CHEVALIER Gérard / L'ombre de la brume.

L'ombre de la brume.
Gérard CHEVALIER .
Note : 4 / 5.
À l'ombre des familles en pleurs.
Second roman pour Gérard Chevalier après l'excellent « Ici finit la terre » qui a obtenu le prix du roman « Produit en Bretagne » et celui du Polar insulaire au Salon international du livre d'Ouessant.
Dans un combat antique, un guerrier en décapite un autre...en période de combat plus proche de nous un autre soldat récupère la tête....et la ramène chez lui.
Yvon Leguern est médecin généraliste à Saint Cadou dans les monts d'Arrée, sa vie semble ordinaire, il travaille beaucoup, aligne les kilomètres dans sa 4L fétiche. Il est l'époux de la belle Trifyn, la trop belle Trifyn qui, par contre, roule en grosse cylindrée, fait de l'équitation, bref assume son statut de femme de notable. Des objets disparaissent chez ce médecin, un vieux fusil d'abord, puis une montre puis d'autres choses. Puis Marie Louise qui travaille chez le docteur et ensuite Françoise sa secrétaire semblent s'être évaporées! Il fait chaud, mais quand même ! L'affaire devenant grave la gendarmerie est alertée, Tanguy qui est un proche de la famille commence l'enquête qui, faute d'éléments probants, n'avance guère. Une lettre anonyme parle de retour et de vengeance de Jean-François Leguern, frère d'Yvon qui a disparu sans laisser de traces plusieurs années auparavant. À la mort qui semblait accidentelle de son épouse, il s'est enfui entourant ce décès d'un mystère aujourd'hui encore non élucidé.
Pas mal de personnages dans ce microcosme d'un village des monts d'Arrée. Yvon Leguern semble avoir tout pour être heureux....son cabinet tourne bien, enfant des environs la population le respecte et mieux, l'apprécie...alors pourquoi la vieille Anne Stephan qui l'apprécie beaucoup le met en garde contre un malheur imminent ? Son épouse, la belle et donc désirée Trifyn, ne bénéficie pas de la même affection du village, sa conduite routière entre autre est celle d'une bourgeoise parvenue. Son entourage professionnel est composé de Françoise sa secrétaire, secrètement amoureuse de son employeur, et de Marie Louise toutes deux au service de la famille depuis des années ! Donc pas réellement de soupçons de ce côte là ! En dehors de ce cadre, dans le village, il y a Le Braco, personnage énigmatique, « étranger admis » mais sans plus. Pourquoi s'est-il donc installé ici....Jean François Leguern, frère d'Yvon, a disparu au moment du décès de son épouse et il tient son frère responsable de celui-ci... où est-il ? De retour ? Anne Stephan, veuve, se présente comme une « Valde » une des dernières représentantes du paganisme et des croyances celtiques. Sa maison est très courue la nuit, voyante et guérisseuse elle est un personnage incontournable du village. Elle est le symbole d'un monde disparu. Les gendarmes connaissent la vie et les us et coutumes des environs et un policier vient de Brest pour les suppléer, personnage grossier archétype du flic de la ville, tombant comme un éléphant dans un jeu de quille. Pourtant au fil du temps une certaine amitié le liera avec le juge Prigent, retraité il s’intéresse aux civilisations celtiques et avait enquêté sur la disparition de Jean-François. Il connait ce milieu, il y vit depuis des années.
Gérard Chevalier après nous avoir fait découvrir le monde des îles dans son premier roman nous amène ici dans les monts d'Arrée. Monde plein de vieilles croyances de traditions profondément ancrées dans la vie quotidienne bercée d'anciennes légendes et des lieux aux noms compliqués « Tuchenn Kador » (Le Tertre du Trône). Quelques expressions et dialogues en breton rappellent que cette langue est encore parlée dans les monts d'Arrée. Un des aspects les plus intéressants de ce livre, c'est l'étude d'un bourg à l'intérieur de la Bretagne quand des évènements peu ordinaires s'y déroulent, le café devenant une sorte de forum où toutes les idées et tous les fantasmes des habitants deviennent par un mimétisme une sorte de vérité espérée. Les deux vieux garçons, paysans célibataires, un peu rustres, piliers du bar en sont un parfait exemple.
C'est « Fantasia chez les ploucs » dixit l'auteur ! Mais chez les vrais ploucs, donc chez moi!
Extraits :
- Sans être bêtement nationaliste, il était fier d'appartenir au peuple de Bretagne dont il possédait la langue. Une vraie langue. Riche. Forte. Poétique.
- Sa femme était un mélange instable de glace et de feu. Il n'arrivait pas à prévoir quel aspect de son tempérament se manifesterait.
- Yvon Leguern admirait ces maires de petits villages, souvent plein de bon sens, aptes à calmer les conflits et loin des luttes de pouvoir du monde politique.
- Il faut être breton pour se retrouver affublé d'un nom pareil pour un homme !
- … il observa, admiratif, ces lignes harmonieuses qui, depuis le début de l'humanité, éveille chez les mâles un intérêt possessif.
- Et puis cette femme..., cette somptueuse épouse dont il ne connaissait pas tous les méandres de la personnalité, après treize ans de mariage.... il s'interdisait de la juger.
- Et quand je suis devenue pas belle, il y en avait même plus un pour couper l'herbe au lapin.
- Tout dans les godasses, rien dans le képi !
- Le monstre du Tuchenn Kador est sorti du chaos ! Il rôde autour de nous.... l'heure est venue de payer pour nos péchés et ceux des autres ! Jean-François Leguern réclame justice !
- Vous n'avez rien compris. Il y a des codes de civilité. Les traditions rurales dans les monts d'Arrée sont miraculeusement encore vivantes. C'est un des derniers bastions de la langue celtique... enfin ce qu'il en reste. Il faut respecter la façon de vivre et de penser de ce petit monde.
Éditions : Coop Breizh (2011).
Autre chronique de l'auteur :
Ici finit la terre.
JOHNSTON Fred / Orangeman.

Orangeman.
Fred JOHNSTON .
Note : 5 / 5.
Orange mécanique.
Auteur né à Belfast en 1951, il réside dorénavant à Galway, il s'est converti au catholicisme, ce qui doit être, il me semble, très rare. Il est très impliqué dans la vie culturelle et littéraire du Connacht. Sept nouvelles pour découvrir cette nouvelle plume, qui aborde un thème relativement rare dans la littérature irlandaise, la présence de nombreux étrangers attirés par le mythe du « Tigre Celtique ».
« Orangeman » commence ce livre. Un texte très fort, un enfant dont la mère est catholique, le père converti à cette religion pour pouvoir l' épouser, l'enfant lui ne sait plus trop ! Orange ou Vert ! Suivre une de ces grandes marches du mois de juillet le laisse perplexe, fier de ces hommes qui défilent conquérants, il applaudit, mais son père lui demande d’arrêter...Les descriptions de ces grands rassemblements sectaires font froid dans le dos, mais c'est le but recherché...faire peur aux catholiques..la musique guerrière, les « Lambeg drum » assourdissants...et la mort qui elle aussi est en marche dans un pays vivant au rythme des « troubles » !
« Mariage mixte » dans un pays qui considère que l'union entre catholiques et protestants est un mariage mixte, alors que dire d'un homme qui épouse une égyptienne ? Rien n'est simple, le racisme ordinaire fait son chemin, un certain communautarisme s'installe, les relations de l'épouse sont des déracinés également, asiatiques ou africains....le couple se désagrège....lentement mais sûrement.
