gibiers

Gibiers de potence /Meurtres sur le Tro Breizh.
Alain EMERY .

Note : 5 /5.
La potence n'attend pas le nombre des années...
Un petit recueil de nouvelles noires, basé sur une vieille croyance bretonne qui dit ceci : tout breton doit de son vivant faire le Tro Breizh ! Un pèlerinage à pied, autrement c'est trop facile, allant de Saint Malo à Vannes avec plusieurs escales pour honorer les saints fondateurs. Sinon, il faut le faire après son décès, mais pas très vite, la longueur d'un cercueil tous les sept ans....Je ne suis pas rendu ! Car bien que très breton, je ne suis guère croyant.
Vingt sept étapes, (plus que le tour de France) vingt sept chemins de croix, vingt sept calvaires, vingt sept villes, vingt sept nouvelles, en avant et à chacun son tour.
Une affaire Callas à Dol de Bretagne, mais que fait Voltaire, ou alors la police d'ailleurs ? « Cocagne » prenez deux frères (Pas trop bien finis) producteurs de cidre fortement escrocs, une jeune femme canon (je dirais plutôt bolée mais ça ne correspond pas du tout à son physique) qui aimerait bien devenir la « Reine des pommes » ! Amour filial ou amour physique ? C'est noir et alambiqué.
« Fortunes de mer » pour certains bien sûr c'est plutôt l'infortune! Le bonheur des uns fait le malheur des autres, c'est bien connu. Et puis entre collègues de travail.....« Bonne espérance », le tout c'est de passer le cap et non pas de trépasser. Copain et Neveu sont sur un bateau...Une belle et triste histoire que seule la mort d'un des deux permettra de connaître, avec un final inattendu et renversant ! Un très grande nouvelle comme je les aime. « Trio gagnant » moins on en sait mieux cela vaut . Pas toujours et même parfois c'est l'inverse ! « Le banquet » c'est une soirée pas comme les autres ! Il faut se méfier des fausses notes quand on reçoit un cadeau de la part du pianiste ! Un sacré dilemme, l'oreille ou le petit doigt ? N'est pas Van Gogh qui veut ! Abandonné par une femme pour un maitre nageur, c'est une affaire qui peut-être vite torchée, mais qui ne fera pas forcément long feu. Quand un inconnu vous suit dans la rue, ce n'est pas forcément que votre déodorant lui fait un effet magique ! Quelle sombre histoire cache ce noceur pitoyable à Quimper, quel secret l'alcool l'aide t-il à oublier ? « Jouer avec la foudre » vous le révèlera. Une des nouvelles les plus réussies de ce recueil. Détour par Lorient avec « Maison mère » qui nous montre, si besoin est, que l'argent est le nerf de la guerre et que la vie d'un homme n'est pas négociable.... et pourtant ! Elle est belle la vie à Belle Île, sûrement..Un jour un poète inspiré chantera peut-être : J'aime Belle Île et sa falaise....Le bonheur c'est simple comme un coup de fil, mais bon c'était une publicité mensongère ! « Minot » pourrait se résumer de manière cinématographique par « Trois gredins et un gamin », enfin quarante ans le gamin !
Les personnages, comme les feuilles mortes, se ramassent à la pelle et se plantent très souvent !
Expert en coaching sentimental, c'est pas tuant comme boulot alors il faut bien que quelqu'un d'autre s'en charge ! Un homme qui attend son heure de gloire, il n'y a pas d'âge pour cela, et tous les moyens peuvent être bons. C'est dure la vie, on rêve d'être pompier, dompteur et on finit détective privé spécialiste en filature de maris coureurs de jupons, un « Vaurien », une sorcière et une boîte en fer blanc, il y croyait dur comme fer au trésor, le jeune garçon ! Un homme discret qui n’empoisonne pas la vie des autres dans « Notre Dame de la Haine », un homme muet comme une tombe c'est naturellement taiseux, un homme d'affaires nommé Edouard, toute ressemblance etc....une galerie de perdants pas toujours, pour ne pas dire jamais, magnifiques.
Des nouvelles comme je les aime, noires avec des chutes précises et surprenantes. En plus un tour de Bretagne littéraire ne se refuse pas. D'Erquy à Lorient en passant entre autres par Lannion, Pont l'Abbé, Quimper, Brest, la pointe de la Torche, bref des lieux où il fait bon mourir, enfin quand ce sont les autres qui y passent!
Et quelques souvenirs de mes deux rencontres avec Alain, sur le port du Dahoüet pour l'apéritif... et aux Sables d'Or l'année dernière pour le salon du roman policier organisé par les éditions Astoure.
Et cette phrase qui me rappelle ma jeunesse :
- Ils se jetaient dessus comme la vérole sur le bas clergé ! Ma mère ajoutait, après bas clergé « breton » ! Éduqué de la sorte, le Tro Breizh n'était pas à l'ordre du jour familial.
Extraits :
- Une prénommée Marie-Louise. Bien en chair, par-dessus le marché. Jolie comme un cœur et balancée pour la gaudriole. Opulente et prometteuse. Des yeux de braise enchâssée dans de la peau de pêche. Des hanches taillées pour le clin d’œil.
- ...mais le meurtre a ceci de commun avec l'amour au fond, c'est le premier pas qui compte. Le reste coule souvent de source.
- Si tu lui demandais de te citer trois philosophes, il te balançait Luger, Beretta et Kalachnikov.
- La mort est une amarre comme une autre.
- C'est le moment de te présenter Maryline. Ma batte de base-ball. Je suis de la vieille école. Un tactile.
- A table, ils parleront fort. Comme de jeunes vieillards redevenus, l'espace d'un soir, de furieux chenapans.
- Regarder la mer ronger son os m'a mis les nerfs en pelote.
- La mort est une idée courte. Mais tout ce qui suit traîne la plupart du temps en longueur.
- En un mois j'étais passé du statut de branleur à celui d'amoureux transi.
- C'est un brave type. Ce qu'il sait des humains, il l'a appris sur les bateaux et derrière son zinc.
- On fait n'importe quoi par amour mais j'ai toujours eu une préférence pour les conneries.
Éditions : Astoure (2011).
Autres chroniques de cet auteur sur ce blog :

Canaille et compagnie.
Divines antilopes.