L'ironie du
L'ironie du short
Max OBIONE .

Note : 4 / 5.
Marquage à la culotte !
J'ai rencontré Max Obione à Penmarc'h mais j'avais auparavant lu son excellent recueil « La balistique du désir » que j'avais emporté dans un élan religieux inattendu renommé « La basilique du désir ». Ici et en cette période d'après Grande Boucle le titre qui vient à l'esprit (d’équipe, bien sûr) est « L'ironie du sport » et comme en général le sport se pratique en short ! Partons en petites foulées. Pour 18 tours de pistes, classiques ou à la Brestoise....pour moi c'est la seconde solution.
Après l’inévitable préface de Jean-Bernard Pouy, nous faisons la connaissance de Marcel Bovary, qui ne semble  pas avoir que des intentions louables envers une dame. Ou alors le fait de charger son fusil est une manière pour le moins surprenante de se montrer agréable avec l'élue de son coeur! Et il est chaud le Marcel. Et il n'a pas l'intention de s'en laisser compter.... Chômeur, buveur de Kro, lecteur de « Paris Turf »,  les chevaux, il croit en connaître un rayon. Mais la pouliche qu'il chevauche à bride abattue un jour le désarçonne.... alors gare aux obstacles qui traînent sur sa route....Avoinée générale !
Walt Disney revisité, dix nains au lieu de sept..quelle tambouille.... « Flemmard » « Branleur » et « Tapette » des noms, des prénoms, des surnoms  en plus ou tout simplement des qualificatifs....et c'est un éminent grimminologue qui le dit......Cela va-t-il faire le bonheur de Blanche-Neige ?
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage fait froid dans le dos.....et en pendant ce temps à l’Élysée le président qui nous gouverne pense, étudie, soupèse....que faire !
« Crâne d'os » pourrait être sous-titré : mets toi bien cela dans le crâne....Ou cela rentre par une oreille et cela ressort par l'autre... Dors Robert, fais de beaux rêves, Bébé va bien.....
Une leçon de cirage de chaussures assez convaincante dans « Aurel et Maddy » texte sur la vie, la vieillesse et la mort....qui avancent pas à pas .
« D'amour tendre » c'est dans le style " c'est pas gagné la vie si elle ressemble au jour des noces.... genre voir Venise et déguerpir....Mais au départ le train s'ébranle..... et la nuit fut sublime et le matin radieux...
« Attention à la marche » figurant dans le recueil « Dans le panneau» ouvrage annuel des éditions « Terre de brumes », veuillez vous reporter à ma chronique pour cet ouvrage...
La littérature tue...ah bon. Mais pas très rapidement...heureusement d'ailleurs..merci du tuyau....je suis tout ouï !
J'aime aussi la peinture donc l'histoire  racontée dans "Au dessus du royaume bleu des mouches" m'a bien plu ;  pas très doué, ce jeune américain  ;  aussi un petit séjour en France pour comprendre les secrets des impressionnistes vaut bien quelques actions pas très orthodoxes. Les découvertes, parlons-en ! La couleur de l’absinthe, les formes du modèle, mais le secret d'un peintre, c'est son oeil! Il n'est pas nécessaire de prendre ce conseil au pied de la lettre ! Une des meilleures histoires de ce recueil.
Un immortel qui veut se suicider...ce n'est pas une sinécure...elle est longue la vie, et le titre très poétique "Fin de moi difficile". Un homme qui semble bien sous tous rapports mais auquel sa voisine va rappeler quelques détails pas très reluisants, elle aurait pu être belle la vie sans une femme amoureuse...très amoureuse...ce qui est un comble ….« Les micochonnes » ne sont pas forcément des demi-portions...retour à l'adolescence, le cinéma de quartier, quelques filles qui comme dit l'auteur « n'avaient pas froid aux yeux, mais chaud partout » C'était beau les filles ! C'est toujours beau d'ailleurs....Lemmy Caution lui...il a disparu des écrans  en même temps que les cinémas populaires...Marcel et ses potes de bistrot, la France profonde, les philosophes des estaminets, gosiers en pente, en descente uniquement ! Et pour descendre, le Marcel il a ce qu'il faut ! Un homme dans le cirage ou alors à coté de ses pompes...et il préférerait le rester au vu de ce qui l'attend.....Ludo et ses pas potes de banlieue. La vengeance est aveugle et frappe toujours les innocents. Un Robert au sommeil agité, un vieux danseur mélancolique, un couple en voyage, une femme en cavale poursuivie par une autre femme policière....et la question « Comment Max Obione va se sortir de ce piège »....pour le savoir lisez la nouvelle et le recueil sur votre lancée. Un pêcheur dans l'ancienne capitale des Gaules, une romancière qui attend à une terrasse de café...un éditeur qui ne viendra pas et qui se nomme Dominik Kerity ! Dommage ! Mais quel beau nom...Un écrivain (enfin il le prétend) prêt à tout pour être publié...c'est dur d'être éditeur. Mais ce n'est pas facile non plus d'être journaliste. Surtout dans des temps troublés.
Je suis toujours stupéfait par l’imagination des auteurs de nouvelles noires en particulier ! Pouvoir rendre le monde encore plus sombre qu'il est, avec des situations abracadabrantes tout en gardant un air de vérité, cela tient très souvent du grand art. Et quand parfois on trouve une touche d'humour (noir bien entendu) c'est encore mieux.
Extraits :
- On devient aveugle en ne voyant qu'elle, on devient sourd en n'écoutant qu'elle, on perd le goût en ne savourant qu'elle, on perd la parole en n'appelant qu'elle...
- Un petit homme rabougri, le fer est gris comme une fiente de pigeons maculant du velours au rouge.
- Trombiner ce tas, ça ne pouvait pas durer, la bandaison s'est comme l'audace, on n'en a pas toujours quand il le faut.
-Tu as taillé les pattes de ton jean blanc, très en haut de sorte qu'une fois enfilé, ton short laisse voir la ligne de partage entre tes cuisses et tes fesses. Ce pli qui rend fou.
- Si elle parle comme un boeuf analphabète, elle est gaulée comme Maryline.
- Marseille, cette vieille dame savoureuse et putride qui n'avait jamais quitté ma mémoire.
- Plus tard, tous ces barges qui se trimbalent, qui confondent polar et mode d'emploi, ça fait peur !
- Ce jour la, Hudson découvrit l'absinthe.
- En vérité, Hudson fit davantage de progrès en caresses crapuleuses qu'en peinture.
- Je tâte mes Roudoudou dans ma poche, mais les copains fortunés leur offriront des Pie qui chante à l'entracte, c'est mieux qu'un Roudoudou. L'injustice, ça vous vient dans le cœur à cause de truc pareil.
- Nous recevons au moins une dizaine de manuscrits par jour. Bientôt nous aurons plus de personnes qui se piquent d'écrire que de lecteurs.
Éditions : Krakoen (2011)
Autre chronique :
Balistique du désir