La différence également dans la nouvelle « Débile », « Étoile du Nord » parle d'un autre gros problème de la société irlandaise, les violences conjugales souvent liées à l'alcool. Problème évoqué par Roddy Doyle dans son roman « La femme qui se cognait aux portes ». Un homme, une femme qu'il a beaucoup aimé, mariée à un époux violent....Mais cette violence est née dans le quotidien du pays, un jour sur une route et l'explosion une bombe. Une atmosphère étouffante, deux couples, l'un du nord, l'autre du sud, qui furent amis, mais qui depuis se déchirent...La meilleure nouvelle du recueil mêlant étroitement l'histoire de gens ordinaires avec celle de cette île divisée en deux entités que tout oppose. « Dans la dèche », le titre de la nouvelle qui termine ce recueil est la réalité économique actuelle, dans la dèche et avec des dettes......Tigre celtique de papier....le monde politique et les banquiers te saluent bien et te remercient ! L'argent n'est jamais perdu pour tout le monde. Que reste-t-il après deux ans de chômage, la haine et la littérature comme thérapie.
Un ouvrier dans une situation étrange en compagnie d'une belle et jeune femme pour le moins éméchée, futilité et gravité de la vie. L'argent et la fausse respectabilité qu'il procure mais la roue tourne....L’Irlande du sud et son histoire récente semblent résumées ici. « Noël chez le juifs » se passe au Canada où une famille originaire de Belfast s'est installée dans une maison propriété d'une famille juive. La vie de tous les jours à travers le regard d'un très jeune enfant avec ce que cela peut comporter parfois de traumatisme profond. Un récit très émouvant sur fond de fête de Noël et de différences religieuses. L'auteur ne nous indique pas précisément où se déroule ces histoires. Si « Orangeman » est nettement situé en Irlande du nord, il semblerait que « Le jardin du ciel et de la terre » par exemple soit plus « sudiste », au temps de cette opulence factice qui s'est envolée avec son lot de mesures d'austérité et de retour de l’émigration vers l’Australie en particulier.
On pense ici, à deux livres : « La rue et autres nouvelles » de Gerry Adams pour Belfast et « Les ombres sur la peau » de Jennifer Johnston, pour Derry qui, eux aussi, analysent très bien l'ambiance très étrange qui régnait sur dans ces villes en ces années de troubles, soldats armés, voitures blindées et hélicoptères dans le ciel. Autre référence littéraire Aidan Higgins que lit un des personnages du livre.
Ce livre aborde aussi un sujet très sensible et nouveau pour l'Irlande, le racisme car de pays d'émigration, la soudaine et très brève opulence a attiré de la main d’œuvre du monde entier et cela ne s'est pas toujours passé de manière très sereine. Un des personnage du livre résume très bien la situation :
-« Il n'y a pas plus intolérant, tu sais que ceux qui ont été jadis colonisés ».
Ces récits qui, s'ils ne sont pas très optimistes, sont de grande qualité, pas très faciles malgré tout. Une réussite pour un auteur qui, il me semble, n'avait pas encore été traduit en français.
Extraits :
- Il avait peine à s'imaginer un homme comme son oncle Ernie dans la peau d'un agresseur belliqueux, prenant délibérément d'assaut les quartiers catholiques.
- Des hommes aux visages épanouis, s'apprêtant à passer du bon temps. Ces hommes étaient-ils dangereux ?
- Comment douter un instant que ces hommes étaient les maîtres de cette terre qu'ils foulaient à présent ? Comment mettre en doute cette foi immuable qu'ils avaient en eux, leur opposition farouche à toute intrusion étrangère ?
- Elle était belle, de cette sorte de beauté des femmes de quarante ans avec laquelle les plus jeunes ne sauraient rivaliser.
- Et là, dans ce pub, je les haïssais, tous ces visages ouverts, je haïssais l'amitié et la tolérance.
- Le simple fait d'être irlandais impliquait-il de devoir toujours être sur le qui-vive ?
- …. et elle prononça ces mots que je n'avais jamais imaginés qu'on puisse m'adresser, à moi : salaud de raciste.
- Tout le monde était amical sur la promenade, pas question de religion, de sectarisme, rien de tout ça.
- Cette journée entière fut pour moi la préparation d'une débâcle bien particulière, une déchirure, d'une privation que jamais rien ne viendrait compenser.
- Depuis que je le connais, il ne m'a pas montré le moindre signe de ce supposé bon sens calviniste des gens de l'Ulster.
- « J'ai toujours dit que c'était ton pays ici. C'est pas vrai, Janet ? Ouais. Ton pays, pas le mien, ni le sien ».
Éditions : Terre de Brume (Terres d'ailleurs/Irlande) 2010.
Titre original : Keeping in the Night Watch (1998)
Collectif/ Rome noir, présenté par Chiara Stangalino & Maxim Jakubowski.

Rome Noir.
Collectif.(Présenté par Chiara STANGALINO & Maxim JAKUBOWSKI).
Note : 4, 5 / 5.
Sous le pont Saint-Ange....le Diable règne.
Repeignons une autre ville en noir, Rome cette fois-ci, pas une ville anglo-saxonne comme Londres, L.A ou un quartier, Brooklyn...pas la capitale de la France non plus..mais Rome, la ville éternelle, ancien phare d'un empire déchu. Seize auteurs dont je n'en connais que deux , Gianrico Carafiglio et Marcello Fois. Pour les autres Boosta, Diego da Silva, Enrico Franceshini, Guiseppe Genna, Maxim Jakubowski (nouvelle traduite de l'anglais!) Nicola La Gioia, Carlo Lucarelli, Antonio Pascale, Tomaso Pincio et Antonio Scuratie.
C.D Formetta dont le prénom est Cristiana Daniela (plus agréable et plus Rome antique que C.D), Francesca Mazzucato, Evelina Santangela et Nicoletta Vallorani, sont les éléments féminins, dignes représentantes des lettres italiennes.
Ce livre comprend quatre parties, « Des murs et des pierres », « Sur les traces de César », « Des pâtes, du vin et des flingues » et pour finir, enfin pour les rescapés pas encore trucidés « La Dolce vita » style le repos du guerrier!
Les boissons « hard Colisée » sont interdites dans l'enceinte de l’arène...et pourtant certains visiteurs sont sujets à des visions troublantes de vérité...le présent et le passé se mélangent dans un déluge de sang. L’explication pour des américains pragmatiques ; un phénomène de « remote viewing ». Des pages très dures, car la vie dépendait de peu de chose ! Pouce ! Un homme dans une Rome sous la canicule et la domination des hordes de chinois....une idée que son auteur a développé dans « Cinaccità : mémoires de mon crime atroce » paru dernièrement chez le même éditeur. Le péril jaune revu et corrigé dans un monde financier qui ressemble au nôtre....beaucoup d'argent est en jeu, mais il est virtuel. Alors les dettes de l'un devraient rembourser celles de l'autre et ainsi de suite...On apprend avec effroi certaines pratiques de prostituées chinoises...pas à prendre avec des baguettes, ces dames.
« Ne pas parler au passager » est une histoire de chauffeur de taxis, bavard, vantard mais qui se dégonfle comme une baudruche....La parole est d'argent, mais le silence est d'or ! Un long dialogue entre deux femmes gare de Tiburtina....la misère du monde, les immigrés en particulier roumains et bulgares, la prostitution, la vie moderne dans les grandes métropoles. Deborah Amadesi, dix-sept ans, a-t-elle massacré sa famille..si oui...seule???? Les pensées de la jeune fille qui ne sont pas prisonnières du commissariat de police s'évadent... La vérité, elle la connait bien sûr. Pour beaucoup, Rome c'est Pâques...mais il se passe aussi des choses pour Noël ! Les gens pensent que la vie de quartier, c'est calme, sympa et même convivial. Alors visitez « Pigneto », où l'on récolte de drôle de choses. Un texte plein d'humour, le seul d'ailleurs.
