurs Jaouen d'inspiration bretonne, avec « Au dessous du calvaire » certainement un des plus « vrais » et des plus accomplis. Un constat social sur un mode de vie qui a disparu, absorbé par le modernisme et la société de consommation.
En exergue la dernière phrase du ce livre :
- On devrait toujours songer que sous chaque pierre tombale reposent des destins insoupçonnés.
Extraits :
- Tout s'est très bien passé. Il était né le divin enfant. C'est après que ça a foiré.
- Ils se déshabillèrent, passèrent leurs chemises de nuit et se couchèrent côte à côte comme des gisants qui n'ont plus rien à attendre du lendemain.
- Ce fils de paysans en a trop vu de dures, dans les campagnes, sous le fumier des omertas familiales, depuis qu'il est gendarme.
- Il imagina un tribunal de vieilles : les condamnations pleuvraient, avec elles le voleur de pommes récolterait perpète.
- Où voulez-vous que j'aille ? Que le seul voyage qui me reste à faire c'est pour aller au cimetière.
- À Menglazeg, le progrès ne passait pas.
- C'est plus tard, aussi, que je me suis dit que pépé Martial et mon père avait une tête à se pendre un jour. Tel père, tel fils.... Y a pas de place pour les gentils dans ce monde de tordus.
- Ils étaient la preuve vivante que, comme on dit, le plaisir de celui qui donne est plus grand que le plaisir de celui qui reçoit.
- En Bretagne, on parle aux morts et on leur prête les mêmes sentiments qu'aux vivants.
- Il augmenta les doses de sa morphine du pauvre.
Éditions : Terres de France / Presses de la Cité (2011).
* Ardoisière.
Le site de l'auteur, ici.










