« Le silence est d'or » un trio pas trop classique, une femme, un homme....une voiture et une fin flamboyante. Une des meilleures nouvelles du recueil. Un récit de politique-fiction (?) car même dans la ville éternelle, le monde change.
Un personnage réel Pasolini dans « Piazza dei Cinquecento » l'auteur donne sa version de la mort du cinéaste, texte plein de références sur l'histoire de la ville et de ses fantômes. Un très bon début d'ouvrage.
La plage d'Ostie, encore le souvenir du meurtre de Pasolini, un homme songe à son épouse décédée, il a combattu durant toute sa vie son attirance pour le corps de jeunes hommes bronzés, jusqu'à Mario !
Un américain à Rome à la terrasse d'un café, une bière fraiche, une cigarette en attendant la femme aimée...la Dolce Vita, mais dans une nouvelle très noire, ce n'est pas comme cela !
La faune des grandes villes, la police qui fait ce qu'elle peut ou veut, des souvenirs de la splendeur passée ; témoin, cette information il y a quelques jours, bagarre entre bandes de gladiateurs se paradant devant les touristes ! La bande des Mirmillons contre le gang des Rétiaires !. Un homme recherche ses souvenirs et son grand amour, d'autres sont aux prises avec un requin de l'immobilier prêt à tout pour faire partir les locataires pauvres. Un dealer condamné par la médecine qui regrette que son fils ne prenne pas la suite du business (pour être pâtissier en Angleterre!) un commerçant assez cossu décide, la soixantaine bien passée, de coucher avec le plus de femmes possibles...
Des écritures différentes, c'est normal, certaines lignes sont très réalistes et décrivent la folie collective autour des arènes, dont le football par exemple est un des derniers vestiges.
Un voyage dans une ville qui s'est bâtie au fil des siècles sur et dans le sang, des gladiateurs aux victimes de crimes crapuleux.... Un des meilleurs volumes de la collection, et pour moi la découverte de la ville, loin des cartes postales reçues de ma fille !
Comme dans chaque ouvrage de cette collection une playliste musicale pas très italienne, d'ailleurs, clôt ce recueil
Extraits :
- Ma pensée m'appartient. Le corps, je le cherche ailleurs.
- Dans les gradins, soixante dix mille êtres humains, ivres à leur tour, étaient aussi fous que les chiens.
- Quand on vit dans l'éternité, on ne croit en rien.
- Pour moi, entre une femme et l'économie, il n'y a jamais eu beaucoup de différence. Dans le sens où je n'ai jamais compris ni l'une ni l'autre.
- Aujourd'hui, ce monde dont je fais partie continue comme avant, Charlotte.
Personne ne sait, personne n'a jamais rien soupçonné.
- Et s'il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c'est la ressemblance d'une chose avec une autre mais en moins bien.
- En réalité, ce n'est pas à moi qu'il veut parler mais à tout le monde et à personne à la fois. Elle se contente d'une présence, pourvu qu'on ait l'air de lui prêter attention.
- Ça devait se passer comme ça : moi, je savais qui il était.
- C'était comme si le XXIe siècle n'était pas encore encore arrivé jusque-là, malgré les voitures modernes et rutilantes qui fonçaient, ignorant superbement les limitations de vitesse.
- L'homicide doit être une forme évoluée de pitié, même si lui n'y pense pas encore.
Éditions : Asphalte (2011) site ici
Titre original : Rome noir (2009)
CONSEIL Philippe / Je ne me considère pas comme un MONSTRE.

Je ne me considère pas comme un MONSTRE*
Philippe CONSEIL.
Note : 3 , 5 / 5.
Pensez....je me charge du reste !
Auteur que je découvre avec ce livre, qui n'est pas à son coup d'essai. Mais les renseignements sur internet ne sont pas très nombreux.
Un homme se présente :
« Je m’appelle Ange.Et je suis un tueur ».
Mais pour lui pas d'états d'âmes, ce qu'il sonde dans celles des autres semble justifier le fait de donner la mort. Et de préférence par où la future victime a pêché ! Car les bouffées de noirceur qu'il ressent au contact de certaines personnes lui donne envie de tuer et la manière d'accomplir l'acte ultime pour ces dépravés. Un côté provocateur ou une réelle passion pour les lettres, un poème laissé près de corps sans vie explique son geste.
Une femme policière, Patricia, se trouve avec sur les bras, un ancien collègue (elle finira dans ses bras!), mais surtout un meurtre au scénario étrange mais très élaboré. Gilbert Testard, commerçant a été retrouvé pendu par les pieds et saigné à mort ! Il avait eu une altercation et le mot est faible avec une des ses employées qui l'avait giflé et avait ensuite claqué la porte. Pour un policier, le coupable ne peut être que le petit ami de celle-ci ! Déduction un peu rapide...
A Paris, un homme cherche une figurine particulière, un général napoléonien « Le Bessière de Eylaud » chose plus que rare...le vendeur ne possède pas cette pièce, mais un homme dans le magasin oui. Il est prêt à la vendre à un prix correct....Ils se découvrent un goût commun pour les reconstitutions en grandes pompes de batailles napoléoniennes. Rendez-vous est pris dans une quinzaine...L'un sera une victime collatérale très tardive des guerres de l'Empereur.
Monsieur Lamoureux est infirmier, sa collègue lui demande de la remplacer ce week-end. Elle aimerait passer quelques jours avec son mari. L'homme est célibataire alors même s'il n'est pas ravi, il accepte... Pourtant il y a des soins à donner à Bernadette Beaucaire, femme acariâtre, méchante, vicieuse, handicapée, elle laisse sa poche urinaire déborder pour le plaisir d’embêter les infirmiers qui viennent la soigner ! Sa mort ne dérangera pas grand monde....alors.....
Un tueur prénommé Ange, ce n'est pas courant et c'est le moins que l'on puisse dire, le fait de lire dans les pensées d'inconnus n'est pas non plus donné à tout le monde. Une commissaire de police, femme seule un peu mal à l'aise dans sa peau, jugeant son physique peu avenant se consacrant donc en entier à sa profession. Corto, un de ses anciens collègues, lui, a préféré quitter la police il y a quelques années, il travaille à son compte et est pour affaire de famille de retour dans sa ville natale. Un cuisiniste libidineux se conduisant comme un cochon avec son personnel féminin et égorgé comme un porc. Un collectionneur de soldats de plomb, membre d'un réseau pédophile, adepte de reconstitution de batailles historiques. Il finira au champ du déshonneur. Une ancienne institutrice, sadique profitant des faiblesses enfantines pour humilier certains de ses élèves, elle sera enfin réduite au silence !Un profileur représente la modernité de la police par une sorte d’opposition à la vieille garde de policiers, pas trop malins dont un particulièrement obtus, cherchant un coupable mais son suspect a un sens de l'humour qui le dépasse !
Deux personnages principaux et donc deux narrations. Deux styles d'écritures, en italique pour les pensées du tueur qu'il consigne dans un journal intime qui se veut non pas une justification de ses actes, mais une explication. En lettres classiques pour la commissaire et les ….défunts, car il y en a. Qui dit tueur dit tués ! Mais les tués ne méritaient pas réellement de vivre d'après le jugement de l'Ange !
C'est bien écrit, mais je suis un peu déçu par l'épilogue dont je n'ai pas bien compris l'utilité ! Une grande originalité de vocabulaire et la recherche dans la mythologie grecque pour décrire un personnage sont des choses très rares dans ce genre littéraire.
Extraits :
- Je ne me considère pas comme un monstre. Peut-être ai-je tout au plus un sens de l'esthétisme un peu particulier....
-Elle ne croyait pas à sa beauté. Cette humilité tendait à la rendre susceptible, et suspects les hommes qui s'essayaient à lui glisser quelques hommages sur sa grâce.
- Qu'est-ce qui avait bien pu clocher dans sa vie pour en arriver là ? À quel moment tout avait commencé à déraper ?
- Oui, vous avez bien lu : lire dans les pensées.
- C'est vrai, qui suis je en fin de compte ? Un démon ou un ange. .. exterminateur ?
- Soudain une trainée d'impressions malsaines est passée devant moi et s'est éloignée dans la rue. Pas de doute, cet animal serait un gibier de choix avec les souvenirs nauséabonds qui engluaient sa mémoire.
- Et dans le feu de l'action, il jouera son rôle et moi le mien. Finalement, il y a toujours des morts dans les batailles.
- Le spectacle avait la complaisance de la vraisemblance. Cris, cavalcades, sonneries et tambours ; il ne manquait plus que le sang, la douleur et les larmes des conscrits retenant leurs tripes en appelant leur mère.
- Décidément, les criminels les plus odieux demeurent désespérément médiocres, même dans leurs plus beaux rôles.
- Recevoir l'autre dans son antre, c'est un peu livrer l'esquisse d'un secret, ouvrir le livre d' images et le laisser imaginer, de loin en loin, les reflets adamantins d'une vie aux facettes dévoilées.
- J'ai serré un peu plus fort. C'est le cœur qui a cédé le premier, le cœur, encore.
Éditions : Siloë (2011)
Le site, ici.
Le blog, ici.
*Le mot MONSTRE est en majuscules dans le titre.
Collectif / Balade en Bretagne nord.

Balade en Bretagne nord.*
Collectif.
Note : 4 / 5.
Avec un livre sous le bras....
Titre de la collection « Sur les pas des écrivains » : balade donc entre Vitré et Brest avec quelques escales, pas uniquement maritimes, mais toutes littéraires.
Je voudrais avec mon chauvinisme habituel et entièrement assumé citer ici quelques phrases de la préface signée Erik Orsenna :
« Mais la vraie vie recommençait à Paimpol et gagnait en intensité à mesure que nous nous rapprochions et que l'air sentait plus l'iode. Qui ne connaît pas, juste après Ploubazlanec, la descente de l'Arcouest, avec vue sur l'archipel de Bréhat, n'a encore du bonheur géographique qu'une expérience très restreinte ».
Il va de soi, pour l'avoir encore vu et vécu il y a peu de temps que je suis absolument d'accord avec Erik Orsenna.
Pour pratiquement tous les auteurs, deux parties, une biographie en forme d'hommage écrite par un spécialiste actuel, puis un court texte de l'auteur. Le tout situé dans une ville du nord de la Bretagne, et ayant une valeur symbolique pour la personne référencée. Ou sa ville de naissance, le lieu d'une de ses œuvres ou d'un voyage. Louis Guilloux pour Saint-Brieuc, ou Pierre Loti pour Paimpol par exemple.
Tous ne sont pas Bretons, mais ont des attaches familiales ou affectives avec la Bretagne ou ne furent que de simples visiteurs de cette région qui représente un certain exotisme à une époque pas très lointaine.
Des écrivains bien sûr, mais peu de femmes, Colette, Madame de Sévigné, Mona Ozouf pour Plouha, Anne de Tourville (Prix Fémina en 1951) et Heather Dohollou, poétesse galloise qui succomba aux charmes de Bréhat et s’installa dans les Côtes d'Armor!
Des grands noms de la littérature française, Balzac qui déjà en 1847 trouve que le Breton se « désenbretonne » ! Céline, Flaubert, Pierre Loti, Mac Orlan et Victor Hugo figurent également dans ce livre, qui confirme ici le mépris qu'il affichait pour les Bretons !
Pour les autochtones, les ancêtres, Corbière, Paul Féval que je connais pour son roman « Les libérateurs de l'Irlande », Félicité Robert de Lamennais que j'ai découvert grâce à Xavier Grall et son essai « Stèle pour Lamennais », Louis Guillou qui comme Jean Guéhenno avait un père cordonnier ! François-René de Chateaubriant (Chantrin pour les intimes) Ernest Renan ou Victor Ségalen ont également droit de cité dans cet ouvrage très complet.
Pour les contemporains pas encore répertoriés ici, Philippe Le Guillou, ou présent comme Hervé Hamon (que j'ai croisé au festival interceltique de Lorient) et Yvon Le Men.
Quarante villes et donc quarante auteurs que je n'ai pas forcément lus. Noël du Fail né aux environs de 1520 me semble le plus ancien, mais d'autres qu'il m'arrive de croiser dans certains salons littéraires ont toujours bon pied, bon œil.
En ouverture du livre derrière la couverture un rabat indique les lieux visités, avec à côté une carte ou chaque ville est numérotée avec le nom de l'auteur correspondant. Très utile, ainsi qu'en fin d'ouvrage, une liste des lieux d'inspirations et de demeures des écrivains cités ainsi qu'une liste des associations impliquées dans les recherches ou la diffusion des œuvres des romanciers, poètes ou essayistes et une table des auteurs-biographes qui méritent eux aussi une citation. Et pour finir, une liste des « Guides » avec qui nous avons effectué ces balades. Et parmi ceux-ci Pascal Rannou qui figure sur ce blog pour son superbe roman « Sentinelles de la mémoire ».
Un petit mot sur la présentation que j'aime beaucoup pour son côté un peu désuet, son papier couleur beige clair et ses photos « noir et blanc ».
Un ouvrage qui va prendre place, dans ma bibliothèque aux côtés de « Promenades littéraires en Finistère ».
Un dernier mot, pendant la lecture de ce livre, j'ai appris le décès de Dorothée Letessier qui ne figure pas dans cet ouvrage, mais dont le roman « Le voyage à Paimpol » est un des livres qui m'ont suivi depuis des décennies.
Citations d'auteurs :
- « On trouve encore en Bretagne des petits coins qui sont bretons, mais ils deviennent rares. » Paul Féval.
- « La Bretagne est là dans sa fleur.... » Honoré de Balzac.
- « Bretons, il paraît que tous ceux qui le sont sont un peu trop fiers de l'être » Jean Guéhenno.
- « Le fait est que les Bretons ne comprennent rien à la Bretagne. Quelle perle et quels pourceaux ». Victor Hugo.
- « La ville n'est qu'une petite ville bretonne, Saint-Brieuc » Mona Ozouf.
- « Le vrai poète de la Bretagne, c'est la lumière bretonne comme le vent en est le magique musicien ». Anatole Le Braz.
- « Bretagne hospitalière et franche, à ta santé !
Aux filles du Trégor, à tous ces rudes hommes !
Comme eux je rends hommage au noble jus de pomme.
J'étais déjà Breton sans m'en être douté ». Charles Le Goffic.
- « Vous êtes tous, beaucoup plus que vous le pensez, des habitants de Rostrenen » Armand Robin.
- « Nos dernières années seront finistériennes, éclairées par la lumière des confins de la péninsule armoricaine, entre Brest, Logonna, Le Faou, la forêt de Cranou et la presqu'île de Crozon .» Philippe Le Guillou.
- « Paysans ou marins, les Bretons étaient toujours soucieux de la météo. Le temps qu'il fait. »
Jean Rohou.
Éditions : Alexandrines (2011).
*Ille-et-Vilaine, Côtes-d'Armor,Finistère nord.
Auteurs chroniqués dans ce blog :
Louis Guillou : La maison du peuple.
Hervé Hamon : La diagonale du traître.
Anatole Le Braz : Le gardien du feu.
Yvon Le Men : La clé de la chapelle est au café d'en face.
Mona Ozouf : Composition française.
OBIONE Max / L'ironie du short.

L'ironie du short
Max OBIONE .
Note : 4 / 5.
Marquage à la culotte !
J'ai rencontré Max Obione à Penmarc'h mais j'avais auparavant lu son excellent recueil « La balistique du désir » que j'avais emporté dans un élan religieux inattendu renommé « La basilique du désir ». Ici et en cette période d'après Grande Boucle le titre qui vient à l'esprit (d’équipe, bien sûr) est « L'ironie du sport » et comme en général le sport se pratique en short ! Partons en petites foulées. Pour 18 tours de pistes, classiques ou à la Brestoise....pour moi c'est la seconde solution.
Après l’inévitable préface de Jean-Bernard Pouy, nous faisons la connaissance de Marcel Bovary, qui ne semble pas avoir que des intentions louables envers une dame. Ou alors le fait de charger son fusil est une manière pour le moins surprenante de se montrer agréable avec l'élue de son coeur! Et il est chaud le Marcel. Et il n'a pas l'intention de s'en laisser compter.... Chômeur, buveur de Kro, lecteur de « Paris Turf », les chevaux, il croit en connaître un rayon. Mais la pouliche qu'il chevauche à bride abattue un jour le désarçonne.... alors gare aux obstacles qui traînent sur sa route....Avoinée générale !
Walt Disney revisité, dix nains au lieu de sept..quelle tambouille.... « Flemmard » « Branleur » et « Tapette » des noms, des prénoms, des surnoms en plus ou tout simplement des qualificatifs....et c'est un éminent grimminologue qui le dit......Cela va-t-il faire le bonheur de Blanche-Neige ?
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage fait froid dans le dos.....et en pendant ce temps à l’Élysée le président qui nous gouverne pense, étudie, soupèse....que faire !
« Crâne d'os » pourrait être sous-titré : mets toi bien cela dans le crâne....Ou cela rentre par une oreille et cela ressort par l'autre... Dors Robert, fais de beaux rêves, Bébé va bien.....
Une leçon de cirage de chaussures assez convaincante dans « Aurel et Maddy » texte sur la vie, la vieillesse et la mort....qui avancent pas à pas .
« D'amour tendre » c'est dans le style " c'est pas gagné la vie si elle ressemble au jour des noces.... genre voir Venise et déguerpir....Mais au départ le train s'ébranle..... et la nuit fut sublime et le matin radieux...
« Attention à la marche » figurant dans le recueil « Dans le panneau» ouvrage annuel des éditions « Terre de brumes », veuillez vous reporter à ma chronique pour cet ouvrage...
La littérature tue...ah bon. Mais pas très rapidement...heureusement d'ailleurs..merci du tuyau....je suis tout ouï !
J'aime aussi la peinture donc l'histoire racontée dans "Au dessus du royaume bleu des mouches" m'a bien plu ; pas très doué, ce jeune américain ; aussi un petit séjour en France pour comprendre les secrets des impressionnistes vaut bien quelques actions pas très orthodoxes. Les découvertes, parlons-en ! La couleur de l’absinthe, les formes du modèle, mais le secret d'un peintre, c'est son oeil! Il n'est pas nécessaire de prendre ce conseil au pied de la lettre ! Une des meilleures histoires de ce recueil.
Un immortel qui veut se suicider...ce n'est pas une sinécure...elle est longue la vie, et le titre très poétique "Fin de moi difficile". Un homme qui semble bien sous tous rapports mais auquel sa voisine va rappeler quelques détails pas très reluisants, elle aurait pu être belle la vie sans une femme amoureuse...très amoureuse...ce qui est un comble ….« Les micochonnes » ne sont pas forcément des demi-portions...retour à l'adolescence, le cinéma de quartier, quelques filles qui comme dit l'auteur « n'avaient pas froid aux yeux, mais chaud partout » C'était beau les filles ! C'est toujours beau d'ailleurs....Lemmy Caution lui...il a disparu des écrans en même temps que les cinémas populaires...Marcel et ses potes de bistrot, la France profonde, les philosophes des estaminets, gosiers en pente, en descente uniquement ! Et pour descendre, le Marcel il a ce qu'il faut ! Un homme dans le cirage ou alors à coté de ses pompes...et il préférerait le rester au vu de ce qui l'attend.....Ludo et ses pas potes de banlieue. La vengeance est aveugle et frappe toujours les innocents. Un Robert au sommeil agité, un vieux danseur mélancolique, un couple en voyage, une femme en cavale poursuivie par une autre femme policière....et la question « Comment Max Obione va se sortir de ce piège »....pour le savoir lisez la nouvelle et le recueil sur votre lancée. Un pêcheur dans l'ancienne capitale des Gaules, une romancière qui attend à une terrasse de café...un éditeur qui ne viendra pas et qui se nomme Dominik Kerity ! Dommage ! Mais quel beau nom...Un écrivain (enfin il le prétend) prêt à tout pour être publié...c'est dur d'être éditeur. Mais ce n'est pas facile non plus d'être journaliste. Surtout dans des temps troublés.
Je suis toujours stupéfait par l’imagination des auteurs de nouvelles noires en particulier ! Pouvoir rendre le monde encore plus sombre qu'il est, avec des situations abracadabrantes tout en gardant un air de vérité, cela tient très souvent du grand art. Et quand parfois on trouve une touche d'humour (noir bien entendu) c'est encore mieux.
Extraits :
- On devient aveugle en ne voyant qu'elle, on devient sourd en n'écoutant qu'elle, on perd le goût en ne savourant qu'elle, on perd la parole en n'appelant qu'elle...
- Un petit homme rabougri, le fer est gris comme une fiente de pigeons maculant du velours au rouge.
- Trombiner ce tas, ça ne pouvait pas durer, la bandaison s'est comme l'audace, on n'en a pas toujours quand il le faut.
-Tu as taillé les pattes de ton jean blanc, très en haut de sorte qu'une fois enfilé, ton short laisse voir la ligne de partage entre tes cuisses et tes fesses. Ce pli qui rend fou.
- Si elle parle comme un boeuf analphabète, elle est gaulée comme Maryline.
- Marseille, cette vieille dame savoureuse et putride qui n'avait jamais quitté ma mémoire.
- Plus tard, tous ces barges qui se trimbalent, qui confondent polar et mode d'emploi, ça fait peur !
- Ce jour la, Hudson découvrit l'absinthe.
- En vérité, Hudson fit davantage de progrès en caresses crapuleuses qu'en peinture.
- Je tâte mes Roudoudou dans ma poche, mais les copains fortunés leur offriront des Pie qui chante à l'entracte, c'est mieux qu'un Roudoudou. L'injustice, ça vous vient dans le cœur à cause de truc pareil.
- Nous recevons au moins une dizaine de manuscrits par jour. Bientôt nous aurons plus de personnes qui se piquent d'écrire que de lecteurs.
Éditions : Krakoen (2011)
Autre chronique :
Balistique du désir
Collectif / Vue sur mer.
Vue sur Mer.
Collectif.
Note : 3, 5 / 5.
Ma mer !
Je m'accorde une récréation littéraire avec ce court recueil, deux obligations pour les auteurs, écrire à la première personne du singulier et évoquer la mer. Un petit livre, moins de cent pages, mais de grandes plumes.
Certaines ont comme dit la phrase consacré eu « les honneurs de ce blog » d'autre non. Commençons par les absents, Jean-Pierre Abraham, Gwenn-Aël Bolloré, Hervé Claude, Benoîte Groult, Paul Guimard, Daniel Hillion, Michel Le Bris, Michel Mohrt, Bertrand Poirot-Delpech, Patrick Poivre d'Armor, Michel Ragon, Paul Louis Rossi, Jean Rouaud et Gilles Servat. Les auteurs dont j'ai déjà parlé sont nettement moins nombreux, Jean-François Coatmeur, Yves La Prairie, Hervé Hamon etYvon Le Men.
Un gardien de phare victime d'une crise d'appendicite, une chose somme toute banale devient une aventure où des hommes risquent leurs vies. Un île sauvage devenue un lieu de vacances, c'est la conséquence du temps qui passe. Un tableau dans un appartement parisien représentant une maison au bord de l'eau paysage qui deviendra réalité plus tard, un beau texte, sur les souvenirs d'un homme. La mort d'un enfant noyé, un goéland en Irlande près des îles Skellig, un bateau baptisé « Kenavo », des au-revoir et des instants de l'existence.
Les îles, parlons en, certaines ont des noms bizarre « Penez ar Prad », l'île de la prairie, Stérec, Verte, Castaëres ou Er Lannic. Elles sont également le lieu de rencontres étranges, mélange d'anciennes croyances et d'un autre monde celui des légendes celtiques avec ses mystérieuses apparitions. Parfois on y croise des naufragés bien involontaires!
Attention, les mirages n'arrivent pas que dans le désert, certains et parmi des gens censés croissent une femme vielle de quelques siècles, une tortue géante aux larges des côtes Anglo-Normandes ou le visage d'une femme a la chevelure rousse dans les flots déchainés au large du Connemara ? Abus de vin ou de Guinness? Ou alors vision espéré, voulue pour retrouvé le monde de l'imaginaire, qui est en chacun d'entre nous, et que l'on dit très prononcé chez les Celtes?
La mer est ici personnage et lieu à la fois, quelle sont les relations de chacun d'entre nous avec elle? L'approche est différentes entre, par exemple Jean-Pierre Abraham et Yves La Pairie qui furent tous deux gardiens de phares et le vacancier moyen.
Mer nourricière ou objet de plaisir, paysage changeant ou lieu de travail, point d'encrage ou de départ, cimetières aussi pour certains hélas, la mer est tout cela. Et beaucoup d'autres choses!
Tous ses écrits sont courts, donc ramenés à l'essentiel, les grandes phrase ne sont pas nécessaires, les marins comme les montagnards sont des gens qui se taisent, et pour moi c'est un qualité.
Dans sa préface, Thierry Guidet nous parle d'un homme, grand marin s'il en fut, Eric Tabaly et écrit les lignes suivantes :
- La mer n'est pas pour nous.
Extraits :
- Mais, c'est sans compter avec l'entêtement bien connu des Bretons.......
- Les romanciers ont tous les droits. Je les ai tous rassemblés dans une maison bretonne pour des retrouvailles.
- C'est Maria, a murmuré quelqu'un, le pauvre môme est passé.
- Mais dans « l'île des savants et des Saints » comme on surnommait l'Irlande, on se sent plus proche qu'ailleurs des mystères des légendes du monde celte.
- Il me parle d'un temps où le temps prenait encore son temps. Un temps où le temps de la traversée était une petite vie en soi.
- Elle me symbolise tout ce que j'aime : le mystérieux, l'infini et l'éternel. Et même, pourquoi le cacherais-je le mystique et le sacré?
- Dans le brouhaha passé des noms magiques : Mascareignes, Terre-Neuve, Mer d'Irlande.....
- « la mer, misère, mon gars, surtout ne te laisse jamais prendre! ».
- Nous avons vécu sept jours l'un avec l'autre, sur cette île bienheureuse de la grande mer du Nord, dont les anciens Celtes disaient qu'elle cachait l'éternité.
- Il rigolait. Et rigoler, ça, les Irlandais savent le faire!
Éditions : Joca Seria (1998)
LEACOCK Stephen / L'île de la tentation.

L'île de la tentation*
Stephen LEACOCK .
Note : 3,5 / 5.
Pourquoi résister !
Vacances et récréations littéraires avec ce livre. Surnommé le Mark Twain canadien, cet auteur (1869/1944) est considéré comme un des meilleurs humoristes de sa génération. Quant est-il un siècle plus tard ?
Six textes, une post face et une table (des matières, bien que, suite au premier texte, une table d'orientation fut plus indiquée) pour le contenu.
Le récit qui donne son titre à l'ouvrage concerne un voyageur, Monsieur Borus, Harold de son prénom, partant de Southampton à La Nouvelle-Orléans. Son navire ayant fait naufrage, il dérive sur un canot de sauvetage lorsqu'il recueille (homme charitable) Melle Croyden, Edith de son petit nom. Donc voici Harold dans la situation enviable d'être seul ; loin de la civilisation avec une jeune femme qui semble charmante ! Ils accostent sur une île déserte, enfin déserte avant qu'ils n'y accostent bien sûr ! La suite, vous la devinez...hé bien non vous avez tout faux !
John et moi ou Comment j'ai failli perdre mon mari, mettez-vous à la place de cette femme, Minn, deux ans de mariage, tous les jours un petit déjeuner qui vire au cauchemar et cette constatation : son époux préfère son journal à sa douce et tendre épouse. Là je m'avance car je n'en sais absolument rien, mais bon en littérature, sauf dans les textes les plus noirs, les épouses sont toujours tendres, douces, attentionnées etc...On peut se poser la question de savoir pourquoi tant de gens divorcent ! Lire tous les jours la page financière en buvant son thé... c'est beau la vie ! Un texte à méditer, mais remplacez le journal par la télévision...vision des temps modernes.
Un texte très caustique sur le monde politique britannique et ses dignes représentants, Sir John Elphinspoon, Lady du même nom (qui n'est pas à prendre avec le dos de la cuillère, même en argent car elle est née avec cette même cuillère dans la bouche!), Angela, leur fille, qui est pour l'instant sous la véranda avec le secrétaire de son père. Car un problème délicat se pose « Un projet de loi sur les frontières du Wazuchistan » ! Scandale : un député mineur (de son métier, pas d'âge) gallois sans doute a posé une question stupide qui offusque la Chambre (pas à coucher l'autre, celle où l'on parle) où est le Wazuchistan ? Un texte hilarant mais consternant !
Roméo et Juliette à la mode écossaise , six siècles plus tôt, l’ancêtre de l'un a tué l'ancêtre de l'autre (ou le contraire peut-être?) d'un coup de galette d'avoine ! Les clans se boudent, s'étripent donc l'amour n'est pas une priorité bien au contraire. Mais la charmante, jeune et ravissante higlanderesse (?) fille d'Oyster McOyster Mc Manus....qui pêche des homards, a de la suite dans les idées....et pas froid aux yeux, (qu'elle doit avoir très beaux je suppose) ! Un récit qui ne manque pas de sel !
Une histoire de passion au moyen-âge, chevaleresque bien sûr Guido, le damoiseau, Iseult la damoiselle..la flamme de leur amour vaut bien quelques sacrifices (et quelques sacrifiés aussi, le monde est cruel!). Notre noble chevalier est prêt à tout pour s'emparer de la pure jeune fille, sortez vos épées, que résonnent les glaives, emparez-vous du donjon...L'amour est aveugle...souvent mais pas toujours....enfin la rencontre....A c'est vous !
Un homme (mal marié) une femme (dont l'homme est tombé amoureux) une île déserte et sans télévision, mais ce n'est pas forcément tous les jours dimanche et il ne faut pas toujours se fier aux apparences souvent trompeuses. Pauvre John, sa demande en mariage (en est-ce une?) ressemble plus à un kidnapping qu'à une déclaration d'amour ! Car entre la fille, puis la mère et ensuite le père, c'est passes-moi la bague au doigt et tais-toi ! Une famille de l'aristocratie anglaise caricaturale jusqu'au bout des ongles, et plus si c'était possible ! Une femme amoureuse, une âme supérieure mais un peu stupide....enfin tout est bien qui finit bien, l'amour n'était pas celui qu'elle pensait !
Avec le recul, c'est bien gentillet, pas désagréable mais un peu vieillot et sans une once de cruauté, juste un peu de méchanceté, mais très feutré. Minn en est un exemple frappant, elle pense, mais malheureusement pour deux !
Par contre j'aime beaucoup les titres et ce qui pourrait passer pour des sous-titres explicatifs :
Crise au cabinet, ou Le destin de l'Angleterre ; Hannah des Highlands ou Le laird du Loch Aucherlocherty (à consommer avec de la panse de brebis farcie, et à faire passer avec un bon whisky!) ; Guido la Broche de Gand ou Une idylle chevaleresque !.
La société de l'époque avec son hypocrisie triomphante, ses codes et ses manières parodiés jusqu'au grotesque. A découvrir, pour sourire et pour changer de la grisaille des informations quotidiennes.
Extraits :
- La jeune dame, avec un goût féminin instinctif, s'était attachée un morceau d'algue dans ses cheveux. Je ne résiste pas aux algues, c'est plus fort que moi. Mais je parvins quand même à me contenir.
- Pas un mot. J'ai deviné votre amour pour Minn dès le début. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle, John, mais à présent elle est à vous ; prenez-la !
- Et nous le prîmes chacun par un poignet et le menâmes auprès de papa sous la véranda. Aussitôt que John vit papa il tenta à nouveau de parler.
- Elle ne pouvait se dissimuler que son visage, lorsqu'il s'était assis dans son fauteuil, avait pris dix ans par rapport à ce qu'il était il y a dix ans.
- Tu oublies, ma chère, expliqua le baronnet, en tant que secrétaire d'État aux affaires étrangères, ma participation à une exposition canine pourrait offenser le Shah de Perse. Si cela avait été une exposition féline...
- Et c'est à la sortie du vallon que se dresse le rocher derrière lequel William Walllace s'arrêta pour changer de culotte alors qu'il fuyait la colère de Rob Roy.
- Il se fit le serment de ne plus rien manger, à l'exception de nourriture, et de ne plus rien boire, à l'exception de spiritueux, jusqu'à ce qu'il eût réussi dans son entreprise.
Éditions : Le dilettante.(2003).
Titre original : Nonsense Novels (1911) & Winsome Winnie and Other Nonsense Novels (1920).
* et autres naufrages amoureux.
BRUEN Ken / Une pinte de Bruen (2)

Une pinte de Bruen (2.)
Ken BRUEN .
Note : 4,5 / 5.
Bruen is Good For You.
Second tome des écrits de jeunesse de Ken Bruen. Il comprend ce que l'on pourrait appeler quatre courts romans. « État de grâce », « Toutes les vieilles chansons et rien à perdre », « La Troisième Croix» et « Le temps de Serena-May ».
L'état de grâce ne dure jamais longtemps. C'est ce que ce dit Ford, irlandais de Londres, travailleur social. Le problème pour lui est que la Grâce en question, américaine, est mariée, et rentre aux Etats-Unis ! Alors il faut essayer de combler le vide de son départ. Donc résumons la vie sexuelle de Thomas Ford en quatre femmes et quelques coups durs! Grâce : il est amoureux d'elle et dans un lit tout va bien. Amanda : elle est chaude comme un glaçon qui sort du congélateur, mais il l'a épousé et a divorcé. Alison Dunbar : jeune écossaise sympathique, court vêtue, ce n'est pas le grand amour, mais cela peut le devenir. Stella : épouse de son patron et pour le moins entreprenante, le sexe c'est plus du sport que de la tendresse, alors le lit, jamais le temps d'y arriver et son mari frappe d'abord et cause après....donc pour vivre heureux vivons cachés ! Mais d'un seul coup, Ford devient un perdant pathétique, il perd tout, même son boulot.....la seule chose dont il hérite on veut l'en priver ! La vie est dégueulasse.....après la Grâce, vient le temps de la disgrâce.
Bien sûr que les vieilles chansons sont meilleures que celles de maintenant, le problème est que chaque âge a ses vieilles chansons et que l'on y perd parfois au change. Pour Danny, qui se qualifie lui même d'homme d'affaires, ses références musicales, ce sont les années 1960/1970. Blessé dans sa chair par un accident du travail, dans son âme par la mort de son épouse et de sa fille, tuées par un chauffard de quatorze ans, drogué. Depuis, il est devenu une sorte de croisé dans un combat contre les trafiquants. Deux personnages féminins apportent un rayon de soleil dans cette histoire, Nora l'infirmière irlandaise qui veut « Quitter ce pays de barbares » et Nikki, jeune prostituée. Un très bon texte dur et très noir.
Ce titre est extrait d'un poème d'Eavan Boland « The Emigrant Irish ».
« La Troisième Croix » est un texte terrifiant sur le mensonge, la vengeance et la démence. La parole d'une enfant va mettre le feu aux poudres. Du bruit, de la fureur, des morts.....et un des hommes les plus antipathiques du livre qui écoute Neil Young....Pauvre Thomas, décidément les croix sont dures à porter...Encore plus noir que le texte précédent...
Le dernier récit ne dépareille pas l'ouvrage, un couple, elle la quarantaine, lui un peu plus sont ravis par l'arrivée d'un premier bébé, une petite fille Serena-May, mais leur bonheur sera de courte durée, l'enfant souffre du syndrome de Down ! Comment réagir à ce grave problème ? Ce thème sera repris dans « La main droite du Diable » et l'enfant aura le même prénom, mais pas ses parents. Une sorte d'ébauche pour le futur roman. Chose que fait par exemple Joseph O'Connor dont certaines nouvelles sont remaniées et rallongées pour en faire un roman.
Tous les personnages de Bruen sont des lecteurs, même les plus durs, car ils semblent tous, malgré leurs actes très humains, déterminés à se venger, mais en toutes connaissances de cause. Danny en est le parfait exemple, tuant des hommes, mais plein de tendresse pour une jeune fille qu'il aimerait sortir du trottoir.
Encore une fois les références littéraires et musicales sont très nombreuses et très variées, de William Trevor à Gustave Flaubert avec la mise en exergue pour ce dernier la phrase suivante qui est vraiment à sa place ici : « Je suis plein de cercueils comme un vieux cimetière ».
Quelques lignes également sur les écrivains ayant fait de la prison, de Jack Abbott à Jean Genet, il cite également Ted Bunty, célèbre serial-killer américain, car certains de ces personnages ont été emprisonnés.
Énormément de réflexions sur l'Irlande et les irlandais, pas toujours très tendres, mais à mon avis très nostalgique. Chose qui il me semble se confirme de livre en livre.
Les textes proposés ici, sont à mon goût plus aboutis que dans le premier volume. Je pense en particulier à « Toutes les vieilles chansons et rien à perdre » qui m'a vraiment beaucoup intéressé.
Bref en littérature comme dans la vie, la deuxième pinte est meilleure que la première !
Extraits :
- Il voyait déjà son épitaphe : « un homme intègre, mais un mauvais baiseur».
- C'était le péché capital. Les Irlandais pardonnaient aux leurs la plupart des choses, sauf d'avoir du succès et de « singer » les Anglais.
- Au pays, on utilise le mot bronach, qui va parfaitement avec la gueule de bois.
- Où est la station de métro ?
Environ une agression et demie d'ici. Vous pouvez aussi essayer le bus, qui n'est qu'à un viol, au coin de la rue.
- Quand on circule souvent sur la Nothern Line, on finit par acquérir une surdité sélective. C'est ça, ou avoir un walkman.... ou un Magnum.
- Les Anglais font l'amour comme s'ils suivaient le mode d'emploi, sans passion.
- Après tout, on n'est pas en Irlande du Nord.
Pas encore.
- Bof, tant pis. Je veux retourner en Irlande. Je ne tiens plus dans ce pays barbare.
- On quittait la prison mais elle ne vous quittait jamais. Là reposait, il le savait, la sentence réelle.
- Quelqu'un d'autre avait dit que la religion était faite pour ceux qui ont peur de l'enfer. La spiritualité était pour ceux qui y avaient été.
- Dolores était anglaise. Mariée à un Irlandais, elle ne s'était jamais remis de ce choc culturel.
- Je suis irlandaise, la tristesse fait partie de ma nature.
Éditions : Fayard Noir (2011).
Titre original : A fifth of Bruen (2006)
Chronique du volume 1, ici.
SCHNEIDER Vanessa / Tâche de ne pas devenir folle.

Tâche de ne pas devenir folle.
Vanessa SCHNEIDER .
Note : 3,5 / 5.
Une icône en héritage .
Second roman de cette journaliste politique après « La mère de ma mère ». La famille semble au centre de l'oeuvre romanesque de cette auteure.
Une tradition familiale veut que la mère offre pour ses 15 ans une icône à sa fille aînée. Car à partir de cet âge les jeunes filles peuvent se marier. Ici, c'est la grand-mère qui l'offre à sa petite fille, car sa propre fille a déshonoré les siens!
Nous découvrons le monde de cette famille d’exilés roumains au moment de la mort de la grand-mère Ohé, car celle qui fut la scandaleuse Marthe est devenue par la grâce d'un de ses petits enfants, Ohé, vieille femme en maison de retraite. Mais quelle fut sa vie, elle, qui bébé, fut maudite par une vieille gitane alors qu'elle se rendait à Budapest avec sa mère?
Plus tard pendant la guerre, Marthe fugue dans Paris et découvre le monde des adultes, mais son retour à la maison fut pour le moins violent. Elle se marie très jeune avec un bourgeois alsacien qu'elle ne connaissait pas ! Et toujours en elle cette affirmation de sa mère «Tu es folle, ma fille ! ». Elle s’installe à Strasbourg , profite d'un certain bonheur matériel, mais pour oublier, il lui reste la boisson. Son mariage tournant court, elle cherche un certain bonheur avec d'autres hommes, des enfants naissent de ces unions que son mari a l'élégance de reconnaître, mais certains de ses fils, les plus grands, ne sont pas dupes. Quant à la fille trop belle et trop faible pour dire non, enceinte à 15 ans, elle semble suivre les traces de sa mère....
L'auteur nous livre le récit sur deux points de vue, celui de Marthe et celui de sa petite fille, donc sur deux époques et à divers âges de la vie pour elles....
La narratrice regarde la vie avec ses yeux d'enfant, avec comme parenté « cette famille de fous » comme se plaisait à la qualifier son père. Et nous ne sommes pas loin de partager son point de vue. Puis les années passent, le monde change, elle devient une jeune fille renouant avec les origines de ses parents dans un pays en plein bouleversement politique.
Ohé, en réalité Marthe, a mené pour le moins une vie dissolue, elle a collectionné les amants, abusé de la boisson jusqu'à devenir alcoolique. Son mariage ne fut pas une réussite mais plutôt une catastrophe. Déracinée, avec un mari avec qui elle n'a aucun goût en commun et qui, sous ses apparences bourgeoises du jour, est un autre personnage la nuit.
Hélène, mère de Marthe, princesse roumaine a un jour tout abandonné pour l'amour de Constantin qui devient chercheur en France. Que dire de son comportement de mère avec sa fille ? Peu d'amour dans leurs relations, pour Hélène, Marthe est trop rêveuse, pour ne pas dire dérangée.
Une écriture pleine de pudeur pour des situations familiales compliquées, l'auteur d'ailleurs par la voix d'Hélène dit que celle-ci priait pour que la famille ne connaisse pas le malheur, mais rajoute lucide ou fataliste « tout au moins pas trop » !
Ce roman m'a permis de parfaire un peu mes connaissances de la Roumanie, son histoire, de l'empire Ottoman à la dictature de Ceaucsescu, la narration d'un voyage à Bucarest, ville dévastée par des travaux grandioses et à l'ambiance étouffante sont très réalistes. Mais la situation dans les premiers temps de « La liberté » retrouvée ne semble guère meilleure d'un point de vue matériel, car beaucoup de choses semblent manquer.
L'histoire de l'Europe en suivant le destin d'une famille franco-roumaine des années 1900 à la chute du communiste en Roumanie. Une approche originale, une femme ballottée par la vie, une famille tellement composée et recomposée que parfois, enfin c'est ce que j'ai ressenti, le lecteur s'y perd, les drames proches et historiques, dans un bon roman qui mérite une lecture attentive. L'écriture est romanesque, puis devient celle d'une journaliste en reportage, qui donne une impression de vécu.
Une lecture intéressante bien que loin de mes bases littéraires habituelles.
Extraits :
- J'écoutais à la porte, mais je ne percevais que des bribes de phrases, des mots qui m'effrayaient comme « sevrage », « délire », « lithium », « électrochocs ».
- Le malheur était partout, il avait frappé cette famille, il l'avait ruiné, détraqué, il l'avait mis en miettes. Mais pas nous. Pas nous.
- Très vite, Marthe se révéla être une petite fille étrange.
- Elle ne parlait jamais des folies de son passé, mais son corps portait des traces de ces excès. Il était maigre et voûté, fourbu, comme si elle avait été rouée de coups.
- J'avais trop peur que mes parents ou mon frère puisse se dire que j'étais folle, moi aussi. Une de plus dans la famille.
- Elle n'était jamais entrée dans un bar ni dans un restaurant et ces endroits interdits la fascinaient.
- Les pères, le vrai et le faux, étaient morts depuis longtemps, il était trop tard de toute façon.
- Elle passait de lit en lit avec la douceur d'une enfant abandonnée.
- Marthe ne sut pas comment réagir au décès de son mari. Elle chercha en vain de la tristesse au fond d'elle-même. Elle n'y trouva que de la peur.
- Elle avait confiance en son petit dernier, il trouverait son chemin et réussirait sa vie, il effacerait des années de déchéance et de malheur. Il se jura de ne pas la décevoir.
Éditions : Stock/Roman. (2009) 










































